Nous sommes en novembre 1918, en Alsace... La guerre est finie. Les troupes françaises paradent. Les livres d'histoire glorifient déjà les généraux français à moustaches et bottes de cuir. Les fenêtres sont garnies de drapeaux : c'est l'éblouissement tricolore. Les Alsaciens aimeraient chanter La Marseillaise, mais ils ne la connaissent pas : ils sont si nombreux à ne plus parler français. Car ils furent Allemands pendant 48 ans. Je voudrais citer longuement, ce matin, le très bel article de Pascale Hugues, dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, car il montre d'où nous venons et à quel point la réconciliation qui sera mise en scène aujourd'hui sous l'Arc de Triomphe est miraculeuse. Car à côté de ce novembre 1918 lumineux, il y a d'autres scènes beaucoup moins glorieuses et qui ont été poussées sous le tapis de l'Histoire. Novembre 1918, poursuit Pascale Hugues, ce sont aussi ces dizaines de milliers d'Allemands expulsés d'Alsace : on les appelle les "Alt-Deutschen". Ils se sont installés ici après la victoire allemande de 1870. Et quand la guerre de 14 prend fin, ils ont 24 heures pour faire leurs valises. Pascale Hugues décrit les scènes d'époque... 30 kilos de bagages par adulte. Un peu d'argent : 2000 Marks par famille. Des Allemands élégants, portant gibus, sont accroupis sur la terre battue et remballent leur paquetage. Des femmes, un enfant dans les bras, se hissent à bord d'un camion couvert d'une bâche qui va les reconduire à la frontière. Tout autour d'eux, des hordes de jeunes Alsaciens lancent des injures, parfois du crottin de cheval et des cailloux. 91 ans après cette histoire, voici donc "le 11-Novembre d'Angela et Nicolas". Ensemble sous l'Arc de Triomphe. C'est la première fois qu'un Chancelier, une Chancelière, accepte de commémorer une défaite allemande... une défaite que l'on veut présenter aujourd'hui comme une fête franco-allemande. Voici ce qu'écrit Didier Pobel, dans Le Dauphiné Libéré... "Jadis, nous imaginions le rite du 11 Novembre immuable : visages figés devant le monument aux morts, permanence glacée du recueillement, sempiternel ciel d'hiver, gloire aux derniers héros. Et puis Lazare Ponticelli, le dernier Poilu, s'en est allé. Sans rien renier du passé, aujourd'hui l'Histoire regarde un peu mieux devant elle. L'ancestral antagonisme, nourri d'humiliations, de défaites et de tragédies, fait place à cette réconciliation, aux racines européennes, seule garante de notre avenir". Globalement, les éditos, sur ce thème, sont sur le même ton. Mais il y a une voix dissonante : c'est celle d'Hervé Chabaud, dans L'Union de Reims, qui pose une question : "Est-il judicieux d'habiller cette journée de douleur d'une fête de l'amitié franco-allemande ? Que sauront les enfants de cette tragédie de 14-18 si le 11 Novembre incarne la réconciliation en oubliant les drames ? Prenons garde à ne pas manipuler les repères". Dans Le Figaro, un dernier mot sur ce thème... celui d'Hubert Falco et de Christian Schmidt, un ministre français et un Allemand, qui retiennent un message de ce 11 Novembre franco-allemand : la réconciliation est toujours possible. Nicolas, ce peut être un message pour vos invités de ce matin... (Nicolas Demorand : "Et on pense aussi à l'Afghanistan, où la France est toujours en guerre")... Dans Valeurs Actuelles, compte rendu de mission du colonel Michel Goya... Il est analyste auprès de l'Etat-Major des Armées, prof à Saint-Cyr. Et il revient de Kaboul. Son rapport a la franchise des militaires quand ils se décident à parler. D'abord, le colonel relève que la quasi-totalité des Français est désormais dans l'est du pays, zone d'insurrection importante. "Jamais nos soldats, selon le militaire, n'ont été aussi nombreux en première ligne". Ensuite, son rapport tient en sept chapitres, dans Valeurs Actuelles. Je vous en cite quelques-uns : "la formation des officiers afghans : faible rendement. Le facteur ethnique complique la donne : j'ai vu des stagiaires pachtounes se plaindre de recevoir des calculatrices plus petites que celles données aux Azaras ;" "le marché de l'emploi guerrier : les généraux afghans sont sidérés par le décalage entre les dépenses des coalisés et la faiblesse de la solde des soldats afghans. Il suffirait probablement de doubler cette solde pour diminuer le taux de désertion et attirer les guerriers dans le camp de la coalition, et cela ne coûterait pas cher, comparé au budget global de la guerre ;" "enfin dernier point : proposition pour l'avenir. Malgré tout, la guerre est gagnable, à deux conditions : les officiers afghans ne supportent plus la corruption du gouvernement. La coalition doit donc être ferme. Et le deuxième pilier de la victoire viendrait peut-être de l'arrêt total du soutien pakistanais aux mouvements rebelles". Le Monde Diplomatique regarde de l'autre côté : dans le camp des talibans... Et Patrick Porter, spécialiste des questions militaires, relève l'une de leurs grandes forces : c'est leur souplesse tactique. On les présente comme primitifs et détachés du monde, mais ils savent redéfinir leurs principes au fur et à mesure du conflit... ils menaient la guerre contre le pavot : ils sont devenus les défenseurs du narco-Etat ; pour gagner la sympathie des populations dans la ville de Musa Qala, ils ont renoncé au port obligatoire de la barbe ; les attentats-suicides étaient pour eux un affront à l'islam : désormais, ils s'en servent ; même dans la guerre de l'information, les talibans se sont adaptés au pouvoir des médias avec une aisance qui dépasse de loin celle de leur adversaire ; comble de l'ironie, ce mouvement qui interdisait les instruments de musique embauche maintenant des chanteurs, à des fins de propagande. Les talibans prêchent la tradition, mais ils pratiquent le changement... (ND : "Quelques polémiques politiques dans la presse, ce matin encore")... Oui, ce pourrait être à la rubrique "Mesquineries"... Le Parisien-Aujourd'hui publie les bonnes feuilles du livre de Bernard Laporte, viré du gouvernement il y a cinq mois. L'ancien patron du XV de France de rugby y décrit le mépris de certains politiques à son égard. "Je n'appartiens pas à leur monde. Ils me méprisent, comme ils méprisent le Français moyen". Laporte évoque notamment la condescendance de Bernard Kouchner : "A ses yeux, je passe pour un bouseux". Et puis la question à 100 Deutschmarks de la semaine : Nicolas Sarkozy était-il oui ou non à Berlin le 9 novembre 1989 ? Les preuves s'accumulent en faveur du "non". Rue89 a retrouvé l'auteur de la photo où l'on voit le futur Président devant le Mur, un marteau à la main. Lui aussi a la mémoire qui flanche un peu : il ne sait plus si c'est lui ou son assistante qui a pris l'image. Mais il est certain de la date : c'était le 10. Sur sa page Facebook, le Président disait s'être intéressé aux informations venues de Berlin dès le 9 au matin. Or, de l'avis général, le 9 au matin personne ne pouvait soupçonner que le Mur allait tomber. Conclusion du Monde, très affirmatif : lui n'a pas assisté à la chute du Mur le soir du 9. Dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Olivier Picard ramène cette grande affaire à de justes proportions... "Le chef de l'Etat ressemble à un enfant avec des moustaches en chocolat qui affirme ne pas avoir touché au pot de Nutella". Le Canard Enchaîné a encore trouvé le titre qui fait mouche : "Ich bin ein Baratineur !"... (ND : "D'autres informations glanées dans la presse")... La première concerne la presse elle-même... En ce 11 Novembre, beaucoup de journaux manquent à l'appel dans les kiosques. Ne cherchez pas les quotidiens économiques, Libération, La Croix et L'Humanité : ils ne paraissent pas aujourd'hui. Dans Le Figaro, l'hôpital d'Orange condamné pour acharnement thérapeutique sur un bébé... Tout s'était mal passé dès le départ : une anomalie du rythme cardiaque du foetus n'avait pas été décelée. Quand le petit est né, il était en état de mort apparente. Vingt minutes plus tard, le gynécologue annonçait son décès aux parents. Mais pendant ce temps, les tentatives de réanimation continuaient. L'enfant s'en est sorti, mais avec un handicap physique et mental très lourd. "Il y a eu obstination déraisonnable et faute médicale" pour le Tribunal administratif de Nîmes. Sur Lepoint.fr, à la rubrique "Nouvelles Technologies", le premier ver informatique qui touche l'iPhone... Le jeune homme qui l'a introduit dans le système dit vouloir alerter sur les failles dans le système de sécurité. Le ver ne touche que les iPhone qui ont été débloqués. Et puis dernière information... Vous savez, Nicolas, qu'il y a un exercice traditionnel dans la presse : la brève... Le jeu consiste à raconter en quelques lignes une histoire qui pourrait faire un roman. A ce petit jeu, Les Inrockuptibles décrochent le pompon cette semaine. Un photographe de la presse people américaine est mort en plein travail d'une crise cardiaque lundi. Voici ce que ça donne dans Les Inrock... "Après avoir pris en photo Lady Gaga sur un tapis rouge de New York, A.J. Sokalner, photographe de stars, est tombé raide mort". Et le titre de la brève, c'est : "Immortaliser"... Bravo à l'auteur anonyme de cette brève : c'est un tout petit Arc de Triomphe pour un soldat tombé sur un tout petit champ de bataille...

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