"On aimerait faire une jolie phrase pour commencer, avec des enluminures et beaucoup d’émotion, faire passer un souffle, avec le sentiment d’un vertige, tout au bout."

« On aimerait, parce que l’on ressent tout cela à la fois, mais la première phrase qui nous vient à l’esprit est celle-ci : c’est un truc de malade. C’est complètement fou, oui : c’est un truc de dingue ! » 

Ce sont les premiers mots du papier que Vincent Duluc signe dans L’EQUIPE ce matin. Le récit de la victoire des footballeurs français en demi-finale face aux Belges. Victoire 1/0 – si jamais ça vous a échappé. Un but de la tête de Samuel Umtiti, l’un des héros de la soirée. Pour la troisième fois en vingt ans, les Bleus accèdent à donc la finale de la Coupe du monde. « C’est un truc de dingue », titre donc L’EQUIPE, qui évoque des joueurs « fantastiques de maîtrise et de stratégie » ... « Patients, méthodiques, supérieurs, ils ont étouffé la Belgique », écrit Vincent Duluc, qui rend hommage aux défenseurs, qui se sont, dit-il, « occupés de presque tout ». Hommage au gardien tricolore, le capitaine Hugo Lloris, qui, dixit le journal, réalise une Coupe du Monde « exceptionnelle ». Retour, en images, sur cinq moments où il a su tout simplement sauver les Bleus : un réflexe à ras-de-terre après un coup franc australien, puis une longue extension face au Paraguay et, hier, à trois occasions, il a empêché que le ballon n’atterrisse  dans la cage. Un truc de dingue, là encore.

Ce matin, bien sûr, tous les journaux applaudissent la victoire

Et elle est magnifique, la presse de ce mercredi ! Enthousiaste, souriante, heureuse ! Il y a l’émotion des joueurs après le coup de sifflet final, une émotion que nous raconte Yves Leroy dans LE PARISIEN : Antoine Griezmann qui s’agenouille, la tête dans la pelouse, Kylian Mbappé qui savoure, les yeux écarquillés, et Blaise Matuidi le regard levé vers le ciel… On les retrouve en photo. Ils se serrent dans les bras et les journaux s’enflamment : « Les Bleus sont en finale ! », « La France est en finale ! »  - parfois, c’est _« On est en finale ! »Eh oui, les Bleus, la France, c’est nous… D’autres titrent : « On y est ! »Et, parfois, ça frise le lyrisme. « En route vers les étoiles » annonce LE COURRIER DE L’OUEST, « La France est aux anges » commente LE PETIT BLEU D’AGEN, tandis que NORD LITTORAL se fait un brin moqueur : « C’est Tintin pour les Belges »! De la ferveur dans les Unes, qui se contentent parfois d’un mot. Dans LA PROVENCE : « Irrésistibles ! »Dans LE TELEGRAMME : « Magnifique ! »LA NOUVELLE REPUBLIQUE : « Bravo ! » Dans MIDI LIBRE : « Formidableus »_ - ici, double jeu de mots… Le « bleu » des Bleus, évidemment, mais aussi le « formidable » du succès de Stromae, chanteur belge.

Formidables, les scènes de liesse que l’on nous montre ce matin : des bras levés et des sourires à Troyes, à Cherbourg, à Marseille, à Bondy, à Noisy-le-Grand. Les reporters du PARISIEN ont rencontré des supporters, sur le parvis de l’hôtel de ville mais aussi les Champs-Elysées. « Franchement, ce match, c’était encore plus stressant que le bac », souffle une jeune diplômée. Après quoi, elle embrasse le drapeau tricolore…« Quand on gagne, la France est ensemble. Il n’y a plus de Noirs, plus d’Arabes, plus de Blancs, on est tous Français », témoigne Nathan, 19 ans… Didier, 53 ans, confirme : « C’est beau, une France unie. Notre pays revit, après toutes les blessures liées aux attentats, ça nous donne le moral », dit-il. Les Bleus redonnent donc le moral au pays. Truc de dingue, on disait.

Et là, dès lors, on n’est pas loin de la sociologie, comme l’explique Rémi Dupré dans les colonnes du MONDE : « L’équipe de France, objet politique malgré elle ». Depuis vingt ans, les Bleus sont devenus la caisse de résonnance des questionnements identitaires – depuis, donc, le triomphe de 98 et la construction médiatique du « mythe black, blanc, beur ». C’est bien cette victoire qui a fait entrer le foot dans la vie publique, dit l’historien Yvan Gastaut. « Et depuis, poursuit-il, on est dans une constante évocation du lien de la France à sa diversité. _On peut tout faire dire au football. Une défaite et c’est l’absence de liant, le communautarisme rampant. Une victoire et c’est l’intégration réussie_. » Aujourd’hui, nous y sommes. Dans ce symbole-là. Et maintenant, il ne reste plus qu’à gagner la finale. La Croatie ou l’Angleterre. Ce sera un truc de dingue.

Mais il y a une ombre au tableau

C’est à lire dans L’HUMANITE. Hier, c’était LIBERATION. Le cinéaste ukrainien, Oleg Sentsov est emprisonné en Russie. Le destin du réalisateur a pris un tour tragique lors de l’insurrection de Maïdan. Désireux de témoigner, avec sa caméra, il a filmé. Ni une, ni deux, rappelle Magali Jauffret, il a été enlevé, puis torturé par les services secrets russes, et condamné à vingt ans de réclusion lors d’un procès truqué. Il s’est mis en grève de la faim il y a plus de 60 jours. Ses reins ne fonctionnent plus. Son cœur pourrait lâcher. Des artistes, des intellectuels alertent l’opinion, interpellent Emmanuel Macron, lui demandant d’intervenir afin de sauver la vie de cet homme. La journaliste de L’HUMANITE conclue son papier par cette phrase : « La Coupe du Monde de foot risque de s’achever avec un mort sur la conscience. » 

On revient au joyeux. Là encore, des sourires

C’est à lire dans LE FIGARO :« En Thaïlande, les prisonniers de la grotte sont sauvés des eaux ». Le dénouement d’une longue histoire, douze enfants et leur entraîneur de foot qui étaient coincés sous terre depuis 17 jours. Une saga qui fasciné au point que plus de mille journalistes avaient accouru sur place, avant d’être éloignés du site. Une enquête a d’ailleurs été ouverte, rapporte LE PARISIEN, après que certains ont envoyés des drones pour filmer, drones qui avaient gêné lundi le départ des hélicoptères vers l’hôpital… Sur SLATE, on apprend en outre que des producteurs américains ont aussi accouru au pied de la grotte. Il est déjà question de faire un film. Un film à suspense, avec en plus une happy end… Les producteurs sont sans doute persuadés que ça donnera… un truc de dingue.

Soulagement également, pour la poétesse Liu Xia. La veuve du Prix Nobel de la paix et dissident chinois Liu Xiabo, est arrivée hier à Berlin. Comme le rappelle LA CROIX, elle était assignée à résidence à Pékin depuis exactement un an.

Et puis on parle de politique aussi dans les journaux

« Les activités bien payées des eurodéputés hors de l’Hémicycle ». C’est à lire dans LE MONDE. Selon l’étude d’une ONG, 31% des députés du Parlement européen ont des revenus parallèles à leurs salaires d’élus. La palme de l’eurodéputé gagnant le plus hors du Parlement revient au social-démocrate italien Renato Soru. Le conservateur lituanien Antanas Guoga arrive deuxième, suivi du libéral belge Guy Verhofstadt. La Française Rachida Dati figure en quatrième position, avec 768.000 euros gagnés en quatre ans comme avocate, somme qui s’ajoute donc à sa rémunération comme députée européenne.

Un autre ancien ministre est aussi dans l’actualité. Et là, c’est à lire notamment dans LIBERATION : « Au tribunal des faits et gestes de Placé ». Jean-Vincent Placé, donc. L’ancien sénateur et secrétaire d’Etat écologiste est jugé ce mercredi pour « violence volontaire en état d’ébriété », « injure à caractère racial » et « outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Des infractions datant du 5 avril. Une soirée trop arrosée. L’intéressé ne reconnaît que les outrages aux policiers, et il assure qu’il a totalement cessé de boire.

Enfin, je vous conseille la lecture du papier de Jean-Michel Thénard dans LE CANARD ENCHAÎNE : « Hollande, sa folle tournée de rock star de supermarché ». Depuis la sortie, le 12 avril, de son livre, « Leçons du pouvoir », il en est à 58 librairies visitées, soit près de quatre par semaine. Cette semaine, ce sera Lyon, Avignon, et Vaison-la-Romaine. Chaque fois, il y a foule et on lui fait des cadeaux… On lui offre du vin, des gâteaux, et à Nice, il reçoit même une paire de chaussures et les gens lui demandent de dédicacer des photos. François Hollande en est à 100.000 exemplaires vendus. Le voilà qui s’approche des chiffres de son ex-compagne Valérie Trierweiler. Ses « Leçons du pouvoir » vont même être traduites en arabe et en chinois. La France est en finale, on traduit Hollande en chinois. Décidément, des trucs de dingue… 

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