(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : des fantômes

(Bruno Duvic) Esprit européen, où es-tu ? C'était un beau projet sur le papier, cette fusion entre EADS et l'anglais BAE systems. Cela donnait un groupe européen d'aéronautique capable de damer le pion encore plus à Boeing. C'était un pas vers une Europe de la Défense. Et l'occasion d'embraquer davantage la Grande- Bretagne dans l'aventure européenne, elle qui est toujours tentée de faire un pas de côté.

Eh bien c'est Non, ou plutôt Nein, si l'on en croit la presse française. Mediapart raconte que c'est un coup de fil d'Angela Merkel à François Hollande mardi qui en a décidé. Ce sera Non, pas beaucoup plus d'explications.

Alors les explications, la presse (Figaro , Echos , Monde , Libération ) les fournit ce matin.

Petit 1 : développer l'Europe de la Défense, soutenir le secteur militaire, dans une Allemagne qui n'a pas oublié son passé, cela ne va pas de soi.

Ensuite, l'Allemagne avait peur de perdre de son influence dans ce grand ensemble.

Peur de perdre des emplois aussi. A Berlin on se souvient de la fusion entre deux géants de la chimie Hoechst et Rhône Poulenc. On avait alors sacrifié des emplois allemands au profit des sites français.

Le résultat est là. L'Europe a raté l'occasion de frapper un grand coup. Commentaire de Jacques Camus dans La République du centre . "Cet échec témoigne de la difficulté des dirigeants européens à avoir une vision industrielle à long terme. Il souligne l'existence d'une guérilla molle entre Paris et Berlin." "Que veut l'Allemagne en Europe ?" se demande Nicolas Barré dans Les Echos .

Sur ces Etats européens qui se replient sur eux même, dans Le Point Etienne Gernelle cite Erasme, dont le nom a inspiré le programme européen Erasmus : « A chacun son pet sent bon. »

Des fantômes dans la politique française ?

Strauss Kahn et Sarkozy le retour ! Interview au Point pour le premier. Conférence à New York pour le second. Revoici « Les fantômes de la République » pour Bruno Dive dans Sud Ouest . Conférence loin de Paris pour l'ancien président et pourtant, à lire les dossiers du Parisien-Aujourd’hui en France et du Nouvel Observateur , on comprend que l'idée de revenir en politique ne le quitte pas, très loin de là.

Dans Les Echos , enquête sur la « Sarkomania », qui est un peu en trompe l'œil. A bien y regarder, les sondages ne traduisent pas un appel massif au retour de l'ex.

Mais ça fait vendre du papier. Les relations entre les politiques et la presse... Sur ce thème, dans la revue Charles , on lira le récit d'Ariane Chemin. Elle raconte comment, en janvier 2009 (elle travaillait alors au Nouvel Observateur ), elle a essuyé une colère présidentielle après la publication de son livre sur la nuit du Fouquet's co-écrit avec Judith Perrignon.

Elle a rendez vous à l'Elysée avec la conseillère du président Catherine Pégard pour tout autre chose. Nicolas Sarkozy surgit soudain. "Je n'aime pas le journalisme que pratique cette fille" dit-il à François Fillon, qui est là également.

La discussion dure une heure et demie. Alternance de moments d'intimidation et de moments plus chaleureux, alternance de connivence et de mépris. Proximité physique. La journaliste prend son caban et menace de partir, le président lui arrache des mains. Incroyable mémoire de Nicolas Sarkozy qui se souvient en détails d'articles d’Ariane Chemin. « A la fin, écrit-elle, notre entretien devient presque sympathique, je ne l'ai jamais revu depuis. »

D'autres fantômes dans les journaux ?

De nouveaux cadavres dans les placards de la police de Marseille. Selon La Provence , la lettre d'un trafiquant versée hier au procès d'une affaire de stupéfiants met en cause un autre policier et une autre brigade marseillaise, la Bac Centre. Le suspect était en garde à vue hier soir.

Dessin de Pétillon dans Le Canard enchainé . Un gamin d'une cité est en larmes "Je me suis fait piquer mon pain au chocolat !" Et sa maman : « Par les policiers de la Bac ?"

Des spectres encore dans notre vie quotidienne. Les journaux s'emparent d'un sondage qui vient d'être publié sur l'usurpation d'identité. 400.000 personnes déclareraient en avoir été victimes. On récupère un Rib, une photocopie de carte Vitale dans votre poubelle, on pirate votre ordinateur et c'est parti pour quelques années d'enfer.

Le Point raconte l'histoire d'une jeune femme qui s'apprêtait se marier. Traiteur et salle réservés. Ne manquait que la publication des bans. En demandant un acte de naissance, elle apprend qu'elle est déjà mariée depuis 5 ans ! Une autre femme a usurpé son identité pour épouser un sans papier. C'était il y a 14 ans, le faux mariage n'a toujours pas été effacé. Depuis, c'est authentique, la « mariée trompée » est devenue officier d'Etat civil.

Quoi d'autre dans la presse ?

Les journaux eux mêmes sont un peu fantômes en ce moment. Encore pas de quotidiens nationaux sur une partie du territoire, dans 19 grandes villes au moins. Certains dépôts de presse sont en grève. Toujours la conséquence du plan social prévu chez Presstalis, le distributeur de journaux

En manchette de Libération : « Mariage gay, l'alliance des réacs ». Dossier sur la fronde qui s'accentue contre le mariage pour tous.

Gros titre du Figaro : « Médicaments inutiles, la polémique enfle ». De nombreux médecins dénoncent les affirmations des professeurs Even et Debré qui contestent l'efficacité d'un médicament sur 2.

Couverture de L'Humanité . « SNCF, la précarité à grande vitesse ». Derrière l'embauche annoncée de 40.000 personnes, selon L'Huma , beaucoup de contrats précaires et une remise en cause du statut de cheminot.

Les frères Karabatic se confient dans Paris Match . « Ne nous jugez pas sans savoir, le match n'a jamais été truqué disent les deux stars du handball à propos du match Cesson/Montpellier. J'ai joué (au sens parié) c'est une connerie reconnait Luka, je suis prêt à payer pour ce que j'ai commis, mais je ne mérite pas d'arrêter ma carrière. »

Les fantômes de l'histoire, pour finir

« Secrets de famille », c'est le titre de la dernière livraison de la revue XXI .

On y trouve cette histoire racontée par Adrien Jaulmes. Quand une jeune Israélienne de Tel Aviv, Noa, découvre qu'elle a des oncles, des tantes et des cousins palestiniens.

Elle retrouve des lettres, des photos. L'histoire remonte à la seconde guerre mondiale. Une famille dans une communauté sioniste près du Lac de Tibériade. Deux filles, l'une se retrouve enceinte, père inconnu. Mal vue dans la communauté, elle finit par disparaitre. Elle s'est enfuie à Jaffa, ville arabe au bord de la méditerranée. La vie et la guerre la mèneront ensuite à Naplouse, bref du côté palestinien. C’est ainsi que se développent parallèlement une branche palestinienne et une branche israélienne de la famille.

70 ans plus tard, Noa, la jeune israélienne veut recoller les pièces du puzzle. Et elle y parvient au début. On retrouve les cousins palestiniens, on se revoit, on prend des photos. Mais bien vite, un mur invisible surgit. Choc de deux univers que tout sépare, la culture, la religion, l'argent. L'argent que les cousins palestiniens demandent sans cesse aux parents israéliens.

Noa, documentariste de profession a fait un film des aventures de sa famille. Elle le regrette presque : "Je n'avais pas réalisé à quel point la plaie était profonde et infectée, cette plaie je l'ai rouverte. Comme si on ne pouvait pas échapper au passé. Echapper à ce que nous avons fait".

A demain.

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