Yves Decaens :

Avec une baguette magique évidemment, c'est plus facile. "C'est en apothéose", comme le dit en titre Le Parisien, que s'achèveront ce soir, les aventures du jeune sorcier qui aura fait rêver tous les « moldus » pendant dix ans. Et non, ce n'est pas notre ministre de l'Economie, François Baroin, c'est bien l'acteur Daniel Radcliffe. « Harry Potter et les reliques de la mort », deuxième partie du

Harry Potter et les reliques de la mort
Harry Potter et les reliques de la mort © radio-france

dernier épisode, dont Marie Sauvion pense qu'il boucle joliment la boucle. Plaisir visuel indéniable, projeté en avant-première exceptionnelle à Paris-Bercy et dès minuit, dans 320 salles de l'Hexagone, en attendant demain, d'être à l'affiche sur un bon millier d'écrans. Harry Potter, c'est un empire auquel Le Parisien consacre son dossier du jour : 450 millions de livres vendus dans le monde, plus de 4 milliards et demi de recettes au cinéma, mieux que les « James Bond » et « La guerre des étoiles ». Et ce n'est pas fini. A 45 ans, la maman d'Harry Potter, la Britannique JK Rowling, est à la tète d'une fortune estimée à 600 millions d'euros. Et là non plus, ce n'est pas fini puisqu'elle a déjà annoncé le lancement d'un site sur lequel son héros poursuivra finalement ses aventures, ce qui pourrait donner, un jour, un nouveau film. Quand ça marche aussi fort, on a du mal à imaginer que cela pourrait ne pas continuer.

Pierre Weil :

Un mauvais scénario qui se poursuit en Libye où le colonel Kadhafi se montre plus résistant que prévu.

Yves Decaens :

Après quatre mois de bombardements aériens, les parlementaires seront invités, ce mardi, à voter pour ou contre la prolongation de l'intervention française. Sans suspense, on l'a dit, l'UMP bien sûr, mais aussi le Parti socialiste qui avait réclamé cette intervention ne s'en désolidarisera pas au moment où l'issue de la guerre est incertaine. Ce qui ne vaut pas caution, comme le précise Libération, sur tous les aspects de l'opération dont François Sergent relève les ambiguïtés. « La résolution de l'ONU visait à protéger les civils, mais de toute évidence, dit-il, le but de guerre de Sarkozy et des alliés est de déposer Kadhafi. Et là-dessus, l'opposition va devoir dire si elle partage aussi cet objectif. En tout état de cause, conclut l'éditorialiste de Libé, preuve est faite aujourd'hui que l'option militaire n'est pas la solution opérante pour installer la démocratie à Tripoli ». Pour Rony Brauman, c'était évident. L'ancien président de « Médecins Sans Frontières » le répète à L’Humanité : « La guerre n'a pas empêché les massacres et rien ne dit d'ailleurs, que les insurgés de Benghazi auraient été massacrés ». Mais ce n'est plus le problème. « Le problème, commente Maurice Ulrich, c'est que l'intervention militaire avait, dans un premier temps peut-être, un semblant de justification qui a pu abuser l'opinion, y compris la gauche. Mais aujourd'hui, on peut s'étonner que les socialistes en tiennent pour la poursuite de la guerre comme s'il s'agissait de se montrer aussi ferme que le pouvoir. » Attention, dans Le Monde, Jean-Louis Gauthier, président du club Jean-Jaurès, professeur à l'Université de Lyon, le dit aussi : « Ce vote au Parlement peut être un piège, au sens où la campagne aérienne a déjà atteint ses objectifs et qu'il s'agit maintenant sans le dire, de se prononcer sur autre chose, sur le départ de Kadhafi qui ne fait pas partie du mandat de l'ONU. La gauche, conclut Jean-Louis Gauthier, serait bien inspirée de conditionner son vote à une clause de revoyure à l'automne au cas où le conflit ne serait toujours pas réglé ». En attendant, pour le régler, pas de baguette magique, mais des négociations. Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, le confirme au Figaro : « La France est favorable à une solution politique à condition que Kadhafi renonce au pouvoir, aucune ambiguïté là-dessus. Au fond, dit-il encore, la Libye, c'est une épreuve de vérité pour la détermination des Européens à construire un espace de paix dans leur environnement immédiat ». Et pas seulement des Européens d'ailleurs. On lira dans « Jeune Afrique » ce qu'en pense le directeur du journal, Béchir Ben Yahmed, « que le départ de Kadhafi est non seulement à portée de main, mais qu'il est nécessaire au retour de la paix dans toute la région, ce que le monde arabe et l'Afrique devraient comprendre ». Ce que pense aussi Bernard Guetta qui le dit à Marianne, comme le disent des intellectuels de tous bords, parfaitement d'accord depuis le début sur cette intervention libyenne : la chute de Kadhafi, ce sera un encouragement considérable pour toute la génération démocratique du monde arabe. Autrement dit, aucun état d'âme là-dessus.

Pierre Weil : L'Europe est engagée sur un autre front, peut-être encore plus difficile.

Yves Decaens : La lutte contre les dettes et les déficits, et la défense de l'euro. Là aussi, il faudrait être magicien car pour l'instant, « l'Europe craque, les marchés plongent » : un titre plutôt alarmiste à la Une de La Tribune, qui s'inquiète des menaces que fait peser désormais la défaillance italienne sur la zone euro. « Décidément, commente Robert Jules, les marchés financiers sont comme les dieux de l'Olympe. ils sont en train de transformer l'Union européenne en moderne Sisyphe. A peine les plans d'austérité ont-ils été adoptés en Grèce et au Portugal, voilà qu'il faut se tourner vers l'Italie où l'incendie se propage ». Et là aussi, l'Europe doit s'affirmer. Ce que propose le financier George Soros dans Les Echos, « que l'Europe revienne aux principes qui ont guidé sa création : se fixer des objectifs, mobiliser la volonté politique adéquate et imposer aux Etats de renoncer à une partie de leur souveraineté ». Mais oui, il n’y aura pas de solutions nationales. L'économiste Eric Briys le dit aussi à Libération : « Ce que nous payons aujourd'hui, c'est l'impuissance des responsables politiques européens et des institutions européennes car les marchés occupent le vide qu'ils ou elles ont laissé. Aujourd'hui, les marchés ont échappé au pouvoir politique, ce n'est plus le chien qui remue la queue, c'est la queue qui remue le chien. A pile, résume joliment Eric Brys, ce sont les marchés et les banques qui gagnent. A face, ce sont les Etats qui perdent ». Dans La Tribune, un conseiller en stratégie, professeur à HEC, Edouard Tétreau, va encore plus loin en dénonçant une bande de spéculateurs organisés qui cherche à faire tomber les pays de la zone euro (un peu les « mangemorts », les méchants d'Harry Potter). Il faut en dresser la liste et leur interdire l'accès aux marchés européens. Mais oui, conclut Edouard Tétreau, c'est l'heure de vérité pour l'Europe qui peut sortir de la crise par le haut, dans l'union fédérale et budgétaire, et donc l'union politique. Après tout, il a fallu quelques heures pour intervenir en Libye, on peut se donner quelques jours pour endiguer la spéculation et unir les forces des Trésors allemand, français, italien, espagnol. Comme dirait JK Rowling : c'est quand même pas sorcier.

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