(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la valeur du travail

(Bruno Duvic) Que valent les 5 ans de travail de Nicolas Sarkozy à l'Elysée ?

A son propos, Guy Bedos affirme à la Une de Politis : "Si Sarkozy reste, je serai dans la rue"

A propos des projets de réforme qu'il multiplie en cette fin de quinquennat, François Chérèque dans Le Nouvel Observateur parle d'"incontinence politique"

Et Le Point publie les bonne feuilles du livre que Claude Allègre lui consacre, mi admiratif, mi-critique et titré "Le complexe de Zorro".

Chose rare, le président répond cette semaine dans Le Point . Il répond au livre de Claude Allègre et en profite pour poser des jalons pour les semaines à venir.

Complexe de Zorro ? "C'est à la fois ma faille et ma force", dit-il à Sylvie Pierre-Brossolette. C'est un "défaut de penser que la volonté peut tout surmonter (...) mais le problème des présidents est d'être trop vite guéris du complexe de Zorro". Il dit à la fois : "J'ai changé" et en même temps "'il faut passer la surmultipliée".

Le chef de l'Etat évoque 8 à 10 mesures fortes en matière économique, sans donner les détails. Les arbitrages après le sommet social du 18 janvier "n'auront rien à voir avec ce que l'on dit (...)

La priorité d'aujourd'hui, c'est la croissance et la compétitivité, pas la baisse des dépenses publiques."

Sur le bilan du quinquennat, "je ne ferai pas de mea culpa". Il reconnait tout de même ne pas avoir réformé l'éducation par peur des réactions. Mais c'est au programme et la clé du problème est selon lui dans la présence des enseignants à l'école.

Autre phrase de cet entretien avec Sylvie Pierre Brossolette dans Le Point en kiosque ce matin : "J'ai dû apprendre mon métier de président. Qui ne doit l'apprendre ?"

La valeur du travail... Deux histoires de finance

Quelle est la première banque d'Italie aujourd'hui ? La Mafia, répond lefigaro.fr ... Les banques n'ont plus de liquidités. La Mafia, elle, en a. 65 milliards d'Euro de liquidités selon le dernier rapport de l'association italienne "SOS impresa".

Alors faute de mieux, beaucoup de commerçants à la recherche de crédit se tournent vers elle. La Mafia prête, mais à des taux exorbitants évidemment. 200.000 personnes seraient victimes d'usuriers. L'association parle de 1.300 crimes chaque jour, presque 50 par heure.

Après les parrains, ma tante.

L'autre histoire de finance est en page 2 du Monde . C'est un geste du Crédit municipal de Paris, ce prêteur sur gage que l'on surnomme "ma tante". Bien souvent, on va à son guichet quand les autres solutions ont été épuisées.

La valeur des objets déposés au mont de piété a grimpé de 71% ces 5 dernières années. De plus en plus de gens déposent de petites choses pour obtenir de petits prêts et boucler les fins de mois. Ils n'ont pas toujours les moyens de rembourser. Alors le crédit municipal a décidé d'annuler les dettes de 4.000 de ses clients. On leur rendra leurs objets qui valent moins de 150 Euros sans demander de rembourser le prêt.

Comment mesurer la valeur du travail ?

Difficile... On peut au moins mesurer le temps de travail. Un rapport de l'institut COE-Rexecode relance le débat. C'est le dossier de Une des Echos .

La durée de travail des salariés à temps plein est en France l'une des plus faibles d'Europe. Seule la Finlande travaille moins.

Mais les salariés à temps partiel sont dans la moyenne et les travailleurs indépendants français sont largement au dessus.

La valeur d'un travail, une vocation, c'est parfois le prix de la vie. Plus de 5.000 morts en Syrie et depuis hier un journaliste français, Gilles Jacquier, tué dans une explosion à Homs.

Parmi les nombreux hommages Gilles Jacquier, prix Albert Londres et prix Bayeux des Correspondants de guerre, On citera ces mots de Jean Levallois dans La Presse de la Manche : "C'est l'honneur de nos grands confrères comme Gilles Jacquier de refuser les zones d'ombre, les trous noirs, les chapes de plomb, pour qu'on ne puisse pas massacrer dans le silence et l'indifférence".

Dans L'Union , Hervé Chabaud cite Saint-Exupéry : "Ce pour quoi tu acceptes de mourir, c'est cela seul dont tu peux vivre". Un journaliste est mort. Notre devoir est de faire vivre la liberté d'informer, en sa mémoire. »

La valeur du travail se mesure-t-elle au salaire ?

Il y a comme un parfum de lutte des classes à la comédie française. 3 syndicats ont lancé une grève pour une meilleure répartition des revenus. Le Monde y consacre une page complète et on en apprend beaucoup sur le fonctionnement de la maison de Molière.

Je vous invite à lire les détails, un chiffre clé, c'est que les sociétaires de la comédie française, les acteurs les plus installés et prestigieux touchent plus des 3/4 des recettes : 76.5%

A ce sujet, voici les arguments d'un des 37 sociétaires, Denys Podalydès - à chacun de se faire son opinion :

Il dit comprendre les revendications des grévistes mais rejette le lien avec la répartition des recettes. "Le partage a un poids symbolique, dit Podalydès. Il représente le prix de l'excellence de la troupe, un principe qui guide la marche de la comédie française dans tous les domaines."

Quel est le prix de la connaissance ? Question posée au système éducatif français. Libération publie ce matin l'appel de 52 personnalités qui demandent aux candidats à la présidentielle de s'engager contre les graves défaillances du système éducatif. 150.000 jeunes en sortent sans diplôme chaque année.

A l'autre bout du spectre, il est encore question d'excellence et d'une vieille institution.

Le directeur de Sciences Po Richard Descoings est-il en train de faire le mandat de trop ? Question posée également dans Le Monde . Il a dépoussiéré la maison de la rue St Guillaume mais parmi les critiques qui lui sont adressées, sa dernière initiative : supprimer la culture générale au concours d'entrée.

Peut-on prétendre former l'élite de demain sans exiger d'elle un bon niveau de culture générale ? Dans Le Nouvel Observateur , on lira le texte d'un vieux journaliste épris de littérature, qui a enseigné peu de temps dans le département journalisme de Sciences Po avant de se faire virer.

C'est Pierre Bénichou. On lui a confié un séminaire sur le récit journalistique à Sciences Po.

Le jour venu, Bénichou propose à ses lecteurs un programme de lectures d'articles particulièrement réussis et signés de grands écrivains ou journalistes - Victor Hugo, Céline, Mona Ozouf, Jean Cau, André Breton. Il évoque Raymond Aron ou Delfeil de Ton. Tous ces noms inspirent à ses étudiants un silence poli, voire des regards stupéfaits.

Dans la foulée, coup de fil de celui qui l'avait nommé professeur :

  • vous les avez choqués ! Ils ont l'impression que vous méprisez leur culture.

  • quelle culture ? Je veux bien leur parler en verlan !

  • fini le verlan, c'est plutôt le SMS

  • Et merde !

L'expérience s'est arrêtée là. Suggestion à L'Obs : o n aimerait bien avoir la version des étudiants ou un débat, maintenant. Car à lire cette tribune, on sent avant tout de l'incompréhension entre deux générations.

A propos de passion des mots, quelques pages après cette tribune dans Le Nouvel Obs , papier de Jérôme Garcin à propos d'un numéro des Cahiers de l'Herne bientôt en librairie et consacré à Modiano. L'un des écrivains les plus secrets de la littérature française livre des photos, des confidences et son cahier d'écolier. On y trouve une histoire magnifiquement modianesque.

Le jeune Patrick est au collège. Un soir, dans la chambre qu'il partage avec plusieurs camarades, entre un autre élève, dénommé Levy. 2 particularités : un numéro tracé sur l'épaule - on devine pourquoi. Et un bégaiement.

Levy vient de découvrir un auteur dans un ouvrage de La Pléiade. Il veut partager sa joie avec ses camarades mais les mots se bousculent et sortent mal. Levy se retire. La porte fermée, les camarades se moquent, Modiano désapprouve.

La porte s'ouvre à nouveau. Le jeune Modiano écrit :

"Je restai pétrifié en voyant Levy qui me regardait droit dans les yeux. 'Merci Modiano', me dit-il lentement. Et il referma la porte. Il est des tons de voix qui traduisent une détresse profonde. Et ceux là, on les oublie difficilement."

A demain

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.