(Nicolas Demorand : « Et, ce matin, la Coupe du Monde de la presse »)... Une photo, dans le Jornal do Brasil, et un dessin venu du Burkina Faso... Sur la photo, le roi Pelé danse au milieu de Sud-Africains en tenue de fête. Sur le dessin du caricaturiste Glez, une mamma noire porte un ballon sur sa tête. Ses hanches, sa poitrine et le ballon la font ressembler à la Coupe du Monde. Ce matin, dans la presse, en France et ailleurs, il y a un drapeau arc-en-ciel, des visages noirs, des maillots bleus, des billets verts... et, quels que soient les défauts que l'on trouve au dieu football, une envie de rêver. "Faites-nous rêver !" : c'est la Une du Parisien-Aujourd'hui. En photo : Franck Ribéry, mais aussi une femme sud-africaine. Elle est là, la grandeur de cette Coupe du Monde. Pour la première fois, elle a lieu en Afrique. "Quand l'Afrique fait l'Histoire", titre L'Humanité. C'est "l'espoir foot", pour Libération, qui rêve d' « un Mondial black, blanc, boer ». "L'occasion est trop belle, écrit Fabrice Rousselot dans l'édito, pour ne pas partager le sentiment d'unité retrouvée autour du sport, serait-il éphémère ce sentiment". "L'Afrique du Sud est la fierté du continent noir", écrit Le Figaro. (ND : « Et derrière le rêve, derrière les grands titres, qu'y a-t-il ? ») La peur de la violence, d'abord. C'est le fléau de l'Afrique du Sud. "Un seul incident grave, notamment sécuritaire, et le pays pourrait en pâtir", poursuit Fabrice Rousselot dans Libé. La presse sud-africaine en est consciente, plus que toute autre : elle traque le moindre incident. Ce matin, le Cape Times s'inquiète d'une bousculade qui a fait 6 blessés hier au Cap. Le Sowetan raconte que des journalistes ont été victimes de voleurs, en plein jour à Johannesbourg, hier. Mais l'heure est à la fierté. Icône mondiale à travers la presse : Nelson Mandela. Sur le site de La Repubblica, en Italie, il pose avec Cristiano Ronaldo. Comme d'autres stars du foot, le Portugais est allé rendre visite à la légende vivante. Il lui a offert un maillot frappé du numéro 91 : c'est l'âge de l'ancien prisonnier du régime d'apartheid. Icône, Mandela... Symbole d'un pays sorti du racisme (quoique) et réconcilié (quoique)... "La génération Mandela a fait un travail fantastique", dit le journaliste sud-africain Mark Gevisser dans Le Figaro. "Les inégalités demeurent, mais l'Afrique du Sud n'est plus menacée d'explosion". Avis légèrement différent dans L'Humanité. Parole au chercheur David Bruce... Pour lui, "l'Afrique du Sud, ce sont des traumatismes historiques et des maladies sociales. La société sud-africaine reproduit encore la structure duale de l'Apartheid. C'est une forme déracialisée, mais elle opère encore, et sert les intérêts d'une élite majoritairement blanche". Le football comme moyen de tourner un peu plus la page de la ségrégation... « Dans la prison de Robben Island, Nelson Mandela portait le numéro 466-64 », rappelle L'Huma. « Et dans cette prison, dans les années 60, les détenus ont utilisé le football comme arme de rébellion. Ils ont négocié pendant trois ans avec les geôliers pour avoir le droit de jouer au ballon une demi-heure chaque semaine. On a construit les buts avec quelques planches et de vieux filets de pêche. Et on a joué : l'équipe des Rangers contre celle des Bucks. Alors qu'en arrivant sur l'île, on voulait dépersonnaliser les prisonniers, écrit Pierre Barbancey dans L'Huma, en jouant au foot, ils ont redécouvert l'autodétermination, le goût de l'effort et le refus du laisser-aller ». (ND : « Et aujourd'hui, le pays de Mandela est la vitrine de tout un continent »)... Entre Afrique et fric, il n'y a qu'un "a" de convoitise ou de dépit... Cette Coupe du Monde, c'est « la Footafrique », pour Politis. C'est « mi-fric, mi-Afrique », pour Courrier International. En tout cas, c'est « jour de fête pour le foot business », comme le titre La Tribune. Un chiffre donne le tournis à la Une des Echos : la Fédération internationale de foot (FIFA) table sur plus de 3 milliards de dollars de revenus. De tout ce jaune qui va fondre sur le continent noir, qu'est-ce qui reviendra aux Sud-Africains ? Réponse du vice-président de l'université de Johannesbourg, dans Le Figaro : « Si la question est de savoir si cet argent pouvait être mieux dépensé (dans l'éducation ou le social), la réponse est 'oui'. Mais la vraie question est de savoir si les sommes engagées, dans les infrastructures notamment, serviront à l'Afrique du Sud. Et là aussi, la réponse est 'oui' ». Mais tout de même, « la FIFA est bien agressive en défense », comme l'écrit Libération. Interdiction de commercialiser quoi que ce soit qui n'ait pas son estampille : les petits commerçants sud-africains sont hors-jeu. La Fédération n'hésite pas à aller en justice pour faire valoir ses droits : à la mi-mai, 450 plaintes avaient déjà été déposées dans le pays. Dans les semaines à venir, on ne verra pas de vendeurs de rue à moins d'un kilomètre des stades. Dégagez les petits ! Laissez les grands faire des affaires entre eux ! Pour le journal britannique The Guardian, repris par Courrier International, pendant cette Coupe du Monde, "les Africains seront sur un strapontin". Oui, en organisant l'épreuve, l'Afrique est devenue un intervenant incontournable sur la planète football. Mais ce grand rendez-vous reste façonné, dans son propre intérêt, par l'élite européenne. (ND : « La Coupe du Monde dans la presse : c'est l'Afrique, le fric, mais aussi l'époque »)... Il n'y a pas qu'en France que le train de vie luxueux des footballeurs, en période de crise, suscite des polémiques. En Italie, les stars de l'équipe nationale tentent de se racheter une image. C'est raconté sur le site de La Repubblica. Les joueurs vont verser une partie de leur prime à la Fondation pour l'Unité de l'Italie. On s'apprête, chez nos voisins, à fêter les 150 ans de l'Unité. Mais il n'y a pas un kopek pour financer les commémorations. Un ministre du gouvernement Berlusconi avait demandé aux vedettes du Calcio de faire un effort. Elles ont dit "d'accord". C'est le capitaine Cannavaro et le gardien de but Buffon qui ont pris la parole : "Notre équipe est un symbole de l'unité italienne. Alors nous verserons une partie de nos primes". Mais ils ne précisent pas le montant. Histoire d'époque aussi dans El Pais, en Espagne... Au tout début de l'histoire de la Coupe du Monde, les joueurs voyageaient en bateau. Aujourd'hui, nous sommes à l'ère de Facebook et Twitter. Mais "silence, on joue", titre le site d'El Pais. Les footballeurs de quatre équipes sont privés de réseaux sociaux le temps de la Coupe du Monde : Espagne, Angleterre, Pays-Bas et Mexique. On leur demande de rester concentrés sur le ballon. Et puis, au fait, le Mondial, c'est 32 équipes qui parlent au moins 17 langues. Comment se débrouillent les arbitres pour savoir si un joueur de Corée du Nord, de Grèce ou de Slovaquie les traite de tous les noms ? Pas commode, en effet. Mais au moins, ils ont pris des cours d'anglais. C'est raconté dans le Times de Londres et dans le New York Times. Un joueur dans le collimateur : Wayne Rooney, qui a tendance à susurrer des mots d'amour à l'oreille des hommes en noir. "Damned ! Wayne Rooney est sur le gril", titre le Times. "Langage trop vert : ce sera carton rouge", écrit le New York Times. (ND : « Et puis il y a les Bleus »)... Edito de Fabrice Jouhaud, à la Une de L'Equipe... "Aujourd'hui, la planète est en fête... sauf nous ! L'équipe de France est devenue une angoisse nationale. Le pays a sombré dans une schizophrénie : l'espérance du miracle ou la certitude du néant. Alors, puisque tout est perdu d'avance, l'équipe de France ne risque rien. Aux Bleus de prendre leur pays à contrepied". Le Times de Londres voit dans cette défiance à l'égard des Bleus un petit relent de racisme envers une équipe très black. Pour ceux qui détestent Domenech en particulier et le foot en général, il y a l'édito de Patrick Apel-Muller dans L'Humanité... "Bien sûr, les requins croisent en nombre aux abords des stades. Mais vous qui pestez, enquêtez donc sur ce qui anime les passionnés de foot : vous y trouverez de belles choses. Méfiez-vous : c'est contagieux". Et puis il y a le dessin de Sempé, dans Paris-Match... A priori, rien à voir avec le foot. C'est une scène à Paris. Il fait nuit. Il y a de l'orage. La pluie tombe à seaux sur un immeuble haussmannien. Toutes les fenêtres sont éteintes, sauf une : on y voit un homme minuscule et géant (comme tous les personnages de Sempé). Il est à sa fenêtre éclairée comme à la barre d'un bateau. Ce petit bonhomme ordinaire se rêve guide du monde entier. Il n'y a pas de légende. Mais ce matin, on a envie d'en inventer une : « Bonne chance, Monsieur Domenech ! »...

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