Achille et ses larmes dans le Figaro, la Genèse illustrée de Soulages et autre tableaux dans la Croix, on parle ce matin de mythes fondateurs. L'Equipe dit Liverpool la socialiste. Dans StreetPress, des guerriers maudits, ces gitans dont nul ne se soucie quand les gendarmes tuent l'un d'eux, il s'appelait Angelo.

On parle de larmes ce matin...

Les larmes d'Achille ce héros grec, qui était le plus viril de tous les guerriers d'Agamemnon venu assiéger Troie, mais qui n'en pleurait pas moins si souvent dans l'Iliade, et ses larmes lis-je dans le Figaro étaient puissantes. Elles n'étaient pas de peur, Achille pleurait frémissant comme au combat, et ses larmes disaient l'injustice qui pèse sur l'homme, qui pour atteindre à une immortalité dans l'histoire devait accepter de mourir jeune sur le champ de bataille et pour l'éternité renonçait aux jours heureux...

C'est dans le Figaro disais-je, splendide interview d'une helléniste nommée Hélène Monsacré, nom magnifiquement venu, et qui a dirigé la re-publication de l'Iliade et l'Odyssée. Et sans mésestimer ce qui nous préoccupe en cette vie terrestre en France aujourd'hui, la bataille des retraites, sachant que nous irons dans nos journaux droit sur ces unes où campe souvent (la Croix, le Figaro) Edouard Philippe et dans Libération le mécontent Laurent Berger, sachant que nous lirons les articles qui détaillent la réforme que le premier ministre a présenté et que les syndicats rejettent. 

Sachant cela pourtant, je préfère vous parler d'une histoire bien plus vieille, que l'on narra en grec, et d'autres, en hébreu, ou même sans paroles, car elles nous fondent, nos mythes d'origines, elles nous disent de tous temps et les journaux sont aussi ce matin une source d'éternité.

Extraordinaire, j'en insiste, la plongée chez Homère que donne le Figaro, cette narration d'un monde brutal confus et drôle aussi qu'était celui du conteur aveugle, un monde de colère où Achille en rage défiait un dieu et dans son combat, l'eau prenait feu, ces chaos valent bien les nôtres et ses tristesses aussi; 

Ulysse descendu au royaume des morts croisa sa mère Anticlée et voulut la prendre dans ses bras, son ombre se déroba à lui, et Achille qui avait péri en héros soupirait après la lumière des jours, et aurait voulu s'y lover encore, anonyme, être simplement un vacher...

Splendide aussi les origines de la Bible, cet entrelacs d'hébreu traduit et d’oeuvres d'art que je découvre dans la Croix, avant-gout du livre d'un rabbin philosophe, nommé Marc-Alain Ouaknine, « La Genèse de la genèse illustrée par l’abstraction"... Restez avec nous. 

C'est l'oeuvre de trente ans d'un homme qui pense, qui a retraduit la création du monde, Adam et Eve, Babel, et les mots sont éternels, car "l'herbe sèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu subsistera toujours", prophétisait Isaïe. Mais l’éternité se transmute car le rabbin Ouaknine nous invite au silence et au vide, et à la beauté : une composition de Rodchenko répond à la création de la lumière, un Cercle noir sur carré blanc de Malevitch dit le commencement du monde, une mer noire de Soulages dit le souffle divin planant sur la terre, et des figures dansantes de Henri Michaux matérialisent l'invite divine à fructifier et se multiplier et remplir la terre et la cultiver....

Il ne s'agit pas de croire mais de ressentir... 

Dans Libération aussi on en vient aux origines de l'Homme dans ce qu'il a d'immédiat, ses cinq sens, et me voilà invité à l’apologie du goût auquel un livre est consacré "Philosophie du goût". Ce sens un peu négligé, trop concret, trop lié à la survie par l'ingestion de nourriture, mais qui mérite réhabilitation car la jouissance élève, et en latin la sagesse « sapienta » et la saveur « sapor » viennent du même ventre...

Voilà nos origines. Les racines de nous. 

Sur le site de l'Equipe, ce sont d'autres racines...

Qui sont racontées dans un grand format Internet saturé de rouge et de vérité sociale... Textes et son et images, le journal du sport raconte Liverpool, club de football qui se demande s'il peut rester socialiste dans le monde d'argent et d'actionnaires tentés par le retour sur investissement, dont le grand homme Bill Shankly se définissait comme socialiste et fait l'objet d'un culte. 

Liverpool, club anglais mais qui rejette le nationalisme, dont les figures défilent à l'écran en fustigeant les saveurs frelatées du Brexit, un supporter au splendide accent se prépare à devenir député travailliste...  

Et nous revoilà donc dans une actualité mais compris autrement. Quand les britanniques votent aujourd'hui, le New York Times voyage dans un pays fracturé, l'Humanité et les Echos s’en vont, chacun à son honnêteté, dans l'Angleterre prolétaire du Nord-Est qui fut rouge mais que le Brexit a conquis. Je rencontre dans les Echos à Bolsover, vieille terre jadis minière, un député travailliste de 87 ans : Dennis Skinner, ancien mineur, « la bête de Bolsover », élu depuis 50 ans, la bête peut-elle mourir au combat ? Ce n'est pas un moindre mythe, la bête de Bolsover peut-elle mourir au combat... ?

Dans Street press vous verrez des guerriers de la vie...

Des guerriers mais maudits miséreux vaincus de père en fils, qui sont d'autres légendes, des gitans, des voleurs de poule, qui s'en soucie quand l'un d'eux va mourir? 

Voilà dans StreetPress la famille d’Angelo Garand que des gendarmes du GIGN ont abattu à Seur dans l'Indre et loir de cinq balles de la poitrine en 2017, il était en cavale, n'était pas rentré à la prison après une permission et dormait dans sa voiture sur la ferme familiale, il avait été menaçant ont dit les gendarmes et la justice a suivi. 

Mais il vit encore, beau, généreux, splendide disent les siens, dans les mots de son père Maurice, taillé dans la masse mais qui ne peut avancer sans oxygène, et qui autrefois par plaisir cambriolait une fromagerie et s'y faisait prendre dégustant le bonheur... Angelo vit dans la douceur du regard des femmes. C'est une éternité.

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