Nos vélos des villes sont moins écolos que ceux du Tour de France, la leçon du Progrès au maire de Lyon. Le Monde dit Portland la contestataire, le Figaro New York qui revit chichement. Dans Marianne, les mots splendides de l'historien Hervé Mazurel sur Kaspar Hauser, "l’enfant d’une nuit noire, déserte et suffocante".

On parle d'un orage...

Qui est tombé en juin dernier sur Massiges dans la Marne, où pendant la première guerre mondiale on s'était battu et que l'Union raconte comme petit miracle. Car l'orage en remuant la terre a fait jaillir du sol une plaque militaire, frappée d'un nom, Ferdinand Guers, et les passionnés d'histoire rassemblés dans une association, la main de Massiges, ont pu dire à une femme, Maryse Berger, que son grand-père avait vraiment été retrouvé.

Il ya cinq ans, Maryse avait envoyé à l'association  la lettre que son aïeul avait envoyée à son épouse avant d’être englouti, en 1915.

« Je prends la plume pour t’écrire avant l’attaque qui va peut-être bientôt sonner et qui peut-être nous séparera pour toujours (...). Si par cas je n’ai pas le bonheur de retourner (...) cela sera dur de vous laisser au moment où vous aviez le plus besoin de moi (...). J’arrose de mes larmes cette lettre qui j’espère n’arrivera jamais. »  

Ferdinand Guers avait ensuite disparu, un de ses camarades l'avait vu frappé à la tête d'une balle de mitrailleuse, avait-il  été enterré sur le champs de bataille? En 2018, on trouvait un squelette sur le site, les restes d'un uniforme, un porte monnaie, un ouvre-lettre, un trésor de mémoire, dont on pouvait penser qu'il était Ferdinand mais on manquait de preuve, il faudrait fouiller encore, puis l'orage est venu... Et un homme existe à nouveau puisqu'on touche les traces de son passage, , on aussi trouvé près de la plaque militaire, restituées par le sol, deux pièces de 20 francs en or, dérisoire fortune...

L'histoire de Ferdinand n'est pas seule. Ses mots de condamné semblent un écho aux mots que Charb offrait à la femme qu'il aimait avant de tomber à Charlie pour notre liberté. Hier, Valérie dont le Parisien me dit qu'elle a un look punk, a dit devant la Cour d'Assises qu'elle n'était pas sa compagne mais son amoureuse, il lui disait « chérie », elle brillait dans ses yeux... 

Et ces mots tous s'ajoutent à ceux que nous vous restituons sur Inter, ceux que pudiquement  l'écrivain Yannik Haenel rapporte sur le site de Charlie, et ceux que Libération met en scène ce matin, qui rendent compte de journées de colères et de peurs ineffaçables, mais aussi des moments de douceur quand à la demande de sa maman, on projette dans la salle d'audience des dessins de Charb, et on rit , même chez les accusés, devant cette femme intégralement voilée qui chante chagrin d'amour, chacun fait fait c'qui lui plait plait plait...

C'est une grace de nous parler même après la mort. Le Bien Public et le Parisien encore nous racontent un jeune homme que nous verrons rire et crapahuter, entrainer ses complices à la télévision, alors même qu'il nous quitté. Il s'appelait Bertrand Kamal, vous pouvez dire comme ses amis Beka, il rayonnait avec ses cheveux longs et son catogan, ses envies d'être un comédien, et il avait captivé les équipes de Koh Lanta, l'émission d'aventures où on le surnommait le Chef de village...  Il avait tourné entre octobre et décembre dernier ces épisodes que TF1 diffuse depuis aout, mais après le tournage, en janvier, il avait eu mal au ventre, c'était un cancer du pancréas, le cancer a gagné, il avait pourtant « lutté comme un lion », Beka qui aimait tellement la vie, qui vit et vivra ce soir, dans une illusion éphémère ou éternelle, dans deux journaux, sur ma télévision. 

On parle aussi de villes américaines...

Qui chacune incarne les affres et les combats d'un pays.

On lit dans le Monde l'épopée de Portland la contestataire que Donald Trump décrit à tort comme étant à feu et à sang, c'est de colère que se consomme cette ville structurellement de gauche et artiste, capitale du street art, des food trucks, des fresques murales et des pâtisseries psychédéliques, qui conteste et manifeste depuis la mort de George Floyd, mais dans cette ville blanche, la contestation radicale s'éloigne de la question noire, et des militants se sentent dépossédés. 

En Californie, c'est la nature qui brule,, c'est encore dans le Monde, qui raconte comment le ciel au-delà de San Francisco a cessé d'être orange pour prendre une teinte de suie, et les températures ont chuté quand ces nuages de suie ont fait écran devant le soleil...

Le Figaro, lui, raconte New York, qui semble presque banale en comparaison des flammes de la cote Ouest, mais elle n'en est pas moins poignante, la grande ville que le Covid a mis a l'arrêt, et qui réapprend à vivre, prudemment, chichement presque, en  faisant des économies...

En France aussi, les économies s'imposent, et les organisateurs des Jeux olympiques de 2024 réduisent leurs ambitions au détriment de la Seine-Saint-Denis à qui on retire une piscine, et qui proteste, c'est dans l'Equipe et le Parisien. A Lyon, le maire écolo Monsieur Doucet a dit du mal du tour de France que sa ville accueille,  le Progrès est exhaustif sur la mauvaise ambiance, et sur son site y ajoute une leçon. Les vélos des cyclistes du Tour sont made in France ou Europe et bien  plus écolos que les bicyclettes des villes, ceux-là viennent de Chine, si souvent, les acheter renforce l'Empire et alourdit notre bilan carbone… Quant aux vélos électriques, le lithium de leurs batteries est extrait en Bolivie  dans des mines qui détruisent les paysages, par des mineurs  traités comme nos gueules noires du XIXe siècle... 

On parle enfin d'un homme voué à l'obscurité.

Qui fut baptisé Kaspar Hauser après qu'on l'eut trouvé errant à Nuremberg le 26 mai 1828, et dont on n'a jamais su s'il avait été l'enfant enlevé reclus puis échappé d'une famille princière, un livre lui est consacré  « Kaspar l'obscur ou l'enfant de la nuit », son auteur se nomme Hervé Mazurel, il est un historien de la musique, des sensibilités, et ne s'attarde pas à l'énigme habituelle, mais nous parle du corps de Kaspar, qui portait les stigmates de son aventure, l'enfant voyait dans l'obscurité, il la recherchait, mais il avait peur du jour. Mazurel donne une interview rare dans Marianne,  j'y lis ces mots, "Kaspar Hauser fut l’enfant d’une nuit noire, déserte et suffocante.’ et ceux là aussi. "Dans un état de vulnérabilité infinie et dans un branle des plus profonds, c’est dans la douleur de l’aveuglement que Kaspar est né à la lumière du jour."

Merci.

Dans Ouest-France, je lis l'aventure d'une famille qui sur un étang a sauvé de la noyade quarante-neuf hérons englués dans des algues qui les empêchaient de s'envoler, les sauveteurs ont approché les oiseaux sur une planche à voile, l'humanité rayonne aussi. 

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