Sur les pas de son ministre des Affaires étrangères, Nicolas Sarkozy a quitté Paris ce matin pour Tbilissi puis pour Moscou. "Médiation", dit-on, pour qualifier la tâche du chef de l'Etat français... "Médiation" pour le compte de l'Union Européenne dont la France assure la présidence pour 6 mois jusqu'à la fin de l'année. Evidemment, dans ce registre délicat, on l'attend au tournant. L'éditorialiste du MIDI LIBRE, Michel Noblecourt, donne le ton quand il écrit : "Critiqué pour sa mansuétude à l'égard du régime russe, monsieur Sarkozy va devoir démontrer que les bonnes relations qu'il a tissées peuvent favoriser une sortie de crise. Il joue rien de moins que sa crédibilité". Dans la VOIX DU NORD, Eric Dussart complète ce commentaire en rendant la donne plus complexe encore... "Il faudra (écrit-il) convaincre un Poutine plus impitoyable que jamais : lui faire entendre qu'il serait bon, maintenant, de faire quelques pas en arrière. Et pour cela, (...) d'abord trouver le moyen de parler d'une seule voix européenne, une voix pour 27, c'est toujours le même problème". Eh oui !... Comme le relève aussi Max Semo dans LIBERATION : "Le président français se trouve face à un casse-tête. Les 27, au nom desquels il veut parler, sont profondément divisés. D'un côté, les pays baltes et la Pologne qui ont souffert dans leur histoire de la Russie comme de l'Union Soviétique (et qui appellent l'Occident à réagir), de l'autre de nombreux pays européens qui veulent à tout prix éviter de braquer Moscou". C'est le cas de l'Italie. L'amitié qui lie Silvio Berlusconi à Vladimir Poutine parait indéfectible. Au fait, se demande LIBERATION en page Une : "Que veut la Russie ?"... ... Dans le quotidien LE MONDE, Nathalie Nougayrède tente une réponse à cette question. Selon elle, "l'objectif, semble-t-il, consiste à porter un coup d'arrêt définitif à l'expansion de l'Otan à l'est, et à laver de manière spectaculaire les humiliations militaires des années 90, un des thèmes récurrents du système mis en place par Vladimir Poutine". Ajoutez-y l'indépendance du Kosovo, soutenue par les Occidentaux contre l'avis du Kremlin, le rôle stratégique des états du Sud-Caucase en matière énergétique, et vous avez là quelques solides éléments de réflexion. Et puis il y a la personnalité du président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, ses prises de position qui privilégient les Etats-Unis face à la Russie... Une pincée de joute verbale dans les emprises de l'Onu hier à New-York, et pour LE FIGARO, le scénario est écrit, il tient en ces quelques mots : "Relents de guerre froide aux Nations Unies". Est-ce bien vrai ?... Ne s'agit-il pas uniquement de "gesticulations" onusiennes qui ne peuvent tromper personne ?... En tout cas, elles n'entament pas l'intime conviction d'un Dominique Moisi, dans OUEST FRANCE. Selon lui, "Poutine sait très bien qu'aux yeux des Américains, sinon des Européens, l'avenir de l'Iran est plus important que celui de la Géorgie. Et l'Amérique veut obtenir le soutien de Moscou dans la crise iranienne". Bref, les Américains ont besoin des Russes, les Géorgiens pourraient en faire les frais. "Cette guerre qui fait peur", titrait hier un quotidien régional... "Circulez, bonnes gens, car il n'y a rien à voir" semble dire la presse du jour. Et même, c'est presque un "ouf" de soulagement que pousse Pascal Aubert dans LA TRIBUNE. Face au danger qu'on a peut-être évité, mon confrère semble réfléchir à voix haute : "Avec le recul, on en vient à se dire que la France, l'Allemagne et quelques autres pays de l'Otan ont eu du flair au printemps dernier en prolongeant le séjour de la Géorgie dans l'antichambre militaire de l'alliance occidentale. Sans cette clairvoyance, l'Otan se trouverait aujourd'hui impliquée directement, au nom de l'assistance mutuelle que se doivent ses membres en cas de conflit, dans une guerre qui n'est pas la sienne". Opinion partagée par Patrick Fluckiger dans L'ALSACE, mais aussi par Jean Guisnel, pour LE TELEGRAMME, cette fois avec une pointe d'ironie quand il énonce cette évidence : "Personne ne proposera d'envoyer des soldats, au nom de la défense de la paix, des principes démocratiques et du respect de l'intangibilité des frontières internationalement reconnues. Des fois que Poutine se fâche !". ... "Des fois que Poutine se fâche !". Dans LIBERATION, Willem croque un Vladimir Poutine en barbare, le couteau entre les dents, le regard fou, les muscles saillants sous une salopette. Il avance vers son travail de mort, autour de lui c'est l'incendie... Sur son dos, un petit bonhomme en costume-cravate sourit et se tait. S'adressant à lui, Poutine lui lance : "Ne t'en mêle pas, président Medvedev". C'est inquiétant. Incontestablement, "Poutine le barbare" version Willem, fiche la trouille à beaucoup de monde sur la terre. Encore un dessin. Il est signé Pancho, en page 2 du journal LE MONDE. Un type en costume sombre, chapeau mou, lunettes noires, attaché-case à la main, s'adresse à un mendiant assis sur le trottoir. Il lui demande très poliment : "Auriez-vous quelque chose à investir dans notre groupe financier ?". Nous sommes tous mûrs, aujourd'hui, pour pratiquer la mendicité, à la recherche des sous qui manquent. Il nous en manque beaucoup. Dans LE FIGARO, Gaëtan Capèle l'énonce très clairement : "La France, mais aussi l'Europe toute entière, se trouve désormais au bord de la récession". ..."Inquiétante chute de l'activité industrielle" titre le journal en première page de son cahier dédié à l'économie. LA TRIBUNE montre du doigt le maillon faible : "Plombée par l'automobile, l'industrie souffre". Le fer de lance de l'industrie française est donc à la peine, le moteur est en panne. Peut-être, bientôt, ne sera-t-il plus seul sur la pente... LES ECHOS désignent d'autres secteurs rattrapés par la crise ; c'est le cas de l'agro-alimentaire et des biens d'équipement. Au milieu de tant de morosité, un domaine, au moins, tire son épingle du jeu (vous le lirez dans LES ECHOS et dans les pages saumon du FIGARO) : c'est le bâtiment et les travaux publics, le "BTP". Le chiffre d'affaires de Bouygues prend 15% de hausse au premier semestre (TF1 est la seule branche en repli du groupe, mais on n'est plus dans le béton)... Eiffage et Vinci, ses concurrents ne ressentent pas non plus les effets d'un ralentissement économique. Cela prouve au moins une chose, l'adage est menteur : quand le bâtiment va, tout ne va pas. Et puis je vous invite à lire l'éditorial du MONDE, il concerne l'offensive de quelques groupes familiaux allemands sur de grandes sociétés cotées. Je vous en cite un extrait : "Les entreprises familiales allemandes partent à l'assaut de grands groupes cotés. Cette montée en puissance de 'petits' entrepreneurs s'explique parce qu'ils gèrent mieux, qu'ils sont plus économes, et qu'ils ne sont pas obligés, eux, de réserver leurs bénéfices à la rémunération de leurs actionnaires. Ils peuvent ainsi développer des stratégies au long cours, loin des zigzags souvent imposés par les marchés". La famille, une valeur qui à la cote. Je passe rapidement sur la querelle picrocholine qui oppose ce matin vos éditorialistes, ainsi que les personnalités politiques françaises autour de la raison du séjour en France du dalaï-lama. "Religieuse" ou "politique" ?... Tout le monde n'est pas d'accord là-dessus. On cherche du poil sur les oeufs et des cheveux sur la tête d'un moine boudhiste. Le débat n'est pas tranché. LA CROIX choisit le consensus et titre : "Religion et politique au menu du dalaï-lama". Le séjour chez nous du dignitaire tibétain nous renvoie tout droit vers les jeux de Pékin. Dans vos journaux ce matin, tous les regards étaient tournés vers Laure Manaudou après sa défaite en finale du 400 M Nage Libre (8ème et dernière place). Vos quotidiens trouvaient leur place dans les kiosques que déjà la nageuse française versait des larmes sur une nouvelle déception : une 7ème place dans la finale du 100 M Dos. LE FIGARO et LE TELGRAMME s'interrogent dans les mêmes termes : "Laure Manaudou touchée coulée ?". Dans LE REPUBLICAIN LORRAIN, Sylvain Villaume se veut optimiste : "Elle a touché le fond de la piscine, elle ne peut plus que remonter à la surface (...) Assez solide et assez bien entourée aujourd'hui pour ne pas céder à la tentation du départ façon Marie-Josée Perec, elle peut même commencer à construire sa vie d'après". Dans L'EQUIPE, Perec - justement -, en connaisseuse, rend hommage à la "championne hors normes" que reste Manaudou. LE PARISIEN AUJOURD'HUI EN FRANCE essaie de voir ce que sera l'avenir de la jeune femme. Il cite son ancien entraîneur Philippe Lucas : "ce n'est pas fini si elle se remet à bosser". Question pognon, pas de problème : les plus gros contrats de Laure Manaudou (EDF, Pinault) courent encore pour quatre ans, jusquà 2012.

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