Dans une nuit de peur, lemonde.fr tempère les internautes, le journalisme consiste aussi à dire qu'on ne sait pas. Le Figaro dresse la liste des terroristes connus de la police et qui pourtant ont tué. Avant l'attentat, la presse parlait de nos hontes et Marsactu avait pointé cet élu marseillais qui louait un taudis.

La fusillade de Strasbourg est dans les journaux ce matin...  

Elle est sur sites des journaux car la presse écrite est fluide désormais sur le web, et nous accompagnait cette nuit et nous tempère aussi. 

La rédaction du Monde répondait cette nuit et répond encore aux questions des internautes, et le journalisme consiste aussi à admettre ce qu'on ne sait pas encore, exemple... "Je suis quand même fort étonnée, alors que l'assaillant a été confronté 2 fois aux forces de sécurité, il a néanmoins réussi à s'enfuir tout en étant blessé. Est-il vraiment seul ?" Réponse: "On ne dispose que de peu d’éléments encore à ce stade. Mais, il n'a pas été fait mention d'une éventuelle complicité." Question. "Le côté opaque de toute l'opération, peut-on craindre quelque chose de beaucoup plus grave...?" Réponse. "On peut aussi se dire que les autorités jouent la discrétion pour pouvoir travailler sereinement." Et un média de direct, le monde.fr, plaidait ainsi pour la patience de la raison.   

Elle nous confronte au mal aussi, la presse: l'Est républicain  a révélé la photo d'un homme barbu, ce Cherif C, qui fut condamné en 2011 disent Les Dernières Nouvelles d'Alsace, "à deux ans de prison, dont six mois ferme, pour avoir agressé un adolescent avec un tesson de bouteille." Cette photo de Cherif C orne aussi des comptes internet de soutiens de l'état islamique, c'est ce que révèle L'Alsace qui renvoie au compte twitter d'une spécialiste du terrorisme, elle s'appelle Rita Katz, une israélienne  qui suit la mouvance djihadiste sur le net depuis des années, et qui affirme que dans cette mouvance, on annonçait des attentats contre l'occident pour Noel... En 2000, les DNA le rappellent, le marché de Strasbourg avait déjà été visé par Al Qaida...   

Le Figaro, sur son site, publie un papier saisissant: "Fiches S, mandats d'arrêt: ces individus déjà repérés qui sont passés à l'acte"... Et défilent alors les noms et les visages du tueur de Toulouse et de Montauban, des assassins de Charlie hebdo et de l'hyper cacher, des meurtriers du Père Hamel à saint Etienne de Rouvray, celui du policier Xavier Jugelé, d'un homme qui décapita son patron dans l'Isère et d'un autre qui tua un couple à Magnanville et de l'auteur des attentat de Trèbes, et jusqu'à ce jeune homme qui poignardait des passants au mois de mai dernier à Paris. Tous connus, et qui pourtant ont frappé; et le Figaro, sur le web, est une indispensable et cruelle mémoire.    

Les journaux de papier aussi sont marqués par l'attentat.

Qui pénètre les unes comme par effraction, "il sème la mort au marché de Strasbourg", l'Indépendant. Cette mort est survenue quand les journaux partaient aux imprimeries, on les a changé dans l'urgence du métier, et la presse ressemble à la vie qu'un attentat déchire, nos journaux témoignent de ce que nous pensions, juste avant.    

Juste avant l'attentat, nous parlions de nos hontes. Un élu marseillais, renonçait à ses fonctions, épinglé par Mars Actu,  propriétaire d'un taudis qu'il louait à une maman et sa fille, dans un immeuble dont l'escalier est sur le point de s'effondrer. La Provence et la Marseillaise emboîtaient le pas. 

Juste avant l'attentat, Libération et l'Humanité accompagnaient ces lycéens de Mantes-la-Jolie arrêtés et humiliés jeudi dernier, mains sur la tête comme dans une scène de guerre, une policière aurait dit des enfants, placés en garde à vue, "on se croirait au zoo de Thoiry"... 

Juste avant l'attentat, la police était dure, mais pas seulement, et tout résonne ce matin, quand la Croix sous ce titre, "Mon enfant a choisi un métier dangereux", raconte ces parents, inquiets et fiers, dont les enfants ont choisi de nous servir, dans l'armée ou la police, dans l'humanitaire ou chez les sapeur-pompiers...   

Juste avant l'attentat, le Parisien était à Beauvais dans cette supérette où en janvier dernier on s'était battu pour du Nutella en promotion, le journal voulait confronter les annonces d'Emmanuel Macron à cette France où l'on ne se fâche même plus, le Président ne peut pas tout faire, même s'il ne sait pas "ce que c'est que de survivre plutôt que vivre", et ses coups de pouce changeront un peu la vie de Miranda, "je serai dans le rouge le 20 du mois et plus le quinze". 

On disputait dans les Echos et l'Opinion sur la facture de la crise, les gilets jaunes dans le Courrier Picard ne désarmaient pas et Nicolas Beytout, patron de l'Opinion, paraphrasait Thorez: "Il faut savoir arrêter un blocage". Le dessin de Kak montrait un Emmanuel Macron en épicier racketté, sa caisse vidée par un gilet jaune muni d'un gourdin et murmurant "à la semaine prochaine"...  

Mais y aura t il une semaine prochaine à l'identique dans une France blessée...   

Et dans le monde des gilets jaunes, l'attentat de Strasbourg provoque de curieuses réactions...  

Et ce que vous allez entendre est l'absolu contraire du journalisme, mais c'est pourtant ainsi que beaucoup de gens croient s'informer. Hier soir, entre huit et neuf heures environ, Maxime Nicolle, surnommé Fly rider, une des figures nationales des gilets jaunes, dialoguait avec ceux qui lui font confiance sur sa page Facebook. On venait d'apprendre la nouvelle de la fusilla de de Strasbourg, on ne savait encore rien du bilan évidemment, mais spontanément, Maxime Nicolle réagissait ainsi.  

SON 1 Fly Rider. "Le mec qui veut faire un attentat vraiment, il attend pas qu'il y ait 3 personnes dans la rue le soir à 20h00"

Et c'était donc le scepticisme et le complot qui spontanément venait à l'esprit de Nicolle, habitué des plateaux télé, qui demande, c'est un signe, à ceux qui le suivent, de vérifier tout ce qu'ils entendent, y compris de sa bouche... Comme si rien au monde ne pouvait être vrai... Mais les gilets jaunes ne sont pas que Fly rider. Quelques heures plus tard, c'était la nuit, un homme jeune, entrait à son tour en Facebook live, il s'appelle Yannick Krommenacker il est un leader des gilets jaunes en Alsace, connu pour défier l'Etat, et aussi nationalement, blessé dans une manifestation, il habite près de Strasbourg, il était confiné chez lui, et ce n'était pas le même discours.  

SON 2 Krommenacker  "Je vis un cauchemar"

Mais ayant dit sa peur, Krommenacker invitait ceux qui le regardaient à témoigner à leur tour, et soudain, le complot jaillissait sur Facebook.  

SON 3 Internaute complotiste.  "C'est  le gouvernement qui a fait ça."

Et là, Krommenacker hochait la tête, il approuvait, il disait ensuite ne pas savoir s'il s'agissait ou non d'un complot de l'Etat, d'autres gilets jaunes rétablissaient la raison en intervenant à leur tour et il conclurait pour eux, mais le doute avait plané chez cette homme engagé, enfermé chez lui par un attentat sans qu'il sache s'il devait y croire, dans une nuit obscure dans une France endeuillée.

A l'antenne, j'ai écorché le nom de Yannick Krommenacker, leader "gilets jaunes" en Alsace, dont j'évoquais le facebook live;  je le prie de m'en excuser, ainsi que nos auditeurs, singulièrement alsaciens. C.A.

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