Dans la presse ce matin : par dessus l'épaule

Jean d'Ormesson
Jean d'Ormesson © CC by sa de-cholet

Dans le climat toujours délétère en France, voici un homme qui détonne. Un homme capable de citer dans la même phrase Spinoza et les seins de Loana. Il a failli mourir il y a quelques mois mais c'est à croire que Jean d'Ormesson est un académicien réellement immortel.

Il reçoit Anne Fulda dans son hôtel particulier de Neuilly. Jean d'Ormesson sirote un jus de carotte. A table, entre l'entrée et le poisson, il pose l'assiette qui sort du chauffe-plat contre son torse, vieille habitude familiale.

Et il annonce une bonne nouvelle.

"Vous ne savez pas ? Antoine Gallimard voulait me voir. J'ai compris que c'était un peu urgent. Il m'a annoncé qu'il allait me publier dans la pléiade."

D'Ormesson de son vivant en pléiade, comme Levi-Strauss, Gacq, Malraux, Claudel, Gide ou Yourcenar.

"Il biche", écrit Anne Fulda.

Il biche et il cabotine, évidemment. Et raconte l'histoire d'un Lord anglais à qui on propose d'entrer dans un club très fermé. Il répond : "Je ne peux pas accepter d'entrée dans une institution où on accepte n'importe qui."

A propos de Lord anglais. Toujours dans Le Figaro , sous la plume de Florentin Collomp, l'histoire du malheureux baron de Braybrooke. Trois femmes, huit enfants, huit filles. Le vieil homme souffre aujourd'hui d'Alzheimer, il vit dans château de 100 pièces, galeries d'animaux empaillés à l'intérieur et train miniature dans le jardin. C'est un cousin au 4ème degré qui héritera de sa fortune.

Les mâles avant tout. Ses filles récupèreront peut-être quelques animaux empaillés.

Mais tout fout le camp. Voilà que des aristocrates britanniques réclament l'égalité des sexes. Une proposition de loi a été déposée à la chambre des Lords pour que les filles puissent hériter des titres et patrimoines familiaux. Le baron à l'origine du texte ne se fait pas d'illusion : "il faudra un siècle"

Aller plus loin sur l'equality (Titles) Bill :

La loi :

Equality (Titles) Bill sur le site de la chambre des Lords

Sur le site de la BBC :

The Equality (Titles) Bill examinée à la Chambre des Lords le 6 novembre dernier (en vidéo)

Mais il y a des histoires qui rebondissent plus de 500 après.

Drapeau espagnol
Drapeau espagnol © Wikimedia commons

Parmi les livres de d'Ormesson qui devraient figurer dans son volume de la pléiade, il y a Histoire du Juif errant .

Dans La Croix et Libération , direction l'Espagne. Le gouvernement vient d'adopter un projet de loi pour faciliter la naturalisation des Juifs chassés d'Espagne sous l'inquisition en 1492 par Isabelle la Catholique. Juifs séfarades - La Croix rappelle que "Sefarad" signifie "Espagne" en hébreu.

A condition de prouver leurs origines ibériques, ils pourront obtenir la double nationalité, espagnole et israélienne s'ils vivent en Israël. Autrement dit un passeport européen. Selon les estimations, cette future loi concerne potentiellement trois millions et demi de juifs. Combien feront les démarches, complexes ? Pas de réponse, mais selon le journal El Païs , les consulats d'Espagne en Israël sont débordés.

On regarde en arrière ce matin dans la presse.

Une de Libération 12.02.2014
Une de Libération 12.02.2014 © Radio France

On regrette une époque où la presse était florissante et inventive. On en est loin. Selonl'Express , le groupe Amaury veut cherche un repreneur pour Le Parisien . Les ventes du journal ont baissé de plus de 10% l'année dernière.

Et que va devenir Libération ? Le sort du quotidien de la rue Béranger inquiète ses confrères de gauche.

Edito des Inrockuptibles , qui revient sur le projet des actionnaires de faire de Libé une marque et de son siège le "Flore du XXIème siècle", carrefour de toutes les tendances. "Carrefour de toutes les tendances", cette phrase n'a pas été assez relevée selon Les Inrockuptibles .

"La fascination, doublée di'rritation ou de décéption qu'a provoqué Libé à travers ses âges tenait justement à une somme de partis pris forts, journalistiques, culturels, politiques.

Le contraire exact d'un carrefour de toutes les tendances. Libération a fait bien des déçus et des mécontents. Journal miroir des renoncements, des frustrations et des métamorphoses de la gauche française ces 30 dernières années. Mais nous sommes tous des enfants de Libé. Nous préférons continuer de lire en nous énervant le quotidien qui nous a faits"

"Libé pourquoi m'as tu abandonné ?" Avec nostalgie, Bernard Marris dans Charlie Hebdo décrit un quotidien qui a perdu son âme au fil de l'arrivée de la pub, des nouvelles formules, des forums Libé et des numéros spéciaux. Il regrette cette époque où la presse, en tout cas Libé , parlait aux gens. "Journal enfant de mai 68. Tout le monde parlait à l'époque. Libé contenait de merveilleuses petites annonces, une foultitude de quotidiennetés, un petit parfum parisien mais à peine."

la cour des comptes sceptique sur l'objectif de baisse du déficit
la cour des comptes sceptique sur l'objectif de baisse du déficit © reuters

Les déceptions et frustrations de la gauche, elles font la Une ce matin. La gauche sous la pression de la cour des Comptes. "Déficits, économies, la cour tacle le gouvernement", titre Les Echos . Les prévisions de recettes et de baisses des dépenses sont jugées trop optimistes.

Ce matin, retour quelques semaines en arrière, c'est comme si l'effet de l'annonce du pacte de responsabilité était déjà effacé.

"Hollande-Ayrault, un couple à la dérive", titre L'Express . "L'Elysée, Matignon, c'est le grand n'importe" quoi ajoute l'hebdomadaire en couverture.

Article d'Eric Mandonnet en pages intérieures : "Ce couple ne décide pas. Quand il titre, c'est à hue et à dia. Quand il annonce, c'est blanc puis noir (...) Avec le projet de loi sur la famille, c'est en jours, presqu'en heures que se sont comptés les ordres, contrordres et désordres."

Un couple entre lequel "il y a comme un froid", selon Mediapart . "Nuance d'appréciation politique entre les deux hommes", sur la forme et sur le fond. L'hyperprésidence est de retour à l'Elysée depuis le tournant des voeux et du pacte de responsabilité. A quoi sert Matignon ? Petite phrase off d'un conseiller vachard : "Hollande a viré Ayrault en décembre mais personne ne le sait."

"Hollande, l'enlisement, c'est maintenant", titre L'Opinion . "Le patronat refuse toute contrepartie à l'allègement des charges, la cour des comptes dit que les déficits dérapent, la gauche du PS se révolte et même l'opération en Centrafrique est mal partie."

Quoi d'autre dans la presse ?

dieudonné persona non grata au royaume-uni
dieudonné persona non grata au royaume-uni © reuters

Dieudonné, en fait, ça va pour lui. Le Canard enchainé s'est procuré quelques éléments de la comptabilité de Dieudonné. Où l'on apprend que l'homme insolvable, en plus de 600.000 Euros en liquide chez lui s'est offert ces derniers mois un quad, une péniche, un break Mercedes et un scooter Yamaha.

Où l'on apprend encore que le rachat aux enchères de sa propriété de Saint-Lubin-de-la-Haye qui avait été saisie par le fisc est dû à un appel aux dons sur Internet. Près de 1800 fans ont envoyé des chèques. Montant total : 561.000 Euros. Montant pour la plupart des chèques : entre 50 et 200 Euros. Mais un ouvrier du batiment a envoyé 25.000 Euros. Un prêt qui lui a été remboursé. Dons ou prêts, le statut de ces chèques n'est pas clair, dixit le Canard.

Par dessus l'épaule... Le football à l'ancienne. Alors que France football en kiosque cette semaine, est un "numéro spécial nostalgie", une histoire de coupe de France comme on les aime. C'est dans L'Équipe. C e soir, en huitièmes de finale, le Football Balagne Ile Rousse, en Corse, club de 5ème division, reçoit l'en avant Guingamp - ligue 1.

Et à l'Ile Rousse, raconte le coach, lors des séances d'entraînement, il manque parfois sept ou huit joueurs. Parce que ces amateurs ont du travail, certes, mais aussi parce qu'ils habitent loin. A Calvi, Bastia, Corte, Porto Vecchio ou même à Nice, sur le continent.

La palme est pour le défenseur de l'Ile Rousse, Jérémy Gehin. Il habite Propriano, ce qui fait déjà une trotte, mais en plus il n'a pas son permis de conduire. "Je monte dans le bus de 10 heures. A midi, j'arrive à Ajaccio. Là, je dois attendre le train, qui part à 15h30. J'arrive à Corte à 17h30. Des coéquipiers m'y récupèrent pour finir par une heure de voiture. C'est le "Pékin-Express" de Corse" Et après les séances d'entraînement, il dort sur place et met son réveil à 4 heures du matin pour être au travail à 8 heures à Propriano.

Conclusion de l'entraîneur à propos du parcours de cette drôle d'équipe en coupe de France : "Vous comprenez que c'est plus qu'un exploit ce qu'on est en train de faire".

A demain !

Avec le concours de la documentation de Radio France.

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