Patrick Cohen : Dans la presse de ce 11 novembre, l'Histoire sous toutes ses formes : au passé, au présent et même au futur… Yves Decaens : C'était il y a soixante dix ans jour pour jour, un 11 novembre pas comme les autres. Cinq mois après l'Armistice de l'été 40, dans un Paris occupé par les Allemands, quelques milliers de lycéens et d'étudiants se rassemblent sur les Champs Elysées (entre 3 et 5.000 personnes. A l'époque, il n’y a pas de contestation sur les chiffres). Il faut dire, c'est Le Figaro et France-Soir qui racontent cet épisode comme le faisait hier matin L'Humanité, il faut dire que l'évènement n'avait pas vraiment intéressé les historiens jusqu'à ce jour. Mais ce matin, le président de la République dévoilera une plaque en hommage à ces lycéens et étudiants qui défièrent l'armée d'occupation nazie, dans ce qui fut en quelque sorte le premier acte de résistance collective. En fait les allemands l'ont bien cherché, en interdisant toute forme d'expression d'un souvenir qui serait insultant pour le Reich. Ce qui n'a pas manqué de donner des idées aux jeunes Français qui se sont dits, notamment au lycée Buffon, qu'on ne pouvait pas laisser passer le 11 novembre sans marquer le coup. On lira, sous la plume de Jacques de Saint-Victor dans Le Figaro ou d'Alain Vincenot dans France-Soir, le déroulement de cette « flas mob » comme on dit maintenant, d'autant plus remarquable que les jeunes n'avaient pas Facebook, mais qu'ils se sont donnés le mot et qu'ils se sont retrouvés finalement assez nombreux Place de l'Etoile, qui ne s'appelait pas Charles de Gaulle évidemment. Mais certains criaient déjà « vive de gaulle ! » et la police qui les encerclait leur criait : « faites pas les cons, (je cite ) rentrez chez vous ». Au bout d'un moment, les Allemands sont intervenus pour mettre fin à la provocation. Bilan : pas de mort, mais une dizaine de blessés graves et de nombreuses arrestations qui n'auront pas de suite. Pas question pour les Allemands (pas encore) de faire des martyrs, et l’évènement est tombé dans l'oubli. Ce fut pourtant extrêmement courageux de la part de ces jeunes manifestants dont beaucoup sont entrés en résistance ensuite. Mais c'est souvent comme ça l'Histoire, on en mesure le sens bien après. Patrick Cohen : Savoir ce qui dans l'actualité d'aujourd'hui restera dans l'Histoire... Yves Decaens : Peut-être… le G20, peut-être pas... Sûrement pas si l'on en juge aux commentaires. Jean Levallois dans La Presse de la Manche, par exemple : « il faut une volonté pour trouver une solution et cette volonté pour le moment n'existe pas ». Les déséquilibres monétaires actuels, crise économique, ont pourtant les mêmes effets qu'un véritable conflit. Mais on est dans le chacun pour soi et le chacun pour soi ne résoudra rien. Dans Libération, juste un titre et une photo et on a tout compris : « G20 : la foire d'empoigne de Séoul » titre Libé et en illustration, juste à côté, les manifestants d'un groupe altermondialiste, ils ont les masques des grands de ce monde, habillés en ...kimono. Tout est dit : il ne faut pas s'attendre à des résultats concrets. Ce que confirme Gaétan de Capèle dans Le Figaro, que le scénario est écrit d'avance et qu'il ne sortira rien de ce G20. Pourquoi ? En faisant simple, parce que la Chine maintient sa devise à un niveau artificiellement bas, que les Etats-Unis font tourner la planche à billets, ce qui revient à faire volontairement baisser le dollar, et qu'aucun des deux n'entend changer quoi que ce soit pour l'instant. Et l'Europe ? conclut de Capèle… l'Europe est prise en étau, avec l'euro qui caracole, au détriment des entreprises européennes dont la compétitivité s'affaiblit à vue d'œil. Cela étant, le G20 est-il complètement inutile ? On lira dans L’Express que le bilan de ces deux ans n'est pas nul (pas complètement). Disons, pour faire simple là aussi, que chacun a fait une réforme à sa sauce au niveau national en tenant plus ou moins compte des grands principes énoncés au G20. Il y a du mieux dans la surveillance et la limitation des fonds spéculatifs ou dans la transparence des échanges, par exemple. En revanche, conclut Benjamin Masse-Stamberger, salaires et bonus sont toujours aussi hauts, la spéculation plus forte que jamais, le secret bancaire toujours aussi bien gardé. Bref, en cas de problème, ce serait encore aux contribuables de payer ! Comme dit un spécialiste interrogé par l'hebdomadaire : « Les financiers ont failli faire sauter la planète et on s'est contenté de leur confisquer les allumettes ». Voilà, ce n'est pas faute, du point de vue de la France en tout cas, d'y mettre de la bonne volonté. D'autant que ce G20 pour Nicolas Sarkozy, c'est une aubaine. Il en prendra demain la présidence pour un an, ce qui nous amène quasiment à la prochaine élection présidentielle. Et le chef de l'Etat, écrit Arnaud Leparmentier dans Le Monde, est habité à la fois par une ambition internationale et des arrières pensées politiques. Il se rêve en président de crise qui modernise la gouvernance mondiale et réforme le système monétaire. Et par la même occasion, en capitaine dans la tempête, incarnant le président d'une France rassembleuse, il neutralise son adversaire potentiel DSK... Cqfd. Patrick Cohen : Cela ne restera pas dans l'Histoire non plus : un remaniement ministériel transformé en feuilleton… Yves Decaens : Dans l'Histoire de « ce qu'il ne faut pas faire » peut-être... Puisque le résultat, c'est ce dont on parle tous les jours et qui n'intéresse personne. Tout le monde le dit et l'écrit en continuant de le dire et de l'écrire. Yann Marec dans le Midi-Libre, par exemple : « un tohu-bohu qui n'a servi à rien qu'à troubler le travail du gouvernement en pleine réforme des retraites. Les Français n'apprécient pas ce cache-cache au sommet de l'Etat ». Un cache-cache dont Fillon pourrait sortir gagnant, c'est le dernier pronostic en date (mais ce n'est pas fini !). Si c'était le cas, souligne France-Soir qui lui consacre deux pages, Fillon, le miraculé, l'homme secret, deviendrait l'homme fort de la droite. Après tout, confirme Didier Louis dans Le Courrier-Picard, Nicolas Sarkozy aura du mal à convaincre que la solution Fillon n'est pas de sa part un aveu de faiblesse. Du mal à dissiper l'idée que c'est elle qui s'est imposée à lui et non l'inverse. Et Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain n'hésite pas à parler de « putsch tranquille de Fillon ». Le putsch tranquille, ça rappelle un slogan des années 80, juste avant une fameuse présidentielle. Mais chut !... peut-être qu'on nous écoute. J'en terminerai justement sur cette affaire d'écoute joliment résumée par ce titre des Inrocks : « L'Etat a-t-il oui ou non ? ». En tout cas, Fillon a rappelé à l'ordre, comme dit Libé, un ministère de l'Intérieur un peu trop à l'écoute. En réalité, il n’est pas question d'écoutes, comme au temps des années 80 (ce que Fillon n'a pas manqué de rappeler à l'opposition évidemment). Ici, on parle de la saisie des fameuses fadettes, factures de téléphone détaillées. Ce qui revient au même commente François Sergent dans Libé. Car se faisant, on s'attaque aux sources et sans une protection scrupuleuse des sources, un journaliste ne peut plus travailler. Ce sont les sources qui bravent les murailles imposées par les pouvoirs, les entreprises ou les institutions. Sans elles, sans les sources, les informations seraient toujours contrôlées et formatées et le métier de journaliste serait vraiment pénible. Pour conclure avec Plantu à la Une du Monde, des journalistes qui travaillent sur l'affaire Bettencourt... Et oui, c'est pénible, remarque l'un d'entre eux, mais au moins on est écouté ! Bonne journée !

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