Dans un mois, la Coupe du Monde... Rassurez-vous : on ne va pas vous faire le coup du compte à rebours tous les jours... Mais avec cette histoire de maison close ouverte à tous les vents de la troisième mi-temps, la présence éventuelle du Président iranien dans les tribunes, les scandales financiers, présumés, de la FIFA, la géopolitique du foot... Ce rendez-vous mondial est aussi un phénomène de société... Parce qu'avec le foot, nous sommes au-delà du sport... Comme un scanner de la société, un examen de ses organes malades... Malades de la violence, par exemple, avec cette poignée de supporters qui donnent au foot une si mauvaise réputation... Qui sont ces supporters violents ? A cette question, "Le Nouvel Obs" répond en partie, avec ce reportage saisissant intitulé : "Moi, Patrick, 35 ans, hooligan". Le mois prochain, il ira en Allemagne... Pour voir des buts, bien sûr, mais aussi pour la baston... Un spécialiste, ce Patrick... Marié, 2 enfants, représentant de commerce... Ses nuits sont bien moins belles que ses jours... Surtout les soirs de foot... Qui commencent au stade et se finissent dans l'ivresse de la bagarre. Oui, l'ivresse... C'est comme ça : Patrick aime frapper, se battre jusqu'à tomber, faire mal et avoir mal... Et vous allez le voir : pas de morale là-dedans, pas d'idéologie... Juste la baston... Le témoignage de Patrick provoque d'autant plus le malaise que ses propos sont tenus avec froideur, lucidité, et sans aucune volonté de changement. Tout a commencé en 86, lors d'un PSG-Lens... "Les mecs d'en face nous avaient chauffés... Les Lensois... Et il se trouve qu'après le match, on est tombés sur eux par hasard en sortant d'un bar du centre-ville... On était 5... On les a massacrés. Vous savez, dit Patrick, être dans une rue à plusieurs et voir approcher ceux d'en face, c'est la sensation la plus forte que j'ai jamais éprouvée. Et ne cherchez rien de politique là-dedans : c'est juste le fun. Oh, je sais que ça peut mal tourner... J'ai eu l'arcade pétée plusieurs fois, j'ai perdu des dents, et ça me fait encore mal régulièrement... Je sais qu'en Angleterre, il y a déjà eu des morts... D'ailleurs, un jour, nous sommes tombés à 3 sur un mec de Galatasaray... On l'a laissé inconscient sur un parking... Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Mais le plus gros problème, dit Patrick, c'est au travail... Deux fois, je suis arrivé avec des marques sur le visage... Eh bien, j'ai raconté que j'étais tombé... Je pense qu'ils m'ont cru. Vous savez, la plupart des gens avec qui je me bats à la sortie des stades, ils sont comme moi... Ils sont intégrés, ils ont un boulot, ils s'habillent correctement... La baston, c'est notre part secrète. Alors, le mois prochain, j'irai en Allemagne, conclut le hooligan... J'espère voir de beaux matches, et la France gagner... Je suis sûr qu'on va bien s'éclater... L'arcade sourcilière, peut-être... Je suis sûr qu'il y aura de belles bastons... D'ailleurs, on s'est déjà branchés, sur Internet, avec des Anglais et des Hollandais... Les Polonais aussi sont très chauds, paraît-il... Si tout se passe bien, jubile notre homme, ça va être la fournaise". Voilà pourquoi, dans un encadré, "Le Nouvel Obs" nous explique à quel point la Polizei est sur les dents en Allemagne... Depuis plusieurs mois, les polices des 32 pays qui participent à la Coupe du Monde fournissent des renseignements à leurs homologues allemands... Ils savent qu'ils auront du pain sur la planche... Ils savent que des Patrick, il y en a partout. C'est comme ça depuis le début de la semaine... Depuis que la machine Clearstream s'est emballée sur le mode du déballage, à chaque jour ou presque, sa révélation... Aujourd'hui, c'est "Le Point" qui nous la livre... Avec le témoignage du journaliste Stéphane Denis qui affirme que Philippe Rondot... Qu'il connaît bien puisque sa mère est la cousine du général... Philippe Rondot l'a chargé, au cours de l'été 2004, de dire à Nicolas Sarkozy qu'il avait enquêté sur Clearstream et qu'il tenait le dossier à sa disposition. Autrement dit, le président de l'UMP aurait été mis au parfum de l'enquête dès septembre de cette année-là, sans que cela n'entraîne la moindre réaction de sa part... Et c'est seulement 18 mois après... Une fois revenu au ministère de l'Intérieur... Qu'il a porté plainte... Information que Nicolas Sarkozy dément catégoriquement : "Jamais, dit-il, Stéphane Denis ne lui a transmis de message de Rondot". L'autre dernier épisode en date de l'affaire Clearstream, ce n'est ni rumeur ni affirmation et infirmation... C'est un fait... C'est l'intervention de Jacques Chirac hier... Pas sûr que cette tardive intervention contre "la dictature de la rumeur" éteigne l'incendie qui ronge de crise en crise sa fin de règne, écrit Antoine de Gaudemar dans "Libération"... D'ailleurs, on a du mal à imaginer comment, dans une telle atmosphère de pourrissement, le Président peut terminer son mandat. Une situation que "L'Humanité" résume de façon lapidaire en Une : "Sarkozy flingue Villepin pour atteindre Chirac qui rappelle à l'ordre Sarkozy". "Bon, pour parler vrai, cette affaire Clearstream commence à saoûler tout le monde, proteste George Latil dans "La Provence"... Car enfin, en l'état actuel des choses, on finit par en avoir marre de ces pseudo-révélations immédiatement suivies de démentis embarrassés. Alors, puisqu'il est de bon ton de considérer que nous appartenons désormais à la République des juges, laissons-les travailler". On peut le voir comme ça, effectivement... On peut le voir aussi, à l'image de Didier Pobel dans "Le Dauphiné Libéré", avec un sourire sardonique... Et c'est avec une plume désabusée que notre confrère écrit : "Vers les 11 heures pétantes, Chirac a fait savoir qu'il allait parler après le Conseil des Ministres... Ensuite, comme promis, il a parlé... D'accord, c'était pour ne rien dire, mais il fallait oser. Et puis il y a eu un deuxième temps fort : Jean-Louis Gergorin a été débarqué de chez EADS. Gergorin, c'est un peu le second rôle de la 'Clearstream Production'. Enfin, voilà que le PS a fait part de son intention de déposer une motion de censure, qui suscite autant d'enthousiasme qu'un dépôt de gerbe à la Toussaint. On vous l'avait bien dit : la journée d'hier a été déterminante... On voit mal comment celle d'aujourd'hui pourrait être plus intense encore". D'ailleurs, et sur un ton plus grave, l'avocat Thierry Lévy tire la sonnette d'alarme dans le journal "Le Monde", et parle carrément d'un "Outreau politique". "L'illégitime curiosité excite l'opinion, la presse la nourrit, pour ne pas dire qu'elle la gave, et les personnes mises en cause sont empêchées de se défendre efficacement. Une fois encore, avertit l'homme de loi, on voit donc se mettre en place un piège médiatique et judiciaire fondé sur le soupçon... Danger." En attendant, à Matignon et à l'Assemblée, on n'est pas loin de la crise de nerfs dans la majorité présidentielle, comme nous le raconte "Le Figaro"... Alors que Jacques Chirac dénonce "la dictature de la rumeur", Dominique de Villepin, lui, veut croire à une accalmie... Bruno Jeudy affirme qu'à Matignon, certains jugent que le pire est passé... Le tout résumé par cette expression à la mode, rue de Varennes : "Ca tient !". Cela dit, restons prudent... A l'image du villepiniste Pierre Le Quillet, qui confirme : "Pour l'instant, effectivement, ça tient, mais on ne sait pas ce que Chirac a dans la tête". Au Palais Bourbon, en revanche, les députés UMP sont rongés par l'angoisse... Craignant d'être sanctionnés lors des prochaines législatives, ils n'ont jamais eu le moral aussi bas... Etat d'esprit résumé par cette phrase, un peu morbide, de Pierre Lellouche : "Il y a déjà 250 morts dans nos rangs... Si ça continue encore quelques semaines, on n'aura plus qu'à donner les clés de la maison France à Madame Royal... Ca va très mal tourner, tout ça !", soupire le député sarkozyste de Paris. Voilà. Qu'en aurait fait Coluche, de tout cela ? Question vaine, à la limite de l'absurde, mais question tentante. D'ailleurs, 20 ans après sa mort, que reste-t-il de l'esprit Coluche ? Où se niche l'humour grinçant, à l'heure du formatage ? Cette question-là, loin d'être vaine, pour le coup, elle est posée par "Télérama"... Elle fait l'objet d'une interview d'Olivier Mongin, éditeur et directeur de la revue "Esprit" (la bien-nommée, en l'occurrence)... L'esprit Coluche donc, qui, contrairement à celui des comiques actuels, n'a pas été formaté par la télé... Lui, il venait de la scène et de la radio. Et puis, la marque de Coluche, c'est qu'il était capable de dire que les pauvres étaient vraiment des cons, tout en créant les Restos du Coeur... Une attitude qui, aujourd'hui, paraîtrait vraiment anachronique. On se souvient aussi de la tentative de Coluche de se présenter à la Présidentielle de 81, d'où la question de "Télérama" : "Aujourd'hui, quel comique aurait assez d'audience et de charisme pour le faire ?"... La réponse d'Olivier Mongin est cinglante, voire cruelle... "D'abord, ça n'amuserait plus personne, dit-il... Et puis aujourd'hui, c'est l'inverse : on a tendance à prendre certains candidats pour des comiques potentiels". Enfin, le rire, comme contre-pouvoir, existe-t-il encore ?, demande "Télérama"... "Plus la société est anxiogène, plus il y a contrainte à rire", répond Olivier Mongin... Mais il ne faut pas en rester à cette idée du rire comme compensation... Il faut encourager le rire créatif". Vous l'avez compris : l'essayiste et philosophe nous propose là un traité de ce qu'on pourrait appeler "la désillusion comique"... Comme signe des temps... Peut-être. Bonne journée. A demain.

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