(Nicolas Demorand : "Ce matin, dans la presse, éloge de la légèreté")... De la légèreté, de la liberté et de la fraîcheur... "Les jeunes filles ont le vague à l'âme : elles viennent de perdre leur plus grand peintre... un grand jeune homme décédé hier matin à Paris"... Voilà comment commence le portrait que Philippe Azoury consacre à Eric Rohmer, dans Libération... Libé qui a décidément l'art d'enterrer dignement les grands personnages : la Une est, ce matin, une très belle photo, sur fond noir, du cinéaste, de profil. "Rohmer au bout du conte" (C-O-N-T-E), ou encore "Eric Rohmer, dernière vague" en pages intérieures. "Il était très sérieux et très drôle", écrit Jean-Michel Frodon sur le site Slate.fr. "Il semblait tout savoir, et être prêt à tout oublier dans l'instant pour suivre des yeux une jeune fille qui passait sur le trottoir d'en face". Tel était Rohmer. Retour à Libération, qui pointe aussi ses douces contradictions. L'austère puritain était un grand érotomane : dans ses films, la raideur se mariait avec la sensualité. Ses contes étaient une archéologie, mais de notre temps. En 1983, Rohmer accordait une interview à l'un des grands critiques cinéma de Libération : Serge Daney. Elle est reproduite aujourd'hui : "C'est très important dans le cinéma, disait le réalisateur, il y a plus de 25 ans, de faire confiance à un mouvement naturel des choses". Et puis il y a la place de la langue et de la parole dans ses films. Philippe Azoury a encore dans les oreilles la voix haute des acteurs. On pense évidemment à Lucchini. "A l'agacement des premières minutes succède un bien-être bizarre, né d'un enchantement musical". Légèreté donc... y compris dans les conditions de tournage : Rohmer travaillait avec une équipe réduite, il éclairait avec trois fois rien. Et si la première prise était bonne, pas besoin de se couvrir avec une seconde. Légèreté, mais aussi liberté... Jean-Michel Frodon, sur Slate.fr, relève que cet intello était le meilleur stratège pour bâtir les conditions économiques de sa création. Il avait fondé en 1962 une maison de production indépendante, qui est encore aujourd'hui l'une des plus dynamiques. Nouvelle Vague et New Wave... cinéaste presque branché dans les années 80... classique mais moderne. Films en costumes mais techniques de son temps. "Je veux intéresser l'époque actuelle aux époques passées. Je plaide pour la connaissance de l'Histoire", disait-il en 2007 dans une interview aux Inrockuptibles, la dernière pour la presse écrite. Vous la trouvez sur le site Internet de l'hebdomadaire. Identité française, Rohmer, mais grand succès à l'étranger, et notamment aux Etats-Unis. De la fraîcheur, enfin. "Il était Le Rayon Vert de nos salles obscures", écrit Didier Pobel dans Le Dauphiné. La boucle est bouclée dans Libération : "Rohmer n'a jamais poursuivi qu'un sujet : le portrait de la jeune fille. C'est le moyen le plus certain d'être dans le saisissement de la jeunesse." (ND : "Et après ces portraits de Rohmer, Un Conte Moral")... Conte moral et fiscal... Le Monde a enquête sur les 3000 évadés fiscaux qui se sont fait connaître de Bercy ces derniers mois. Dans la liste, il y a bien sûr des tricheurs patentés, des contribuables allergiques à l'impôt et l'Etat, et des fraudeurs attirés par des promesses de clémence fiscale. Mais il y a aussi des personnages à l'histoire plus étonnante. Cette vieille dame, par exemple, qui s'appelle Emilie. Elle a gardé le secret toute sa vie. Oui, en 1950, elle a reçu un gros héritage sur un compte en Suisse : 1.300.000 francs de l'époque. Et elle l'a reçu d'un inconnu : un inconnu qui avait fait la guerre de 1914 avec son père. Dans les tranchées, la fraternité était si forte que, le moment venu, celui-ci avait légué sa fortune à la fille de son camarade. En plus de 50 ans, elle n'a jamais osé toucher à ce drôle de cadeau. Pour Le Monde, Anne Michel a aussi retrouvé des fraudeurs presque malgré eux. Leur histoire, c'est celle de la France, comme ce vieux Juif rescapé des camps, seul survivant de sa famille. Pour protéger son patrimoine de la spoliation sous Vichy, il l'avait planqué en Suisse. "Je vais régulariser ma situation, dit-il aujourd'hui. Je paierai les pénalités. Mais j'ai du mal à me considérer comme un fraudeur vis-à-vis de l'Etat français qui, en 1942, a participé à la déportation de ma famille". Dans cette affaire, s'amuse un avocat, on voit défiler les grandes craintes que l'Histoire a suscitées : les familles bourgeoises qui ont pris peur au moment du Front Populaire, ou encore quand la gauche est revenue au pouvoir en 1981 : les chars soviétiques allaient débarquer sur les Champs-Elysées, pensaient-ils. La plupart de ces personnes sont aujourd'hui âgées. Souvent, ce sont les héritiers qui les poussent à soulager leur conscience pour éviter des ennuis avec la patrouille fiscale. Ces histoires ne doivent pas occulter les limites de l'opération d'Eric Woerth, le ministre du Budget. Anne Michel relève que les vrais fraudeurs (la grande majorité) sont restés dans l'ombre. (ND : "Et pour ceux qui n'ont pas de compte en Suisse, il fait froid, en ce début d'année")... Je vous emmène au rayon "froid et légumes" du supermarché. "Les prix s'emballent", titre La Dépêche du Midi... avec, à sa Une, un panier de poireaux sur un trottoir gelé. Conséquence directe du froid : le prix des matières premières et des produits agricoles flambe. "Sur les étals et à la pompe, l'inflation repart", selon le journal de Toulouse. Alors coup de froid sur le moral, à cause du temps mais pas seulement. Les pêcheurs se disent en grande difficulté dans Corse-Matin. L'Humanité s'intéresse à une autre catégorie de travailleurs : les infirmières... "Bachelot vole leur retraite". Elles bénéficiaient d'une retraite anticipée. La ministre de la Santé veut la reculer à 60 ans. Dans L'Huma, témoignages d'hommes et de femmes au bout du rouleau bien avant l'âge. "Si on reste jusqu'à 60 ans, dit un infirmier, on ne saura même plus faire une prise de sang. Ce projet nie les risques de notre métier". En tout cas, le gouvernement fait déjà des économies à l'hôpital public. "Baisse historique des effectifs", titrent ce matin Les Echos. 1.800 postes supprimés l'an dernier. Et le mouvement va se poursuivre. Est-ce la conséquence ? En tout cas, Le Figaro s'est procuré un rapport qui révèle un climat de plus en plus dégradé dans les hôpitaux. Le médiateur de la République a reçu depuis un an 4800 requêtes sur ce thème. C'est une vieille dame oubliée pendant des heures sans couverture dans le couloir, aux urgences... un malade dont on se moque parce qu'il dit souffrir... La violence s'exerce aussi dans l'autre sens : injures, insultes, crachats ou coups de poing à l'encontre des personnels médicaux sont en augmentation régulière. (ND : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") On veut supprimer les allocs pour lutter contre l'absentéisme à l'école. Fera-t-on la même chose pour les députés à l'Assemblée Nationale ? Médiapart publie une liste de 42 mauvais élèves repérés depuis qu'on est obligé de signer une feuille de présence au Palais Bourbon. Sur la liste, notamment Noël Mamère Quand on pompe son devoir sur Internet, on risque de se faire repérer. C'est ce qui arrive au ministre de l'Education Luc Chatel, sur Rue89. Selon le site, l'une de ses interventions à l'Assemblée Nationale était quasiment un copié-collé de Wikipedia. Et puis, sur Bakchich.info, le nouveau job de Tony Blair. Bernard Arnault serait sur le point de l'embaucher comme conseiller spécial au sein du groupe LVMH. Salaire à six chiffres, selon le site satirique, qui a repéré cette information dans le quotidien britannique The Telegraph. L'affaire ne serait pas encore réglée, mais on serait dans la phase finale des négociations. Enfin, le coup de colère des journalistes algériens d'El Watan, sur le site Internet du quotidien. Pour leur premier match en Coupe d'Afrique des Nations, les joueurs d'Algérie ont été fessés "3-0" par la petite équipe du Malawi. Il faut dire que, selon le journaliste Azeddine Hammou, avant la compétition, ils étaient plus préoccupés par leurs contrats publicitaires que par le travail. Il leur reste deux matches aux Fennecs (leur surnom) pour prouver qu'ils sont bien des chasseurs... mais des chasseurs de buts, plus que de fric. Bonne journée...

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