(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : impétrants et indignés

(Bruno Duvic) Hier soir Arnaud Montebourg était l'invité du 20 heures de France 2. A trois reprises, pour parler de Martine Aubry et François Hollande, les finalistes de la primaire, les candidats, les postulants à l'Elysée, il a parlé des "impétrants".

Impétrant... Didier Pobel a consulté un ouvrage savant pour en savoir plus sur ce mot. Et il donne cette définition sur son blog : "l'impétrant est celui qui prête serment d'allégeance au Roi".

Nous y voici, Arnaud Montebourg n'est pas l'arbitre de cette primaire, il en est le roi. Roi dans la presse, ce matin ça ne fait aucun doute. La presse intéressée, amusée, agacée par le sieur Montebourg, à la fois facétieux et prétentieux. C'est le "concerto montebourgeois", auquel doivent se plier Hollande et Aubry jusqu'à dimanche. L'expression est d'Hervé Favre dans La Voix du Nord .

Le style Montebourg, c'est aussi un style direct

Illustration dans Libération qui publie une longue interview de l'homme aux 17.2%.

Sur la photo de Une, mimique de plaisir : les yeux fermés, grand sourire. Titre, entre guillemets : "J'ai sorti le PS du formol".

"J'ai pu proposer aux Français des idées politiques innovantes, la société s'est engouffrée dans cette offre politique ! (...)

  • Question de Libération : Avec 15 jours de campagne supplémentaires auriez-vous pu vous qualifier pour le second tour ?

  • Réponse : Oui !"

Formol... A en croire Montebourg, si vous appliquez un coton sur François Hollande et Martine Aubry vous devriez en récolter quelques gouttes : « Ils ont une vision retardataire de la situation économique et politique et des remèdes qu'il faut appliquer. Ce sont des dirigeants fermés aux idées nouvelles ! Ils risquent de faire perdre la gauche ! (...)

  • Vous allez pourtant devoir soutenir l'un des deux », rétorque Libé

Et Arnaud Montebourg redit ce qu'il a expliqué hier sur le plateau de France 2 : la lettre qu'il va envoyer aux deux impétrants avec des questions très précises sur le contrôle financier, le protectionnisme industriel ou la VIème République. Et les réponses seront publiées. « C'est l'open data des accords politiques ». Et il n'est pas exclu qu'il ne soutienne aucun des deux au final.

Stimulant ou agaçant Arnaud Montebourg. En titres, cela donne ceci

Le Télégramme : « Montebourg fait durer le plaisir »

Midi Libre : « l'ennemi des banques monnaie ses voix »

Sud Ouest : « c'est l'arbitre qui ne veut pas siffler ».

Dans leurs réponses aux questions posées par le « démondialisateur » et moralisateur de la République, Martine Aubry et François Hollande partagent le même défi, selon Paul Quinio, dans l'éditorial de Libération : "incarner une gauche qui ne se résigne pas mais reste crédible".

La critique de la mondialisation, c'est aussi ce qui anime les Indignés de Wall Street

Le mouvement n'est pas massif mais il prend de l'ampleur. Toujours le camping devant Wall Street et des manifestations dans une soixantaine de villes américaines le week-end dernier, rassemblant de quelques centaines à quelques milliers de participants.

Slogan d'un des blogs de ces manifestants, relevé par slate.fr : nous sommes les 99%. Les 99% qui seraient lésés par un système qui ne profiterait qu'à 1% des citoyens.

Les protestataires ont beau être minoritaires, ils suscitent des réactions assez caricaturales. Ainsi, pour mettre des bâtons dans les roues des Indignés, le maire de l'agglomération de Seattle, où il pleut beaucoup, a décrété le parapluie illégal dans sa ville. Il s'appuie sur la loi qui interdit toute structure dans les jardins publics. En principe, il s'agit des tentes mais le maire a décrété que les pépins pouvaient s'apparenter à des tentes.

Dans le Herald Tribune , le prix Nobel d'économie assez radical Paul Krugman voit dans ces réactions stupides la panique des « ploutocrates ». "Les maîtres du monde de Wall Street réalisent à quel point leur position est indéfendable moralement".

Indignation à Wall Street, envie d'exil en Europe du Sud

Exil en Chine ou en Allemagne…

Dans Le Monde , témoignages d'étudiants de l'université Ca' Foscari de Venise, l'une des plus prestigieuses d'Italie. Le chinois est devenu la deuxième langue la plus étudiée après l'anglais. "C'est en Chine que tout se passe maintenant", dit Elisa qui a 20 ans. Le chômage des moins de 24 ans atteint presque 30% en Italie.

En Espagne, c'est à l'allemand que l'on se met. Les jeunes Espagnols ont entendu l'appel d'Angela Merkel en février dernier : nous avons besoin de travailleurs qualifiés en médecine, informatique et dans les nouvelles technologies en général. Au Goethe-Institut de Madrid, les inscriptions ont bondi de 30%. Et ce sont des ingénieurs, des architectes, des informaticiens qui viennent s'initier aux déclinaisons.

On a déjà parlé dans cette revue de presse des jeunes Grecs qui pensent eux aussi à l'exil. La crise est mauvaise pour la santé. C’est une étude de la revue scientifique The Lancet . Les mesures d'économie ont entrainé une baisse de 40% des budgets des hôpitaux, un manque de personnel, des pénuries d'équipement médical. De plus en plus de personnes décrivent leur santé comme « mauvaise » ou « très mauvaise ». Un tiers des programmes de rues à destination des toxicomanes ont disparu. Résultat : +20% pour la consommation d'héroïne et +50% cette année pour les infections au virus du Sida.

Non à l'austérité, indignation, il y aura un peu de tout cela dans les cortèges de manifestants aujourd'hui en France. "Les salariés dans la rue pour le partage des richesses", titre L'Humanité .

Manifestations, mobilisation : où en est le printemps arabe ?

En automne. Il y a des automnes ensoleillés et d'autres pluvieux. Les semaines à venir donneront la tendance avec les élections en Tunisie le 23 octobre puis en Egypte le 28 novembre.

En Egypte, les clivages communautaires se ravivent, le processus démocratique est fragile.

En témoigne ce que Libération appelle le massacre des coptes au Caire : 25 morts dimanche soir. L'armée égyptienne est montrée du doigt, écrit La Croix .

En Tunisie, nettement moins sanglant, mais tout de même : la télévision privée Nessma TV a été attaquée dimanche matin après avoir diffusé "Pespépolis". Le dessin animé tiré de la BD de Marjane Satrapi et raconte la rébellion d'une adolescente dans l'Iran des Mollahs. Dans certaines scènes, elle se drogue, boit de l'alcool, fait l'amour ou s'adresse à Dieu qui est représenté sous les traits d'un vieillard barbu.

L'attaque de la télévision est l'affaire de groupes minoritaires, écrit le blog "Tunisie libre" sur Rue89 . Mais les protestations contre la diffusion du film vont au-delà de ce cercle.

Et voici ce qu'écrit Thierry Brésillon, qui tient ce blog : "Le fossé d'incompréhension va se dévoiler rapidement entre les rêves européens d'un monde arabe affranchi des ses pesanteurs traditionnalistes et la réalité d'une société majoritairement conservatrice."

Et puis il y a toujours les désespérés d'Algérie, qui rencontrent toujours peu d'écho. C'est la page enquête du Monde aujourd'hui. Les tentatives de suicide par immolation se multiplient. En Tunisie, le geste de Mohammed Bouazizi avait déclenché la révolution. Ce n'est pas le cas en Algérie. Le souvenir des morts de la guerre civil est trop vif. Et Isabelle Mandraud ajoute un élément d'explication : ces désespérés qui s'insurgent contre des difficultés sociales sont aussi très isolés. La tentative de suicide intervient quand même la famille les a lâchés.

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

Sur Rue89 , un projet qui serait une révolution pour les profs s'il était appliqué. Le ministère de l'Education envisage de suspendre la notation des enseignants l'année prochaine. Dans le second degré, il n'y aurait même plus de visite d'inspecteur dans les classes, mais un simple entretien. Le chef d'établissement aurait beaucoup plus de pouvoir dans l'évaluation de ses troupes.

Produit de beauté et linge sale. Après les Bettencourt voici les Dessange. C'est une information de La Nouvelle République, passée assez inaperçue. Le patriarche, Jacques Dessange, 86 ans, vient de publier sur Internet un petit livre dans lequel il accuse son fils cadet de l'avoir évincé de l'empire de la coiffure.

Et des impétrants du Net, pour finir

Vous connaissez l'histoire des deux académiciens qui parlent d'un troisième. Jean d'Ormesson adore la raconter.

  • Comment va-t-il ?

  • Oh il est complètement gâteux...

  • Ah c'est qu'il va mieux !

Eh bien les vieux académiciens aiment les moyens modernes de communication. Ils lancent une offensive sur Internet. C'est raconté dans Le Figaro . Nouvelle rubrique sur le site de l'Académie. Elle se veut ludique et destinée au grand public. Elle est intitulée "Dire et ne pas dire".

Les immortels chassent les fautes de langue qui circulent à la vitesse de virus informatiques dans nos conversations.

Exemples : je travaille sur Paris ; la crise impacte l'activité des entreprises ; le verbe gérer mis à toutes les sauces. On gère sa vie...

Et puis, les académiciens mettent en valeur ce qu'ils appellent les bonheurs et suprises de la langue française.

Exemple : le mot oui . Joli, clair, simple, court et rond. Et pourtant, bien souvent, il est laissé de côté au profit de absolument , effectivement , tout à fait ou exactement .

C'est donc à lire dans Le Figaro et sur le site de l'Académie : académie-francaise.fr - académie, sans accent aigu et française, sans cédille au c ; il y a vraiment de quoi s'indigner.

A demain.

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