Ken Bone a posé une question de fond à Trump et Clinton, les américains ont adoré. Poutine à Paris ou pas? et le prix de l'humour vache parce que l'humour est dans le pré

La revue de presse, bonjour hélène Jouan

On revient d’abord sur le débat présidentiel américain

« Et le vainqueur dimanche soir est…Ken Bone »…Au terme du débat « le plus laid » de l’histoire américaine pour reprendre le terme du site Politico, c’est lui, Ken Bone, petit homme rond, débonnaire, vêtu d’un sweet rouge que l’Amérique a envie de retenir. « Une amérique désespérée » écrit ce matin le New York Times, « qui s’est donc trouvé un nouvel amoureux ».

Ken Bone faisait partie des spectateurs autorisés à poser une question : la sienne, énoncée avec modestie, mais sans trembler portait, tenez-vous bien, sur un sujet de fond : « quelles sont vos mesures envisagées pour répondre à nos besoins énergétiques, tout en restant respectueux de l’environnement et en minimisant les pertes d’emplois ? ». Engouement immédiat sur les réseaux sociaux, où l’on remplace la fameuse affiche bicolore d’Obama HOPE, par la photo de Bone, « Ken Bone président » s’enflamme la toile. Le New York Times raconte qu’à l’issue du débat, cet employé d’une mine de charbon de l’Illinois initialement plutôt favorable à Trump, a changé d’avis, Hillary Clinton l’a favorablement impressionné dit il…au fait, quelle réponse a-t-il reçu à sa question ? Ah, ça, il vous faut re-visionner le débat en entier si vous voulez le savoir, car ce matin, la presse n’en fait nulle mention.

Ken Bone a peut-être fait du bien à tout le monde le temps d’un débat fangeux, mais les partisans de chacun des 2 camps semblent en fait tout aussi irréconciliables que leurs héraults. Dans le Figaro, Armelle Vincent correspondante à Los Angeles raconte comment l’Amérique est aujourd’hui déchirée : Arlette et Nancy qui se connaissent depuis 20 ans, ont longtemps soigneusement évité le sujet. Mais récemment Arlette a craqué, elle voulait être rassurée, elle savait que Nancy votait républicain, mais Trump quand même…elle ne voulait pas y croire. Nancy lui a confirmé qu’elle voterait bien Trump car c’est l’assurance de payer moins d’impôt. Quel égoîsme ! s’exclame son amie. Elle ne croit pas que leur amitié y survivra. « Plus les élections approchent, plus les Etats unis sont parcourus par une onde de méfiance et de discorde » raconte la journaliste .La chaine Bravo titrait même récemment « Donal Trump et Hillary Clinton sont la cause de dispute dans les chambres nuptiales américaines »…et de raconter les mésaventures d’un couple au bord du divorce pour opinions divergentes, qui tente de sauver son mariage en allant voir un psy, et en regardant les débats dans des pièces séparées.

Retour dans la presse également ce matin sur une question posée ici même hier matin à notre invité le ministre des affaires étrangères, Hollande doit il recevoir Poutine ?

Avec des réponses très divergentes selon les organes de presse, et parfois à l’intérieur même de ceux-ci. Laurent Joffrin pour Libération, défend ce qu’il appelle un « geste symbolique ». « Comme personne ne pense à juste titre enclencher la mécanique d’un conflit armé avec la russie, il reste un choix cruel, ne rien dire ou parler en vain. A moins que. Entre la guerre et la reddition il existe des moyens intermédiaires , symboliques donc, mais aussi douloureux pour l’orgueil russe. Une mise à l’écart ostensible ». Ne pas recevoir Poutine y participerait…

Contre pied dans le Figaro, l’éditorialiste Yves Thréard tranche la question par un péremptoire : « ce n’est pas en traitant la Russie en ennemie que la France trouvera des solutions pour anéantir l’Etat islamique. Aux considérations morales, la France doit préférer le pragmatisme » assène t il, rejoignant là une partie de la droite sur la question, François Fillon en premier lieu. Quand Guillaume Tabard dans le même journal, fait preuve de plus de mesure en reconnaissant que « ce débat français entre réalisme et moralisme, traverse aussi bien la droite que la gauche ». Et puis, dans le Figaro toujours, Delphine Minoui instruit elle, le dossier des crimes de guerre commis en série, en Syrie. « Alep-Est, où vivre n’est plus un droit mais un miracle témoigne un médecin, est la plus flagrante des illustrations des crimes commis par le régime écrit elle. Un laboratoire de l’horreur où civils, écoles, hôpitaux sont délibérément ciblés…Mais au-delà de la tragédie d’Alep, c’est une véritable machine à tuer et torturer qu’entretient Bachar el Assad depuis 2001. Avec des preuves, des photos, des témoignages collectés notamment dans le dossier connu sous le pseudonyme de César. Il y a urgence dit elle à mettre fin à l’impunité du dirigeant syrien. Une impunité d’autant plus dangereuse écrit elle qu’elle entretient un cercle vicieux de la violence auquel n’échappent ni les djihadistes ni certains rebelles anti Assad jugés modérés. »

Bon alors, recevoir ou pas Poutine, complice de ces crimes de guerre ? Le dessinateur Willem répond à la question. Dans Libération, il dessine Hollande recevant Poutine à sa descente d’avion « Monsieur Poutine, Bienvenue en France ». Il l’accueille avec une paire de menottes

Des menottes, pas encore…mais le principal journal d’opposition à Viktor Orban vient d’être brutalement fermé en Hongrie. Hier, NEP CHA BAD ZAG , Liberté du peuple, n’était pas dans les kiosques s’alarme ce matin l’Humanité. Les journalistes ont appris la suspension de leur titre ce week end seulement, sur leur page facebook, ils dénoncent « un putsch », alors que le journal venait de publier plusieurs articles sur des scandales impliquant des politiques proches du pouvoir.…Le propriétaire évoque des problèmes économiques et fait savoir qu’il souhaite vendre le titre. La commission européenne, qui a déjà dû ferrailler il y a quelques années avec Viktor Orban sur la liberté de la presse, s’est dite « très préoccupée »

On termine Hélène

On termine avec un regard intéressant, trouvé dans Libération ce matin, sur le formatage que Facebook, ses hommes et ses algorithmes imposent à notre champ visuel. Celui d’une chercheuse à l’université du Texas, Marta ZarZYCka. Elle revient sur la récente volte-face de Facebook qui a finalement autorisé sous pression des internautes, la diffusion de la célèbre photo de l’attaque au napalm du sud vietnam en 72, avec cette petite fille nue qui accourt vers nous. Facebook en a reconnu l’iconicité, mais, prévient la chercheuse, chaque jour facebook efface d’autres images qui n’ont pas encore été adoubées. Un seul exemple, en septembre dernier, une jeune femme noire américaine a peint en blanc son corps nu et n’a revêtu qu’une perruque blonde. Elle s’est filmée sur Facebooklive, expliquant vouloir se protéger de la police qui fait parfois feu lors de contrôles de routine. Video supprimée, facebook traite nudité et pornographie comme une seule et même chose. Quant à nous, utilisateurs, tout à notre volonté de nous débarrasser à juste titre, de photos ou propos haineux ou déplacés, nous préférons écarter les images dérangeantes. Celles-ci l’étaient-elles parce que la femme y était nue, ou parce qu’elles menaçaient la suprématie blanche ? Notre champ visuel n’est plus démocratique mais déformé par la peur explique t elle. Alors attention, à chacun de disséminer les images, en toute responsabilité, mais en assumant aussi celles qui nous dérangent.

Et puis je termine vraiment, pour vous dire que le Grand prix de l’humour vache, prix très sérieux a été remis au belgo israélien Michel Kichka et au marocain Kahlid Gueddar ; ils succèdent à Coco, de Charlie Hebdo primée l’an dernier par le Salon international de la caricature de Saint just le mArtel en haute vienne. Un prix qui aide à « tenir le coup » a immédiatement dit Khalid Gueddar, menacé de mort dans son pays pour avoir republié le dessin de l’écrivain jordanien Nahef Hattar assassiné le 25 septembre dernier…les 2 lauréats vont se partager une vache limousine…L’humour est aussi dans le pré..

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