(Nicolas Demorand : "A la Une ce matin : le plan de sauvetage européen")... Traitement de choc : tout est gros et hystérique dans cette affaire, y compris la presse... A la Une de L'Humanité : un énorme tas de billets... "L'Union européenne met le paquet pour les banques". Contentes, les banques : de très grosses flèches orange le montrent dans La Tribune. La Société Générale a gagné près de 24% hier à la Bourse. C'est "l'euphorie boursière", confirme Le Figaro. Balèze aussi, la Une des Echos : "Euro : le grand soulagement"... Le sujet occupe les deux-tiers de la première page. Alors entrons dans les détails. Est-ce que "l'Europe peut enfin respirer", comme le titre Sud-Ouest ? Dans Libération, Jean Quatremer rappelle les décisions majeures qui ont été prises dans la nuit de dimanche à lundi à Bruxelles : d'abord les 16 pays de la zone euro, et même les 27 de l'Europe, acceptent de garantir les dettes contractées par d'autres en cas de besoin ; un véritable Fonds Monétaire Européen, doté de 500 milliards d'euros, est créé ; * enfin la Banque Centrale Européenne procède à un aggiornamento spectaculaire : elle accepte d'acheter des dettes publiques. La sacro-sainte indépendance de la Banque Centrale en prend un coup. A lire tout cela, on se dit que l'Europe économique et financière a fait un grand pas. Alors "historique", vraiment ? Réponse de l'économiste vedette du moment, Daniel Cohen. Journal de 20 h de France 2, Libération et le Figaro ce matin : il est partout... partout et plutôt optimiste. "Il y a dix jours, il y avait un doute sur la pérennité de l'euro. Avec ce plan, la zone a tous les instruments nécessaires pour défendre sa monnaie". (ND : "MAIS... Mais il y a un prix à payer")... "Le prix à payer" : c'est le titre de Libération ce matin. Le Pacte de stabilité, garant en principe de la bonne tenue des finances publiques européennes, va être renforcé. Traduction dans L'Humanité : l'Union européenne met le paquet pour les banques, mais l'addition va être présentée aux peuples. Rigueur, austérité... Ca a déjà commencé. L'Est Républicain l'a bien remarqué hier, lors du Sommet social à l'Elysée : les mesures anti-crise prises l'an dernier pour les foyers les plus modestes vont être abandonnées. Prime et rabais fiscal, c'est fini. Il y a ceux qui voient la ceinture se serrer, mais aussi ceux qui voient le frigo toujours plus vide. Au-delà de l'euphorie boursière, la presse économique a des doutes, elle aussi, sur la pérennité de ce plan... un plan qui consiste tout de même à régler des dettes avec d'autres dettes. "Même si les milliards promis sont aujourd'hui fictifs, la politique qui consiste à creuser un trou pour en boucher un autre, c'est celle du sapeur Camembert", écrit François Lenglet dans La Tribune. Une fuite en avant... Dans l'édito des Echos, une citation de l'ancien patron de la banque Citigroup, qui résume cela en musique : "Aussi longtemps que la musique joue, vous devez rester debout et danser. Nous dansons encore". (ND : "Et quand les temps sont durs, l'art reste une valeur refuge")... C'est un extrait de l'édito de Dominique Quinio, dans La Croix... Le Centre Pompidou de Metz est inauguré aujourd'hui par le Président de la République. C'est bien sûr la Une du Républicain Lorrain. Et c'est l'occasion, pour la presse, de s'interroger sur le rôle des musées et des oeuvres d'art dans la préservation de notre mémoire et dans l'écriture de l'Histoire. Double page de Libération sur ces musées, présents ou à venir, et consacrés aux grands événements de ces dernières décennies... Mémorial de Caen, futur Mémorial du 11 Septembre à New York... et puis ce musée inauguré vendredi dernier à Berlin dans l'ancien quartier général nazi : il veut apprendre aux visiteurs le fonctionnement impitoyable de l'appareil de persécution nazie. Le Centre Pompidou de Metz ouvre avec une exposition alléchante. Elle est intitulée "Chefs-d'Oeuvres ?". Qu'est-ce qu'un chef-d'oeuvre ? Le Figaro a organisé un sondage auprès de ses lecteurs : vainqueur au palmarès "Peinture et Sculpture" : "Les Demoiselles d'Avignon" ; catégorie "Architecture" : La Sagrada Familia, de Gaudi, à Barcelone ; en Littérature : le "Voyage au bout de la nuit", de Céline, l'emporte de peu, devant "A la recherche du temps perdu", de Marcel Proust. Autre classement dans le magazine Art Absolument (qui paraît tous les deux mois) : il porte sur les artistes préférés des artistes, autrement dit ceux qui auraient le plus d'influence : vainqueur là encore : Picasso ; * et à la catégorie "Artistes vivants" : Pierre Soulages. En tout cas, avec ce Centre Pompidou à Metz, la presse relève qu'un musée peut aussi aider une région à sortir de la crise. C'est le pari qui est fait en Lorraine. Et puis, dans Le Parisien-Aujourd'hui, à propos des musées, on trouve cette jolie phrase de Christian Boltanski : "J'aime les musées. Comme les jardins publics et les piscines : ce sont des endroits privilégiés, où on peut demeurer solitaire parmi les autres". (ND : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") Nous avons Le Parisien en main, gardons-le... Le réseau d'électricité ne cesse de se dégrader, selon le journal. Il s'est procuré un rapport selon lequel les pannes se multiplient, particulièrement dans les zones rurales. EDF a investi à l'étranger, au détriment de ses réseaux communaux et départementaux. Le coup de blues du journal La Provence... Double page sur ce mois de mai pourri, qui attaque le moral et l'économie du tourisme. Brève de comptoir entendue au restaurant "La Pergola", près de Marseille : "Quand on voit apparaître Evelyne Delhiat à la télé, on pète les plombs". Et puis bien sûr, avec l'euro et le Centre Pompidou, la vedette du jour s'appelle Raymond Domenech... Il donne ce soir la liste des 23 joueurs sélectionnés pour la Coupe du Monde. Je vous laisse découvrir toutes les questions que se posent les footeux, dans L'Equipe notamment. Je vous conseille aussi le blog "Foot" de Slate.fr, sur le thème "Les 23 auxquels on devrait échapper". Très drôle. Et puis, si vous détestez le foot, les semaines à venir vont être difficiles. Pour vous aider, il y a le hors-série de Charlie Hebdo, intitulé "Ni Dieu ni foot". Sur les méfaits du ballon rond, tout y passe : le dopage, le racisme, la violence, le fric... le tout agrémenté de dessins drôles ou acides. Exemple avec cette page illustrée par Riss : En haut, le foot en Afrique : une boîte de conserve pour 11 joueurs. En bas, le foot en Europe, et ses vedettes lobotomisées. 11 boîtes de conserve pour un ballon. (ND : "Et pour finir, un article qui vient d'être primé")... Les Grands Prix des quotidiens nationaux étaient décernés dimanche. Et parmi les primés, il y a un reportage de Christophe Ayad, qui avait été publié dans Libération en 2009 après la guerre dans la Bande de Gaza. En guise d'hommage, Rue89 publie le lien qui permet de retrouver l'article. C'est l'histoire de la Bande de Gaza vue à travers ses zoos. C'est violent, parfois loufoque et drôle, toujours cruel. Quand on dit "zoo", c'est aller un peu vite : dans cette région (l'une des plus pauvres du monde), il y a en fait quatre ménageries et un véritable zoo. A la ménagerie Marahland, il n'y a pas de zèbres : on n'a pas les moyens des grands zoos internationaux. Alors les fils du propriétaire ont eu une idée : ils ont pris deux ânes blancs puis ils ont appliqué de la teinture. Ailleurs, beaucoup moins loufoque... Après la guerre, on a trouvé un chameau par terre, éventré par une roquette... des traces de balles dans les volières... Et puis il y a l'histoire de la lionne Sabrine, une histoire de la Bande de Gaza à elle toute seule. D'abord, elle a été kidnappée par un petit chef de bande mafieuse. C'était en 2005. Puis en 2007, le Hamas est arrivé au pouvoir et a tenté de remettre de l'ordre. La lionne a été libérée. Elle a retrouvé son zoo. Mais la guerre a laissé des traces : sa cage était défoncée. On l'a retrouvée réfugiée dans la salle de bains de la ménagerie, complètement terrorisée. Depuis, elle a donné naissance à trois petits : un seul a survécu. Il y a encore le périple des autruches, des babouins et du bébé crocodile, passés en contrebande, arrivés d'Egypte via les tunnels au sud de la Bande de Gaza. Dans cet article, qui a donc reçu le Grand Prix des quotidiens nationaux, Christophe Ayad file la métaphore : "Dans la Bande de Gaza, les animaux énervés dans leur cage minuscule tournent en rond comme des damnés"... Bonne journée...

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