(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : dans l’œil du lion

(Bruno Duvic) Quand l'usine Peugeot a été construite en 1912, la ville de Sochaux comptait 450 habitants. C'est presque 10 fois plus aujourd'hui. En un siècle, 20 millions de voitures sont sortis de ses usines.

Peugot Sochaux fête ses cent ans, c'est évidemment à la Une du Pays , le journal local.

Et c'est même un numéro spécial que l'on trouve encore sur le site Internet du quotidien.

Alors que ce matin le rapport Sartorius doit livrer un diagnostic sur l'avenir de PSA, l'article du Pays , le numéro spécial, un papier du Parisien également, retracent une page d'histoire française.

Aujourd'hui encore, les cafés et les boulangeries sont ouverts en pleine nuit près de l’usine de Sochaux pour les travailleurs. Ces familles qui, du grand père au petit fils, ont travaillé à l'usine, mangé, dormi, pris leurs vacances avec Peugeot.

Les femmes aussi. Quand elles ont commencé à s'installer aux chaines de montage, il était demandé aux ouvriers d'avoir « autant de respect pour les jeunes filles que pour les femmes mariées. »

Consignes encore pour bien accueillir les travailleurs nord-africain dans les années 60, presque racistes malgré elles : « ils ont autant besoin que tous les autres de sentir de la bienveillance. »

La fierté des sochaliens. "Quand un site PSA ouvre quelque part sur la planète, il y a forcément un sochalien pour former le personnel local"

Aujourd'hui, le pelage du lion se réduit sur le territoire français. Moins que ceux d'Aulnay, mais tout de même, les salariés de Sochaux, comme tous les Peugeot s'inquiètent pour leur avenir. Hier, pour écarter les questions gênantes, Thierry Peugeot a eu cette phrase devant les reporters du Pays : Sochaux est plus un lieu d'avenir qu'un lieu de mémoire.

Des lions et des coups de griffe dans la presse

Climat austère, plans sociaux et réforme de la fiscalité… Une fois de plus, il y a un parfum de lutte des classes dans les journaux.

Entre le tigre Demorand, directeur de Libération et le jaguar Bernard Arnault, le combat continue.

La Une d'hier le mettait en scène avec une valise devant un tableau de Rothko : « Casse-toi, riche con ». Le patron de LVMH porte plainte.

Ce matin, autre Une clin d'œil à une phrase culte des années Sarkozy : « Bernard, si tu reviens, on annule tout ! »

Est-ce une coïncidence ? Une publicité pour une grande marque de luxe qui n'appartient pas à LVMH est également à la Une de Libé.

Nicolas Demorand assume son coup de gueule après la demande de nationalité belge de Bernard Arnault. Dans l'éditorial, il souligne « L'enrichissement exponentiel des riches, devenus une ‘hyperclasse’ et parallèlement l'appauvrissement des pauvres et le grippage des mécanismes qui permettaient aux classes moyennes de s'élever socialement (…)

Rares sont les moments où crise économique et morale s'entrelacent. Nous y sommes."

Manifestement la Une d'hier a tout de même fait débat à Libé : un making-off en témoigne.

Si Demorand cherche un peu de baume, il en trouvera du côté du prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz qui accorde une interview à son journal, mais aussi à L'Humanité .

Sur les projets de Bernard Arnault de partir en Belgique, il dit ceci : « C'est une expression très étonnante d'un manque de solidarité sociale. Quelqu'un comme lui a bénéficié de la communauté française, de la législation française pour réaliser tous ces bénéfices. Maintenant qu'il en a fait son bien, il s'en va. »

Pas de soutien en revanche d'Hugues Serraf sur slate.fr .

"L'éditorialiste normalien d'un grand quotidien se met à sonner comme un éructeur de bistrot, écrit le journaliste à l’adresse du camarade Nicolas. La détestation du riche est chez nous un sport national. Philosophie affligeante."

Pourquoi Bernard Arnault veut-il partir ? Pour faire des affaires avec le vieux fauve du business belge, Albert Frère. C'est la piste plus souvent évoquée. Ce matin, l'homme d'affaires belge refroidit les ardeurs dans une petite interview au Figaro . "Nous n'avons aujourd'hui aucun projet concret"

Au delà de la polémique, dans Libération , l'économiste Thierry Pech constate un trou dans la construction européenne : « Au moment où les Européens cherchent de nouveaux outils de solidarité budgétaire, les différences de traitement sur ce sujet (de la fiscalité) créent une compétition dans la zone Euro et au-delà. Il y aura toujours un Premier Ministre prêt, comme le Britannique David Cameron, à dérouler le tapis rouge aux candidats fortunés à l'exil.

« Les riches paieront », nous a dit en substance François Hollande dimanche à la télévision à propos des 10 milliards d'impôts nouveaux pour les particuliers. « Même pas vrai », lui répond Le Figaro ce matin : « Ces impôts que vont payer les classes moyennes ». C'est le titre de Une. Et dans les pages saumon, cette précision : 16 millions de ménages verront bel et bien leur impôt sur le revenu augmenter en 2013.

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

D’abord cette information tombée ce mardi matin sur le site Internet du Progrès : après l’affaire Neyret, un nouveau scandale se profile dans la police à Lyon.

Une quinzaine de personnes ont été arrêtées à leur domicile ce matin, dont 7 policiers. Selon Le Progrès, ils exerçaient pour la plupart au commissariat de Vénissieux. Ils sont suspectés d’avoir entretenu des relations douteuses avec plusieurs membres d’une famille considérés comme des trafiquants ou des délinquants notoires.

On en a déjà parlé dans le 7/9, la ministre de la Justice dévoile les grandes lignes du futur « mariage pour tous » dans La Croix . Mariage, adoption et filiation ouverts aux couples homosexuels. Les maires de communes réticents devront s'y plier et célébrer les cérémonies. Non à la procréation médicalement assistée pour les couples homos qui voudraient des enfants de cette manière.

Pour défendre ce projet, Christiane Taubira met en avant l'exigence d'égalité. L'édito de La Croix regrette la précipitation du gouvernement alors que les discussions avec la société civile sur le sujet ne sont pas achevées.

La presse en piteux état. Les Echos nous apprennent qu'un plan de départs volontaires en est préparation à L'Equipe . 46 suppressions de postes. Depuis 2006, L'Equipe a perdu 100.000 ventes quotidiennes.

Et dans Le Monde , une vente aux enchères qui devait se tenir hier, celle des actifs de France Soir dont la liquidation judiciaire a été prononcée en juillet.

A acheter : le nom du journal, celui de certaines rubriques les plus célèbres ("Le jeu des 7 erreurs") et puis le fond photographique. Un Trésor, dont l'inventaire précis reste à faire. Le fond de France Soir comprend notamment la seule photographie existant de la rafle du Vel d'Hiv

Direction l'Afghanistan pour finir

D'abord parce que Le Figaro et Ouest France racontent un moment clé dans le passage de relais entre américain et afghan. Ce sont désormais les Afghans qui contrôlent la prison de Bagram, le Guantanamo local.

A propos d'Afghanistan, Ouest France ajoute le portrait d'une tigresse. Elle s'appelle Shakila Naderi. Elle est monitrice d'auto école.

Ca commence comme place de la Concorde à Paris : « Pousse-toi, tu voix bien qu'elle apprend à conduire idiot ».

Mais une femme en voiture qui engueule un autre conducteur, ce n'est pas banal à Kaboul. D'ailleurs le type ahuri se met sur le bas côté et laisse passer les fauves.

Dans sa vieille Corolla rouge surmonté d'un panneau bleu rouillé, Shakila porte un foulard orange électrique, comme son caractère : « Les hommes ne savent pas conduire en Afghanistan ».

Mais au delà de l'anecdote, cette femme dont les talons claquent aide les autres femmes afghanes à s'émanciper. Et à apprendre le code de la route. Dans Ouest France , Claire Billet décrit les murs de l'auto école qu'elle tient avec son mari : un sens interdit « spécial charrette » ou un autre panneau, « attention piéton avec brouette ».

A demain…

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