Patrick Cohen : A la Une ce matin : si loin et tellement proche... Bruno Duvic : Elle semble d'un autre temps, l'histoire racontée ce matin par le Progrès de Lyon. Georges et Catherine Triomphe avaient 87 et 90 ans. Ils étaient frère et sœur. Jamais ils ne s'étaient quittés. Ils étaient nés dans les années 20, à la ferme, "Le Nové", dans le village de Saint-Loup, pas très loin de Lyon. Quand leurs parents se sont éteints, ils sont restés dans la maison familiale, ensemble, à vivre de la terre. Et voici comment le Progrès raconte leurs derniers instants, avec les premiers éléments de l'enquête. C'était mardi dernier. Georges a fait un malaise, fatal, dans le jardin. Catherine souffrait du coeur, elle ne pouvait plus beaucoup marcher. Mais inquiète de ne pas voir son frère revenir à la maison, elle s'est mise à le chercher. Elle y a laissé son dernier souffle. Les gendarmes l'ont retrouvée dans le sous-sol de la maison. Georges et Catherine sont donc morts le même jour, sans savoir que l'autre s'éteignait aussi. Ils reposent côte à côte au cimetière de Saint-Loup. Patrick Cohen : Si loin et tellement proche : à la Une ce matin, la Tunisie... Bruno Duvic : C'est en face, de l'autre côté de la Méditerranée... Il s'y déroule des scènes comme celle-ci... … Son … C'est à l'hôpital de Kasserine... épouvantable cohue, des blessés gisent sur des brancards au milieu de la foule. Des proches cherchent un frère, une sœur. Les infirmières et les médecins, débordés, passent d'un brancard à l'autre. Les images rappellent celles d'hôpitaux en Cisjordanie ou en Irak. On accède à la vidéo via le blog collectif "nawaat.org". A Kasserine, au coeur d'une ville en révolte... Pour Le Parisien, Pascal Lemal a vu une fumée noire et épaisse envahir le ciel de cette cité de 75.000 habitants, à l'ouest. Hier, alors que le crépuscule s'installait doucement sur les champs d'oliviers et les buissons de cactus, les barrages de fortune se multipliaient. Le président Ben Ali parlait à la télévision. Promesse de 300.000 emplois d'ici à l'an prochain. Trop tard, à 17h30, le poste de police était incendié, Kasserine s'embrase. Kasserine et le centre de la Tunisie, mais aussi les villes côtières, même Tunis. La Tunisie se soulève, Ben Ali reste sourd, écrit Libé. Ecoles et universités fermées. L'agitation a basculé dans la pure répression d'un peuple réclamant dignité et liberté, et pas seulement des emplois. Laurent Joffrin, toujours dans Libération : "Il est de bon ton de présenter le régime de Zine Ben Ali comme un moindre mal. Depuis le début des troubles, il se comporte comme un Ceausescu des sables. Il est temps d'appeler un chat, un chat, et Ben Ali, un despote archaïque". Patrick Cohen : Et les journaux dénoncent le silence de la France... Bruno Duvic : Editorial du Monde... "Vient un moment où le silence devient complice". Le Monde, mais aussi L'Humanité, rappellent la phrase de Nicolas Sarkozy en 2008 : "L'espace des libertés progresse en Tunisie". "Je suis accablé par l'absence de réaction de la France et de l'Europe" dit un opposant en exil dans les colonnes de Libération. "En se taisant, elles ne défendent ni leurs valeurs, ni leurs intérêts". Plus au sud, la France assume ses choix... Elle assume d'avoir eu recours à une opération armée pour essayer de sauver les deux Français enlevés au Niger. Argument avancé et unanimement accepté : on ne peut pas discuter avec Al-Qaïda au Maghreb islamique. Alors, il va falloir assumer dans la durée, comme l'écrit Jacques Camus dans La République du Centre. Déjà, Daniel Schneidermann brise l'unanimité sur "Rue89". Le mouvement terroriste a bel et bien une revendication : que l'armée française se retire d'Afghanistan. Mais cette guerre se déroule dans l'indifférence des médias français, selon Schneidermann. Patrick Cohen : Si loin et tellement proche : la Chine... Bruno Duvic : C'est à l'autre bout du monde et ça se passe dans les Bouches-du-Rhône... C'est une première, nous dit Le Figaro... un opérateur chinois va s'implanter dans deux raffineries en Europe, dont celle de Lavera, pas très loin de Marseille. Jour après jour, Pékin avance ses pions. "La Chine est au sommet du commerce mondiale" titrent ce matin Les Echos. Le commerce extérieur était en hausse de 35% l'an dernier. La Chine de plus en plus soupçonnée dans l'affaire d'espionnage chez Renault, c'est encore dans Le Figaro. Le Monde Diplomatique raconte comment elle se rapproche d'un des alliés les plus précieux des Etats-Unis, l'Arabie Saoudite. En 2009, pour la première fois, la Chine est devenue, devant les USA, le premier acheteur de pétrole dans le royaume et elle lui a vendu plus de voitures que les Etats-Unis. Les rapports ne sont pas aussi étroits et stratégiques qu'avec Washington, mais via le business, les liens se resserrent. A Ryad, un immense centre commercial chinois vient d'ouvrir. Il y a encore quelques détails à mettre au point. Ce China Mart abrite notamment un magasin de coffre-fort, mais les modes d'emploi ne sont disponibles qu'en Mandarin. Patrick Cohen : Quoi d'autre dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Enfant, il était si loin du but... Aujourd'hui, il est double ballon d'or... Pour ceux qui ne le connaitraient pas, L'Equipe raconte à nouveau le destin de Lionel Messi, l'attaquant argentin de Barcelone. C'est le meilleur joueur de football au monde, et pourtant, à 10 ans, il ne mesurait qu'un mètre onze. Problème de croissance. Son père lui a quand même fait traverser l'Atlantique pour montrer son petit prodige aux techniciens de Barcelone. En voyant le minus au short trop long passer entre les jambes de tous les grands, le directeur du centre de formation a pris les parents par le bras... le contrat a été signé sur une serviette en papier, traitement médical aux hormones de croissance... Messi n'a plus quitté Barcelone, il y a gagné un surnom : "la puce" et deux ballons d'or. Nous avons commencé avec une histoire de frère et sœur... en voici une autre pour finir... Elle est racontée par le mensuel "Corsica"... Dans les années 70, un journaliste, spécialiste de la Corse, signait dans Libération de trois initiales "JPD"... Trois lettres pour un nom célèbre : Jean-Paul Delors, fils de Jacques, frère de Martine. Le genre de frère qu'on adore parce qu'il est radicalement différent de vous : babacool, rocker et rebelle. En 1982, Jean-Paul Delors a été emporté par une leucémie, il avait 29 ans. Ce fut pour la famille, le malheur enfoui qu'on ne surmontera jamais, écrit Ariane Chemin dans "Corsica". "Chez les Delors, on ne s'épanche pas"... Près de trente ans plus tard, Martine Aubry n'en parle pratiquement jamais. Même Michel Drucker a du ravaler ses questions. Ceux qui suivent de près la politique, auront remarqué que la première secrétaire du PS ne prend presque jamais position à propos de la Corse. Souvenir de ce frère qui avait épousé la cause identitaire. Si loin, si proche... il est des silences publics qui recèlent des blessures privées.

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