Une fillette de dix ans porte le mystère de Jeanne d’Arc. Christophe interprète Péguy pour le cinéaste René Dumont qui aime l’exactitude des gens du Nord : la Croix, le Figaro, la Voix du Nord, le Courrier Picard. Libération s’offre à Robert Franck qui photographia l’âme de l’Amérique.

Le général Charles de Gaulle, sortant du conseil des ministres, quitte l'hôtel Matignon en octobre 1945.
Le général Charles de Gaulle, sortant du conseil des ministres, quitte l'hôtel Matignon en octobre 1945. © AFP

Le visage d'une petite fille est en une de La Croix...

Elle a dix ans, vêtue d'un gilet vert, ses yeux sont un mystère et elle ne sourit pas. Elle incarne dit La Croix : "l'âme pure de la Pucelle d'Orléans"... Lise Leplat Prudhomme est Jeanne, Jeanne d’Arc, dans un film qui sort aujourd'hui et qui nous procurera « un authentique moment de grâce » insiste le journal. Le réalisateur Bruno Dumont poursuit une mise en image d'un texte de Charles Péguy, chantre de la France dont Jeanne est la patronne. Le chanteur Christophe met en musique les mots du poète. 

Quand Jeanne parle à Dieu, ses yeux vers le ciel, on entend Christophe qui chante Péguy. "Péguy va fouiller loin dans le jardin de l'âme humaine. Il faut le représenter" dit Dumont à La Croix. Il dit aussi que "l'art est le seul moyen de capter le mystère de Jeanne". Le Figaro cite des vers de Péguy, "j'ai connu la douleur d'être chef de bataille", ou bien, quand ses voix ont abandonné Jeanne , "Et vous m’avez laissée ici-bas sans conseil / Seule à faire à présent la tâche difficile". Et le journal applaudit au choix d'une enfant pour jouer Jeanne brûlée à 19 ans. "Le petit visage de Jeanne absorbe silencieusement l’injure, la menace, l'effroi"... Le Figaro compare Lise à la grande Falconetti, qui interpréta Jeanne dans un chef d'oeuvre de Dreyer au temps du cinéma muet...

Les références se bousculent, le cinéma, la poésie, la musique et la France se rencontrent, mais il est doux de lire belles choses, et ce n'est pas désincarné. Dans la Voix du Nord et le Courrier Picard, Dumont explique pourquoi il tourne ses films dans le Nord du pays, les dunes du Pas-de-Calais et la cathédrale d'Amiens. "J’y trouve des gens vrais, qui ont du caractère, qui sentent bon la terre. Il y a une espèce d’exactitude dans le Nord. La petite Jeanne est de Calais. J’ai besoin des vraies gens, sinon je ne peux pas travailler."

Libération également a soif de beauté et de mémoire, et se donne à un homme d'images dont on a su hier la disparition à 94 ans, qui avait photographié l'âme de l'Amérique. Il s'appelait Robert Frank, son livre de photos Les Américains, fut publié en France avec des textes de Faulkner et Dos Passos. Il arracha la photo au commerce et au conformisme, il saisit l'Amérique "avec un voile gris d'une infinie tristesse" écrit Libération qui écrit juste et qui offre quelques photos de Frank : un enterrement dans le Sud profond où des hommes noirs se reposent contre des voitures. Deux femmes à leurs fenêtres masquées d'un drapeau américain : Frank incarna la beat generation, les poètes de la route, les émules de Kerouac qui écrivait ceci de lui : "Il a photographié avec agilité, sens du mystère, génie et avec l'étrange discrétion d'une ombre...".

On a besoin d'art ce matin. Au musée des beaux-arts de Carcassonne, se tient une exposition d'art contemporain. L'indépendant prend ses lecteurs par la main et avec Ghislaine qui travaille au musée depuis 17 ans et que la beauté dit-elle a sauvé, il nous dit l'indépendant, qu'il faut regarder plusieurs fois une oeuvre, revenir au musée donc, à Carcassonne il est gratuit...

On a besoin d'art sans se couper du monde. La revue l'Oeil qui nous fait découvrir des tableaux figuratifs de Mondrian, pose une question triviale : les grandes expositions dont nos musées sont friands, sont-elles compatibles avec le développement durable quand on brûle plusieurs forets suédoises chaque année en contreplaqués utilisés pour emballer les chefs d’œuvres ou monter des installations ? Les musées s'adaptent alors, mutualisent et recyclent. Nul n'y échappe.

Et le Parisien s'engage pour l'environnement...

Pour un numéro où l'on retrouve la patte d'un journal populaire, qui nous invite à l'action, chacun à son niveau. Des champignons bio poussent dans un parking à Paris, la CAMIF est championne de la vente en ligne de meubles écolos et l’armée aussi se verdit. Le 2e régiment étranger du génie est au solaire ! On se motive. C'est urgent. Dans le même Parisien, l'acteur Lambert Wilson, vieux militant écolo, dit que parfois il pense que « c'est foutu ». Dans Télérama, beau texte, l’actrice et réalisatrice Zabou Breitman raconte comment l'écologie fut liée au deuil de ses parents, qui avaient été artiste comme elle, mais chassés de la scène oubliés exilés de Paris... Quand ils sont morts tous deux, Zabou est partie dans l'hémisphère sud, voir « des espaces plus vastes que son chagrin », « voir la planète avant qu'il ne soit trop tard »... Et revoilà ce parfum de fatalité. Au salon de l’auto de Francfort, les constructeurs s'inquiètent disent Les Echos. Ils se lancent dans les voitures électriques sans être certains du succès, tout dépendra du consommateur. "Pour l'instant..." dit le patron de PSA Carlos Tavarez, "la demande vient de citoyens qui veulent faire étalage de leur choix de société." Mais après ceux-là, qui voudra investir dans une voiture plus chère de 10.000 euros que son équivalent à essence...?

Et un immense courage pour finir...

Dans Le Monde, une histoire d'héroïsme et de grâce. Celle de Noëlla Rouget qui aura 100 ans le 25 décembre, qui fut en Anjou une grande résistante et puis arrêtée déportée à Ravensbrück, d'où elle revint pesant 32 kg. Une morte vivante dont le fiancé, résistant lui aussi, avait été assassiné. Mais là n'est pas l'histoire. En 1965, l'homme qui l'avait arrêtée, un Français, Jacques Vasseur, tortionnaire de la Gestapo, fut jugé et condamné à mort. Dans le prétoire, Noëlla plaida pour que son bourreau ne soit pas tué, et après sa condamnation, elle écrivit au général De Gaulle. 

Parce que je crois en Dieu, en qui je reconnais le seul maître absolu de la vie et de la mort ; parce que je crois en mon pays; parce que je crois en vous, Général, que j’ai suivi avec élan, il y a vingt ans, dans les rangs de la Résistance, je vous supplie, M. le Président de la République, d’user de votre droit de grâce en faveur de Jacques Vasseur.

De Gaulle le gracia et Vasseur vécut. Elle lui écrivit en prison, il répondit, il ne s'excusa jamais. Mais ce n'était pas grave, elle était fidèle à elle-même. Quels poèmes aurait Péguy écrit sur Noëlla, que Le Monde, raconte bellement. 

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