(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : Maastricht blues

Une fois n'est pas coutume, le président Mitterrand est arrivé en avance. Dès le dimanche après-midi, veille du sommet, il est à Maastricht. Le projet de traité sur la monnaie unique est prêt, mais il reste des détails diaboliques à régler. Il faut convaincre l'Italie, il faut être sûr de la position de l'Allemagne.

Mitterrand a une idée simple : imposer une date butoir à laquelle la monnaie verra le jour, quel que soit le nombre de pays prêts à l'adopter.

L'Italie risque de ne pas en être. Alors il reçoit Giulio Andreotti à dîner, le Premier Ministre Italien.

Dans la version que les italiens donnent de ce dîner à Maastricht, cela donne ceci. A un certain moment de la conversation, Andreotti dit à Mitterrand : "Mais ne serait-il pas préférable de fixer une date ?"

Et Mitterrand, feignant la distraction (on imagine le battement de cils) aurait répondu : "Oui, pourquoi pas !"

La nuit passe, restait à s'assurer de la position des Allemands.

C'est une tradition, chaque matin de sommet européen, Mitterrand et Kohl prennent le petit déjeuner ensemble. Rendre la monnaie unique irréversible, Kohl est pour. Mais face à lui, il a la banque centrale allemande qui espère bien que cette fichue monnaie ne sortira jamais de sa coquille.

Politiquement Kohl ne peut pas faire lui-même la proposition. En revanche, il peut se laisser convaincre. C'est ce qui s'est passé. Dans la foulée du petit déjeuner, le sommet de Maastricht : en quelques minutes, le destin de la monnaie unique était scellé. Le britannique John Major, successeur de Thatcher pouvait pester dans son coin. Il avait obtenu de ne pas être de la monnaie unique mais il ne l'avait pas empêchée.

Ce long récit est tiré du blog de Jean Quatremer, le spécialiste des questions européennes à Libération. Il y revient ce matin sur les coulisses de l'accord de Maastricht. Il l'avait déjà fait dans un livre. Maastricht, c'était il y a exactement 20 ans.

Commentaire de Jean-Vittori, 20 ans plus tard, ce matin dans Les Echos . "A Maastricht, un sommet européen bouscule le cours de l'histoire. C'était un pas de plus vers une Europe fédérale, qui devait logiquement enclencher d'autres pas vers une union budgétaire. Mais ces pas là n'ont jamais été faits. (...) Le 9 décembre 2011, le conseil de Bruxelles a pris une tout autre direction, il a définitivement enterré le rêve d'une Europe fédérale au profit d'une Europe des nations."

Le week-end est passé mais l'accord européen fait encore les gros titres : il ne lève pas tous les doutes, selon Les Echos .

Sanctions plus systématiques pour les dérapages budgétaires, plus de solidarité financière. Est-ce suffisant ? Toujours dans le quotidien économique, un homme taille en pièce l'accord de vendredi. Son entreprise a un nom de bonbon, Pimco, mais c'est du lourd : premier gérant obligataire mondial, l'un de ces fameux investisseurs dont on parle si souvent dans la presse.

Ce qui s'est passé vendredi à Bruxelles "est certainement un pas important, dit-il, mais ce n'est ni une solution miracle, ni un remède global. Le financement supplémentaire va se révéler insuffisant, sauf si on accomplit beaucoup plus, sur plusieurs front et rapidement".

L'Europe c'est comme la fille chez Audiard, elle agit pas, elle cause. "Est-il imaginable qu'un sommet européen puisse aboutir à des actions concrètes? Apres 16 exercices peu convaincants, on est en droit d'en douter." écrit l'un des anciens patrons de la banque de New York Georges Ugeux sur son blog sur lemonde.fr .

A cette salve des financiers, s'ajoute les critiques sur l'austérité qui va nous tomber dessus. "Europe ‘austéritaire’, le 18 brumaire de Merkel et Sarkozy" titre ce matin L'Humanité .

Le populo en a soupé. D'ailleurs à en croire Les Echos , à la buvette du Conseil européen à Bruxelles les serveurs en ont plein la tasse. Quand le dernier compromis a été signé vendredi à 5 heures du matin, un serveur a lâché devant les journalistes : "C'est notre huitième sommet de l'année et ça finit de plus en plus tard".

Fait marquant de ce sommet : l'isolement britannique.

David Cameron n'a pas signé. C'était Margaret Thatcher sans le sac à main. Et dans Libération , les plus conservateurs des britanniques enchainent les pintes de bière pour célébrer l'événement. "J'en ai dansé de joie, dit un ancien rédacteur en chef du Sun. Nous sommes une nation insulaire et combattante, nous sommes bien mieux tout seuls".

"Isolé ? Oui, comme quelqu'un qui aurait refusé d'embarquer sur le Titanic" dit encore un courtier de la City.

City, le mot est prononcé. C'est bien pour mettre la place financière de Londres à l'abri de toute régulation que Cameron a refusé de signer. Les britanniques approuvent à 57% selon un sondage du Times . Mais il faut maintenant se dépêtrer des retombées de ce véto, écrit le Financial Times , édition Europe.

Retombées politiques : "le gouvernement Cameron est divisé sur le Non à l'Europe" titre Le Figaro. Sur le site Internet du Sun , le partenaire centriste de David Cameron, Nick Clegg a cette phrase : "la Grande Bretagne sans l'Europe c'est un pygmée dans le monde".

"Ce divorce à l'anglaise c'est une clarification, analyse Philippe Mabille dans La Tribune. (...) De deux choses l'une, soit l'Euro implose comme le prédit la City, auquel cas le Royaume uni aura eu raison avant tout le monde mais ne sortira pas indemne du choc. Soit l'intégration renforcée de l'Europe sans la Grande Bretagne est un succès. On peut alors faire confiance au pragmatisme britannique pour revenir dans le jeu européen."

Voilà pour l'économie et la politique à court terme. Pour l'histoire, Dominique Quinio est un peu triste dans La Croix : "le rêve d'un projet européen altruiste et solidaire réclame toujours des bâtisseurs."

Quoi d'autre dans la presse ?

Le PS en noir à la Une du Figaro : l'étrange silence de Hollande dans l'affaire de fraude à la fédération du Pas de Calais

Le PS en couleur dans Libération qui salue l'effort pour mettre en avant des candidats issus de la diversité aux législatives.

Et la campagne de Nicolas Sarkozy à quoi ressemblera-t-elle ? France Soir croit savoir ce matin qu'il mettra en avant la famille et la culture. Le mariage gay à la mairie n'est plus tabou à l'UMP, selon le quotidien.

"Journée test pour la révolution du rail". C'est la Une du Parisien . Pour L'Humanité , le big-bang des horaires à la SNCF masque mal l'ouverture à la concurrence.

Deux alertes, la première à la Une de Presse Océan . Série d'agressions sexuelles à Nantes ce week-end. La seconde dans La Provence : alerte à la rougeole dans la région marseillaise.

Crise, campagne électorale et épidémies. Que peut-on souhaiter pour 2012 ? De la délicatesse. A l'heure où le film La délicatesse , tiré du livre de David Foenkinos sort sur les écrans, le mensuel Marie-France veut faire de la délicatesse la valeur de 2012. Est-ce que c'est tarte où délicieux ? A vous de voir.

Dans délicatesse, dit une lectrice du journal, on peut entendre "délié" et "caresse". C'est déjà pas mal.

A demain !

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