Vous êtes de droite ou de gauche, vous ?... Ni l'un ni l'autre... Ou les deux... Il faudrait prendre le meilleur de chaque côté. Et si la pensée majoritaire était celle-là, en France comme dans d'autres pays européens ?... Et si les élections, qui ont eu tant de mal à désigner un vainqueur en Italie hier, et en Allemagne quelques mois auparavant, illustraient cet état d'esprit ?... Je vous dis ça parce que les journaux, qui font du scrutin italien leur titre principal aujourd'hui, sont nombreux à établir le parallèle entre ce qui s'est passé chez nos deux voisins européens et ce qui pourrait se passer en France dans un an. Etroitesse extrême de l'écart entre la gauche et la droite... On ne peut s'empêcher de rapprocher l'actuel imbroglio transalpin des dernières élections allemandes, et des difficultés à gouverner en France, écrit par exemple Yves Thréard dans "Le Figaro"... Rome, Berlin et Paris : la réponse des urnes est là... Entre la droite et la gauche, les électeurs refusent de trancher. Ca veut dire d'abord que la confiance du citoyen pour le personnel politique se réduit comme peau de chagrin... Qu'un droit menacé, une promesse non tenue, une réforme incomprise suffit à modifier un vote, voire à déplacer vers les extrêmes... D'où ces régimes de grande tradition démocratique qui s'enlisent dans des cohabitations à répétition, ou des coalitions, conclut Yves Thréard. Idée exprimée également par Patrice Chabanet dans "Le Journal de la Haute-Marne", qui en tire la conclusion, lui aussi, qu'en l'espace de quelques semaines, deux démocraties proches par l'histoire et la culture... La France et l'Italie donc... Ont révélé des fractures inquiétantes, avec ce point commun : une classe politique vieillissante et incapable de surmonter ses divisions pour affronter les défis du 21ème siècle. Mais rappelons tout de même l'essentiel : le résultat... Car, malgré tout, il y a un résultat... C'est Prodi et sa coalition de gauche qui l'ont emporté... Coalition hasardeuse, pour résultat hasardeux... Ce que Jacques Camus, dans "La République du Centre", exprime par ce montage, qui résume bien la situation en Italie : "Berlusprodi". Quant aux titres de vos journaux, ce matin, ils expriment tous la même idée, mais avec des mots différents... C'est toute la galerie des synonymes qui s'expose... Synonymes de courte victoire... Ce qui donne : "Victoire étriquée pour la coalition Prodi", dans "Les Echos"... Ou encore : "Prodi gagne d'un souffle", pour "L'Humanité", avec ce sous-titre, qui vise juste : "La victoire en tremblant"... "Précaire victoire", titre de son côté "Libération"... "Silvio Berlusconi aboie, Romano Prodi passe". En tout cas, voilà une bonne nouvelle, estime "Libération"... La bonne nouvelle, c'est le retour de l'Italie dans le giron de l'Europe, dont elle fut une mère porteuse avant que Berlusconi ne la trompe avec l'Amérique de Bush... Avec Prodi, la bonne nouvelle, c'est donc d'abord pour l'Europe, seul point sur lequel le vainqueur, ex-Président de la Commission de Bruxelles, s'est clairement engagé. Et pour le reste, on lui souhaite bien du courage, à la nouvelle équipe dirigeante... Parce que si la victoire, c'est simple comme un coup de fil... Celui que Romano Prodi attendait hier de Silvio Berlusconi, reconnaissant sa défaite... Le plus dur commence. Coalition hétéroclite, absence d'appareil, programme flou... Pour la gauche, l'exercice du pouvoir, ce sera l'exercice du grand équilibre, analyse "Libération"... Parce que, malgré sa défaite, la formation de Silvio Berlusconi reste le premier parti d'Italie... Marge de manoeuvre bien faible, note "La Tribune". Et puis, au petit jeu du parallèle, du transfert d'un personnel politique à l'autre, c'est Henri Jacques qui se distingue ce matin, dans "La République des Pyrénées"... "Sauf surprise, le 'non' à Berlusconi l'a donc emporté, écrit-il... De peu, sans doute, de bien trop peu même, tant son mandat aura été marqué par l'incompétence, l'incivisme, la cupidité, la vulgarité, quand ce n'est pas la voyouterie pure et simple... Et c'est là qu'on arrive au petit jeu des comparaisons... La coalition Berlusconi, c'était un mélange de Madelin et de Le Pen, mâtiné de Tapie et De Villiers, le tout sous bénédiction vaticane... Face à cela, il y avait Romano Prodi, avec un côté Jospin, en moins drôle". En tout cas, Eric Fottorino lui tire son chapeau dans "Le Monde"... "Voilà tout de même quelqu'un qui a réussi le prodige de fédérer un centre-gauche qui irait en France de François Bayrou à Arlette Laguiller... Qui donc, parmi notre personnel politique, serait capable d'une telle prouesse ?", s'interroge notre confrère. Voilà... Maintenant, du côté de la presse italienne... Tous les journaux hier, dans l'attente du résultat, titraient sur le thème de l'Italie coupée en deux... Aujourd'hui, comme un seul homme également, avec beaucoup de prudence, ils n'annoncent pas la victoire de Prodi... Non, ils titrent sur Berlusconi qui conteste le résultat. "Berlusconi contesta il voto", titre "La Repubblica"... "Prodi gouvernera au centre-gauche". Quant au "Corriere della Sera", il barre sa Une avec la phrase prononcée par le vaincu qui ne s'avoue pas tout à fait vaincu : "Nessuno ha ancora vinto"... Autrement dit : "Personne n'a encore gagné". Alors cette fois, le CPE est bel et bien détrôné de la Une des journaux... Mais il n'a pas disparu... Et pour cause, affirme "L'Humanité" : "La droite continue de bâcler le travail, puisque le nouveau dispositif allège un peu plus les charges dues par les employeurs", déplore ce journal. "Libération", lui, donne la parole à François Chérèque... Dans la série "Tirons le bilan"... "L'affaire du CPE étant quasi réglée, il va falloir s'occuper du CNE maintenant", avertit le numéro 1 de la CFDT. Autre leçon de la crise... Là, c'est "Le Parisien" qui consacre trois pages entières à ce sujet... "Une droite abattue, mais soulagée"... "Un baroud d'honneur des étudiants"... Mais aussi cette question : "L'unité syndicale va-t-elle tenir ?"... Pas de réponse évidemment, pour l'instant... Mais... Leçon 1 : Il y aura un "avant" et un "après-CPE", en termes d'union syndicale. Leçon 2 : Le mot d'ordre unique, c'est la formule magique... Pour le CPE, c'était "retrait et rien d'autre"... Pour "Le Parisien", c'est clairement l'une des clés de la réussite du mouvement. Leçon 3 : La CFDT a repris du poil de la bête... François Chérèque a réussi à faire oublier son comportement en 2003, lors du mouvement contre la réforme des retraites... La CFDT l'avait signée... Ce qui avait valu à Chérèque le surnom, peu flatteur, "d'homme qui signe plus vite que son ombre". Enfin, leçon 4, et là c'est "Le Canard Enchaîné" qui nous la donne... Elle porte un nom : "Séparabilité". Effectivement, ce conflit autour du CPE a généré un mot nouveau, sorti du cerveau inventif de Laurence Parisot, la patronne des patrons... Ce mot de "séparabilité", elle l'avait lâché dans une interview donnée au "Figaro" mercredi dernier. Alors, on connaissait la "flexibilité", dont on n'a cessé de nous rebattre les oreilles ces derniers temps... Mais comme ce mot n'avait pas bonne presse, Dominique de Villepin lui a préféré le terme "souplesse"... Pas terrible... Surtout dans la bouche d'un psycho-rigide, note perfidement "Le Canard"... Il y a aussi "l'employabilité", censée distinguer ceux qui sont capables d'entrer sur le marché du travail et les autres... Autrement dit : les "aptes" et les "inaptes"... Voici donc la "séparabilité"... Autrement dit, "pourrons-nous nous séparer bons amis ?"... C'est l'entreprise qui parle au salarié... Bref, êtes-vous "séparable" ? On le voit, ce concept s'annonce riche de possibilités... On pourrait même dire qu'il est riche en "avenir habilité". Dans le prolongement de la discussion avec votre invité, Pierre WEILL, on va aborder le sujet de la police française, aujourd'hui sur la sellette... Avec ce rapport de la Commission nationale de déontologie de la sécurité... Sujet largement abordé par les journaux... Avec des grilles de lecture différentes... Dans "France Soir", par exemple, avec ce titre : "Les flics en ont marre d'être fliqués"... Ou dans "Libération", qui voit ça d'un autre oeil, et qui parle des "policiers qui dérapent"... Et puisqu'il en faut bien qui lâchent le mot, eh bien c'est "L'Humanité" qui, lui, parle des "bavures"... Oui, "bavures : la police nationale tient le haut du pavé", tire ce journal. Ou alors, comme le dit "Libé" : "Mieux vaut ne pas être jeune, sans-papiers, ou psychologiquement instable, quand la police dérape ou ignore les règles de la procédure pénale"... Pour "Libé", c'est bien l'un des principaux enseignements du rapport de la Commission nationale de déontologie de la sécurité... Qu'il s'agisse du placement en garde à vue, de la fouille au corps, du menottage ou des insultes... Pourtant, s'étonne "France Soir", la police française est la plus contrôlée du monde... Les "boeufs-carottes" sont intraitables, précise le journal. Le "boeuf-carottes", c'est un plat qui se mange froid... Disons que les policiers qui bavent ne perdent rien pour attendre, en principe... Un jour, la sanction tombe... D'ailleurs, le nombre de sanctions connaît une croissance impressionnante, précise "France Soir"... 14 et demi de plus en 2005, par rapport à 2004. Reste cette demande, formulée par Amnesty International, dans la série "Mettre fin à l'impunité des policiers, surtout dans le cadre des gardes à vue"... Je cite Amnesty, qui demande donc l'installation de caméras dans les salles d'interrogatoire et les locaux des commissariats de police. "Pas question !", répondent les syndicats de policiers... Ca serait une barrière supplémentaire à un interrogatoire efficace... Mais Amnesty n'en démord pas, et réitère sa demande. Voilà qui nous amène à un temps que les moins de 100 ans ne peuvent pas connaître... C'était juste avant la Première Guerre mondiale... Il y avait à cette époque un corps de super-flics, les brigades mobiles, qu'on a très vite appelées "Les Brigades du Tigre"... Celles de Clemenceau, dont les exploits seraient certainement restés aux oubliettes si la télévision ne s'en était pas inspirée pour un feuilleton que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître... Alors ils les retrouveront, ces "Brigades du Tigre", grâce au film qui sort aujourd'hui même sur les écrans... Et qui recueille des critiques nuancées... Excellentes dans "Le Parisien", qui nous parle d'un vrai film d'action... C'est vrai qu'il y a de la bagarre... Ca déménage ! Ca n'a pas plu, en revanche, aux critiques du "Figaro", qui estime que le film détourne l'histoire au profit d'une épopée laborieuse qui se prend au sérieux. Alors si vous, vous êtes sérieux sans être forcément austères... Sachez que le magazine "Historia" sort un numéro spécial, intitulé tout simplement "Les Brigades du Tigre"... Censé répondre à toutes les questions auxquelles le film ne répond qu'à coups de revolver... Mais chacun son rôle, après tout : l'émotion d'un côté, la réflexion de l'autre. Bonne journée... A demain...

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