"La bataille des coeurs et des esprits n'est jamais gagnée"... Une phrase en exergue... un commentaire du Daily Telegraph ce matin... comme un résumé de toute la presse... 11-Septembre oblige, ce matin vos journaux revisitent ces cinq dernières années... et dressent le portrait du "Nouveau Monde, 5 ans après", comme le titre Le Figaro... "De même que le 20ème siècle commença réellement en août 14 avec le déclenchement de la Grande guerre... de même, écrit Dominique Valès dans La Montagne, l'effondrement des tours jumelles de Manhattan a frappé de manière sanglante les trois coups du 21ème siècle... Nul ne sait ce que nous réserve ce siècle, mais il commence dans un climat de peur et de grande incertitude"... "Pour preuve de l'impact du 11-Septembre, constate Michel Vagner dans L'Est Républicain, chacun se souvient de ce qu'il faisait, de l'endroit où il était quand un ciel de cendres s'est abattu sur l'Amérique... Comme l'assassinat de Kennedy ou les premiers pas de l'homme sur la Lune, la destruction des tours jumelles s'est aussitôt gravée dans la mémoire collective, par la force de l'image et la violence du symbole"... Et aujourd'hui... Eh bien, analyse Hervé Chabaud dans L'Union, "le travail de mémoire n'en est qu'à ses balbutiements... L'actualité ne cesse pas de nous le rappeler : le 11-Septembre a été le début d'une nouvelle escalade vers l'inoui"... Cette escalade vers l'inoui... c'est "la guerre contre le terrorisme de Bush", confirme El Pais... "Une guerre qui est une erreur", explique l'un des éditorialistes du quotidien espagnol... "Dans cette guerre, l'intelligence s'est résignée face à la pression policière et militaire... Les attentats de Bali, Casablanca, Madrid et Londres ont pourtant démontré que le terrorisme est le principal résultat de la croisade du Président américain"... The Independent dresse la liste de "l'amer héritage du 11-Septembre"... "2973 victimes dans les attaques du 11-Septembre... Environ 72.000 civils tués depuis le 11-Septembre dans la guerre contre le terrorisme... 2.932 militaires américains tués en Afghanistan et en Irak... 455 détenus à Guantanamo... 8 milliards de dollars dépensés par les Etats-Unis dans leur chasse à Ben Laden"... A chacun son bilan... Dans Ouest-France, l'éditorialiste Joseph Limagne dresse, lui, le bilan géopolitique... "Il est consternant, dit-il... L'Irak se désintègre, la guerre civile y fait chaque jour plus de 3.000 morts, soit davantage que les attentats du 11-Septembre... En Afghanistan, les talibans reviennent en force... La victoire ou la percée d'islamistes aux élections palestiniennes, libanaises, égyptiennes, a douché l'enthousiasme de George Bush... A Téhéran, Ahmadinejad, l'ancien gardien de la Révolution devenu Président, jubile et accélère son programme nucléaire"... Bref, nous vivons dans "un monde plus inquiétant"... C'est le constat également de Libération, qui se demande : "Que reste-t-il du 11-Septembre sur la planète ?"... Du Pakistan à la France, le journal a recueilli les réponses de 13 personnes... Il y a Steven Mortillo, 25 ans, vétéran américain de la guerre en Irak, qui dit : "Le sacrifice que j'ai accompli par patriotisme a été exploité car on nous a menti... Tout ça était une histoire de fric"... Pour Sheerin Mazari, directrice de l'Institut d'études stratégiques à Islamabad, la capitale du Pakistan, "ce qui reste du 11-Septembre, c'est la bipolarisation du monde entre musulmans et Occident... Les Pakistanais pensent qu'ils ont été dupés, ils voient que le combat contre le terrorisme dégénère en une guerre contre les musulmans"... Autres paroles, celles d'Alaa El-Aswany, écrivain égyptien... Et pour lui, aujourd'hui, il n'y a qu'une phrase qui résume la situation : "Les Arabes sont tous suspects"... "L'empreinte du 11-Septembre"... C'est aussi le regard de La Croix ce matin... Et attention... Le journal catholique met en garde : "Les musulmans de France sentent le poids des regards"... "Khalil est dépité", écrit la journaliste de La Croix... Fidèle musulman et Français bien intégré : voilà comment il se décrit... Mais aujourd'hui, ce trentenaire d'origine marocaine constate : "Avant, en tant qu'Arabes, on passait pour des voleurs... Depuis le 11-Septembre, on nous soupçonne d'être tous des terroristes"... Attention au regard, donc... La bataille des coeurs et des esprits n'est jamais gagnée... Alors, c'est Olivier Picard, dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, qui l'écrit : "Ce matin, nous sommes tous Américains... sans complexe, et même si cette fraternité n'est plus guère politiquement correcte... Il est temps aujourd'hui d'en finir avec les caricatures... George Bush n'est qu'un visage réducteur de l'Amérique... Ses velléités impérialistes et ses conceptions manichéennes de l'ordre mondial ne peuvent durablement masquer la générosité, l'audace, la force de contestation, la contre-culture protestataire d'un peuple qui a encore beaucoup à nous apprendre"... Contestation, contre-culture... C'est par ce biais que L'Humanité dresse "le bilan désastreux de Bush"... "5 ans après, explique le journal, aux Etats-Unis, les mesures anti-liberté font des victimes... Les citoyens réagissent... Et puis c'est le retour du mouvement anti-guerre... Un moment sonnés par la victoire de Bush à la Présidentielle de 2004, les pacifistes américains se remobilisent, selon L'Humanité... Et bénéficient d'un soutien croissant de l'opinion"... Le 11 septembre 2001 a pour symbole une ville... une ville très présente dans les journaux ce matin... Une ville comme un personnage... comme une star prise en photo sous tous les angles... une ville racontée avec les mots de tous les jours, mais aussi parfois avec ceux d'un écrivain... C'est le cas dans le mensuel Muze, où Jerome Charyn, l'écrivain enfant du Bronx, livre ses émotions et les réflexions nées des témoignages qu'il a recueillis auprès de ceux qui ont vécu le drame du 11-Septembre... Et il constate, Jerome Charyn, qu'une sorte de tension raciale a disparu à New York, comme si les Blancs et les Noirs, morts au hasard dans les tours, avaient aboli la notion de race, l'avaient rendue soudain caduque... Blancs, Noirs ou Latinos, nous sommes tous des New-Yorkais embarqués sur le même bateau... Et New York est malade... C'est le reportage dans Elle, aux côtés des New-Yorkais contaminés par les poussières qui se sont abattues sur la ville après l'effondrement des tours... Un nuage de béton, de fibres de verre, de mercure, de plomb, de toxines en tout genre, a englouti tout le sud de Manhattan... Et depuis, les riverains, les sauveteurs, tous ceux qui se sont précipités pour sauver des vies ou nettoyer le site ont ce qu'on appelle "la toux du World Trade Center"... John Graham a 41 ans... Secouriste volontaire, il s'est précipité le 11-Septembre dans les ruines... Aujourd'hui, il rêve de vivre dans une bulle stérile... Un de ses amis est mort l'année dernière... Il toussait des morceaux de gravier... Les médecins commencent seulement à reconnaître que ces maladies sont liées à Ground Zero... On voit apparaître des leucémies, des cancers du poumon, inhabituels pour des hommes de 40 ans... Il y a aussi les parents de Jimmy qui témoignent... Jimmy avait 34 ans... Il a travaillé 450 heures à Ground Zero pour identifier les victimes... Il est mort le 6 janvier dernier... Et son décès a été le premier reconnu comme étant directement lié au 11-Septembre... Selon les spécialistes rencontrés par l'hebdomadaire Elle, c'est le pire désastre toxique qu'ont jamais connu les Etats-Unis... Et les associations de victimes demandent des comptes à l'Administration, qui rassurait la population de New York en répétant à longueur de journée qu'il n'y avait pas de danger... La priorité, il est vrai, était au retour à la normale au plus vite... La priorité, pour l'Administration Bush, dénoncent aujourd'hui les malades, était de rouvrir Wall Street, située à trois rues du World Trade Center... Tiens, les marchés financiers justement... Eh bien, "cinq ans après, constate Les Echos, ils ont appris à vivre avec les risques d'attentat... Les assureurs ont appris à anticiper le pire"... Et, résume La Tribune, "la mondialisation a survécu au terrorisme"... Alors quand même, constate Le Parisien dans son supplément Economie, "le 11-Septembre pèse encore sur les entreprises"... "4 milliards d'euros sont supportés par le transport aérien... Et Aéroports de Paris, par exemple, a dû investir 300 millions d'euros... Du coup, c'est la sécurité qui ramasse la mise... "Le 'security business' est en plein boom", constate La Tribune... Il n'y a qu'à voir l'offre disponible... Petit tour d'horizon dans Les Echos... Avec d'abord "un portique antiterroriste parfait... En fait, une succession de portiques détecteurs, censés trouver toutes les substances interdites et particules dangereuses qu'un individu peut transporter... Avant de monter dans l'avion donc, il faudra, entre autres, s'installer quelques secondes sous cet appareil, qui envoie quelques bouffées d'air devant permettre de décoller les particules dont le voyageur est recouvert... des particules aussitôt analysées... L'idée, c'est de voir si elles contiennent ou non des traces d'explosifs... Egalement sur le marché : un outil informatique permettant de localiser les salariés qui se rendent dans les zones à risques... Du coup, en cas d'attaque terroriste, cela permet de retrouver la trace des équipes au plus vite... Se vendent également très bien : des formations à destination des salariés grands voyageurs, où on leur apprend à éviter de traîner dans les zones publiques d'un aéroport, et à repérer les issues de secours de leur hôtel"... Bref, la sécurité à tout crin... Peut-être même jusqu'à l'absurde... C'est dans France-Soir, sous le titre : "Un Stradivarius en soute ?... Ca ne va pas la tête ?"... Parce que les aéroports britanniques veulent contraindre les musiciens à mettre en soute leurs instruments... des instruments souvent d'une valeur inestimable... Du coup, c'est la place musicale de Londres qui est en danger... "C'est là l'héritage du 11-Septembre", conclut l'éditorialiste du Progrès... "Le monde a peur... Des militaires dans les gares, des barbelés autour des idées... L'urgence est peut-être d'en sortir, avant d'être tous condamnés à la musique militaire"... Bonne journée.

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