C’était en 2009, un soir du mois d’août à Champs-sur-Marne, à côté de Noisy-le-Grand. C’est l’histoire de Justine. A l’époque, elle avait onze ans.

Elle vivait à Nevers, mais ses parents l’avaient envoyé chez un oncle pour les grandes vacances. Ce soir-là, Justine joue avec sa cousine au pied de l’immeuble, quand un jeune homme s’approche et l’aborde. Il lui propose de l’accompagner au parc. Justine accepte la balade. Mais une fois dans le parc, le jeune homme la déshabille et la couche sur le sol. Il lui tient les mains. Elle lui demande d’arrêter. Mais il ne s’arrête pas. Il continue et il la viole. 

Et puis Justine rentre ensuite chez son oncle. Et elle ne dit rien de ce qui vient de se passer. Mais quatre mois plus tard, elle est obligée de raconter. Justine a onze ans, et Justine est enceinte. Au printemps suivant, elle accouche d’un petit garçon, placé en famille d’accueil, et c’est mardi dernier, huit ans après les faits, que s’est enfin déroulé le procès de son agresseur. Il était poursuivi pour viol, le viol d’une fillette de onze ans. Mais la cour d’assises de Meaux l’a pourtant acquitté, estimant que Justine n’avait pas été violée. Absence de menace, absence de contrainte : si l’on en croit les juges, elle était « consentante ». 

« Une aberration », estime AUJOURD’HUI LE PARISIEN, qui fait, ce matin, sa Une sur l’affaire. 

Une affaire qui en rappelle une autre : fin septembre, dans le Val d’Oise, le parquet de Pontoise avait décidé de poursuivre, non pas pour viol mais simplement pour « atteinte sexuelle » un homme impliqué, lui aussi, dans une relation sexuelle avec une fillette de onze ans. A onze ans, on n’est pas encore une adolescente. Mais, d’après la loi, on peut donc être « consentante »

Car, le problème, c’est bien la loi. Une loi « insupportable », titre le journal, précisant qu’elle ne fixe aucun seuil, aucun âge en dessous duquel le consentement serait exclu. Nulle part, au fil de 3.096 pages qui composent le Code pénal français, ne figure une disposition différenciant la définition du viol en fonction de l’âge de la victime. 

« Quand la loi est mauvaise, il faut la changer », note Frédéric Vézard dans son édito, et le quotidien espère que les remous que ne manqueront pas de provoquer ce sidérant verdict, conduiront rapidement à une modification de la loi. 

Consentante à onze ans. 

Sans doute peut-on parler d’un bug judiciaire.

Par moments, la justice paraît tout de même fonctionner. 

C’est ce qu’on peut lire sur MEDIAPART, où Michaël Hajdenberg nous raconte « la victoire des nettoyeuses de la gare du Nord » : quatre femmes d’origine africaine, qui ont obtenu gain de cause aux prud’hommes, après avoir dénoncé leurs chefs d’équipe qui les harcelaient sexuellement. 

Leur métier, c’est de nettoyer les toilettes des trains de la gare du Nord et, durant des mois, pendant qu’elles travaillaient, deux de leurs supérieurs venaient se frotter contre elles. Des mains aux fesses et des insultes. Des allusions salaces. « Si ton mari t’aimait, il ne t’enverrait pas travailler dans le ménage. S’il t’envoie, c’est qu’on peut te toucher. » 

La société qui les emploie ne les a jamais écoutées, jamais entendues, et la SNCF, au courant de l’affaire, n’a jamais rien fait non plus. Mais les prud’hommes leur ont donc rendu justice cette semaine. Elles ont obtenu 20.000 euros de dommages et intérêts, en réparation du harcèlement moral et sexuel, et 10.000 euros pour discrimination. 

Une décision qui devrait – c’est, du moins, ce que souhaite mon confrère, donner un peu plus de courage aux victimes. Le courage de parler, et celui de porter plainte.

Parler, c’est ce qu’ont décidé de faire des actrices suédoises

C’est à lire dans LE MONDE. « 456 comédiennes dénoncent dans un texte les harcèlements et même les viols qu’elles sont subis de la part de collègues et de patrons. » 

Il y a décidément un bug dans les rapports hommes/femmes.

Et, y compris, d’ailleurs, dans les prix littéraires. Ça, c’est ce que dénonce Daniel Schneidermann sur le site ARRÊT SUR IMAGE. Il dresse la liste des lauréats des prix décernés cette semaine – en l’occurrence, que des hommes. « Une insoutenable image d’exclusion des femmes », dit-il.

« Et le phallus d’or 2017 est attribué à. l’ensemble des jurys littéraires », renchérit Elisabeth Philippe sur le site de L’OBS. Le Goncourt ? Eric Vuillard. Le Renaudot ? Olivier Guez. Le Femina ? Philippe Jaenada. Le Médicis ? Yannick Haenel. Le prix Décembre ? Grégoire Bouillier. Et le lauréat du Grand Prix de l’Académie Française ? Daniel Rondeau

Certes, écrit-elle, leurs livres sont excellents, et la littérature n’est pas affaire de pourcentages, mais tout de même. Il n’y a qu’une exception : Justine Augier, qui a remporté le prix Renaudot « Essai ». L’exception qui confirme la règle. Dès lors, ma consœur s’interroge : 

Existerait-il, dans le milieu littéraire, comme dans le monde de l’entreprise, ce plafond de verre auquel se heurtent les femmes dans l’avancée de leur carrière ?

Ne reste qu’un espoir : le Prix Interallié, qui sera décerné le 22 novembre. Le jury est exclusivement masculin, mais il reste une femme en lice : Alice Zeniter, avec son roman « L’Art de Perdre », titre dont on espère qu’il n’est pas prémonitoire. Mais si, donc, l’autrice décrochait l’Interallié, on aurait un peu moins l’impression qu’il y a eu un bug.

D’autres bugs ce matin, dans les pages de LIBERATION 

Les bugs informatiques des services de l’Etat. Les ratés de la plateforme APB, pour l’admission post-Bac, les plantages à répétition du programme de gestion de la solde des militaires – certains ne touchent pas les primes auxquelles ils ont droit, d’autres touchent davantage et doivent ensuite rembourser. Des plantages, aussi, avec le programme Cassiopée, censé pourtant simplifier le travail des magistrats, et qui, à l’arrivée, complique énormément la tâche des greffiers. 

Et puis il y a même des erreurs dans le système des écoutes judiciaires. C’est ainsi qu’un suspect que les stups avaient placé sur écoute a eu la surprise d’entendre, sur son propre téléphone, la conversation qu’il venait d’avoir avec un interlocuteur. La scène, qui paraît invraisemblable, s’est produite à Nice début octobre. Et comprenant, du coup, qu’il faisait l’objet d’une surveillance policière, l’homme a immédiatement jeté son appareil. Les nombreux logiciels de l’administration, très laborieusement mis au point à coups de millions d’euros, multiplient les dysfonctionnements et, pour le quotidien, il s’agit là, rien moins que de « Bugs d’Etat » - c’est d’ailleurs le titre à la Une. 

Bug dans le recrutement

C’est à lire dans LE FIGARO : le secteur privé a encore créé 30.000 postes au troisième trimestre, mais de nombreux employeurs ne trouvent pas la main-d’œuvre dont ils ont besoin. 150 chauffeurs sont ainsi recherchés chez la société Vir Transport. 300 postes sont à pourvoir dans les métiers de bouche des supermarchés Géant. Une centaine d’embauche, également, dans le Gard chez les slips Eminence. Et il n’y a pas de candidats.

Bug politique

Et les réseaux sociaux ne parlent quasiment que de cela depuis 24 heures. Raquel Garrido s’apprêterait, dit-on, à quitter le mouvement ‘La France Insoumise’, et ce, afin de se consacrer uniquement à son rôle de chroniqueuse télé. C’est à lire notamment dans LIBERATION.

Enfin, dernière info, qui n’a strictement rien à voir. « Les moutons ne seraient pas si bêtes que cela. » Ainsi que l’écrit LE PARISIEN, les montons ne passent pas pour être des animaux très brillants, mais une étude vient de révéler qu’ils avaient une mémoire visuelle étonnante.

Ils sont capables de différencier les visages, et de reconnaître par exemple la tête de Barak Obama. Une photo de l’ancien président américain a servi pour l’étude. Les moutons seraient ainsi plus intelligents que les chiens. Notez-le si jamais vous cherchez un animal de compagnie – pourquoi pas un mouton.

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