« Il faut sauver cet herbier du XVIème siècle. » L’herbier de Montpellier. C’est l’appel que lance ce matin MIDI LIBRE, évoquant à la fois « un outil scientifique » et « un patrimoine historique » qui pourrait disparaître.

Ce n’est pas juste un ouvrage, c’est une collection d’ouvrages : une suite d’étagères métalliques réparties sur six étages, et sur lesquelles s’empilent d’épais grimoires dans les tons bruns. Les grimoires renferment près de trois millions d’échantillons de plantes, récoltés sur toute la planète depuis plus de 500 ans. Il s’agit donc d’une collection gigantesque, collection qu’utilisent pour leurs travaux des botanistes du monde entier. Mais l’herbier de est menacé par les insectes, qui se faufilent entre les planches et grignotent les spécimens – certains ont déjà disparu. 

Il faut donc traiter le bâtiment, afin de venir à bout des envahisseurs destructeurs. On estime le coût des travaux à 36.000 euros. Or, la faculté de Montpellier, qui gère la collection, ne dispose pas de la somme. Une opération de financement collaboratif vient donc d’être lancée. Près de 7.000 euros ont déjà été récoltés. Et ce qui est intéressant, même assez amusant, c’est l’argument que met en avant la responsable du projet pour sensibiliser les donateurs. Elle utilise une métaphore footballistique. 

Marion Martinez, c’est son nom, explique à Juliette Delage que l’herbier de Montpellier, « C’est un peu comme un album Panini géant ! » Et oui, dit-elle, les botanistes collectionnent les spécimens comme les enfants accumulent les cartes à l’effigie des footballeurs. Comme les enfants, ils échangent leurs doubles… Comme les enfants, ils s’émerveillent devant les plus rares. Alors, imaginez que votre titanesque collection de vignettes parte soudain en fumée : resteriez-vous les bras croisés ? Non, évidemment non. L’argument, sans doute, portera. En ce moment, il suffit de parler de football pour que tout le monde retrouve le sourire !

On retrouve le sourire, et on parle évidemment bien moins des sujets qui, sinon, aurait fait la Une. Si l’on n’était pas en pleine période de Coupe du monde, et si les joueurs Français ne s’étaient pas qualifiés, mardi, pour la finale, sans doute les journaux auraient-ils parlé davantage d’une foule d’autres sujets  

Sans doute auraient-ils évoqué plus longuement le contrat que devrait décrocher Alstom. Un contrat pour construire les rames du futur métro du Grand Paris.« Pour Alstom, une bouffée d’air à 680 millions d’euros », commente LA VOIX DU NORD ce matin. Le journal évoque  un formidable espoir donné aux salariés de la région. 

Si l’on n’était pas en période de Coupe du monde, les journaux, sans doute, auraient évoqué plus longuement les deux macabres faits divers de ces dernières 48 heures… 

Une tuerie de Pau : cinq personnes retrouvées mortes dans l’incendie d’un appartement. L’une d’elle était ligotée. « La thèse d’un drame conjugal se précise » indique L’ECLAIR DES PYRENEES.« Trois cadavres dans un voilier à La Rochelle » : ça, c’est à lire dans LA DEPECHE DU MIDE… Deux hommes et une femme, retrouvés morts par balle sur un bateau dans le port. « Une affaire mystérieuse sur fond de jalousie amoureuse », précise le quotidien. 

Cela dit, une autre affaire a, malgré tout, su passionner toute la presse mondiale : c’est l’histoire des enfants thaïlandais retenus coincés dans une grotte. D’ailleurs, on s’interroge. Pourquoi ce sauvetage a-t-il autant intéressé ? Et, surtout, pourquoi attire-t-il bien plus l’attention que d’autres crises humanitaires ? Sur SLATE, Victor Métais apporte les réponses. Une question d’émotion. C’est une histoire humaine, il y a des enfants, on s’identifie aux familles. Mais la question du nombre entre en jeu également. L’être humain, semble-t-il, est incapable d’intégrer un grand nombre de personnes dans sa réflexion. Il est très compliqué de se représenter des millions de gens, et plus le nombre de victimes d’une tragédie augmente, plus notre capacité à avoir de l’empathie diminue. 

Voilà pourquoi, inconsciemment, on serait plus sensible au sort de ces douze enfants thaïlandais qu’à celui des millions d’exilés qui affluent sur les côtes européennes. Et puis, il s’agissait d’une jeune équipe de football, prise au piège sous terre avec leur entraîneur. 

D’ailleurs, c’est à eux que Paul Pogba a dédié la victoire de France sur la Belgique mardi. Eux, les gosses thaïlandais qui venaient d’être secourus. « Bien joué, les garçons, vous êtes si forts », a écrit Pogba sur Twitter, ajoutant que c’était eux, les héros du jour. 

Mais pour la presse française, les héros restent encore ce matin les footballeurs

Et, comme hier, tous les journaux reviennent sur la ferveur populaire qui s’est emparée du pays. A la Une du FIGARO, grande photo de la foule massée mardi soir sur les Champs-Elysées :« Vingt ans après, la France portée par la vague bleue »… Vingt ans après, donc, la victoire de 1998… Mais, cette fois, c’est la « Génération 2018 », titre LE PARISIEN, qui nous dresse le portrait de ces jeunes qui vibrent aujourd’hui pour les Bleus.« Le parcours de l’équipe de France suscite des envies de partage et de liesse collective », note L’HUMANITE – là encore, une photo de la foule sur les Champs-Elysées. Le titre, c’est « la fraternité envahit le terrain ». On notera d’ailleurs que le foot réussit à mettre d’accord L’HUMANITE et LE FIGARO. Ce n’est pas si souvent. Là, dans les deux éditos, on retrouve, non pas les mêmes mots, mais un esprit très similaire : on félicite des Bleus qui donnent envie d’avoir envie, des Bleus qui apportent le rêve collectif d’un partage. De son côté, LIBERATION s’intéresse, je cite, au « système Dédé » - autrement dit, à la tactique du sélectionneur Didier Deschamps qui, dixit le journal, a su transformer un groupe de jeunes peu habitués à jouer ensemble en une équipe disciplinée et agressive, capable d’adapter sa stratégie et, donc, de se hisser en finale du mondial. Une finale où la France affrontera la Croatie. Pour les Croates, c’est une première. Ils ont battu l’Angleterre 2 buts à 1 hier. Tous les journaux reviennent également sur l’impact du parcours des footballeurs sur la vie du pays. Impact sur la croissance : en retrouvant le moral, les ménages consomment davantage, mais ce sera temporaire… Un impact politique : en cas de victoire de la France, la cote du chef de l’Etat remontera-t-elle dans les sondages ? Peu probable, répond le directeur adjoint de l’IFOP dans LE FIGARO. Certes, dit-il, il y a eu, en 98, un « effet Coupe du monde » pour Jacques Chirac, mais c’est vraiment une exception. 

Un autre président se trouve en photo dans LE MONDE : celui du Nicaragua

« Daniel Ortega réprime l’opposition dans le sang », titre le journal à sa Une. Depuis bientôt trois mois, au moins 250 personnes sont mortes dans les manifestations, et on compte 2.000 blessés. Répression condamnée par les USA, l’Union européenne et les Nations Unies. Au pouvoir depuis 2007, l’ex-guérillero sandiniste est accusé, avec son épouse, la vice-présidente Rosario Murillo, de verser dans un régime autoritaire et corrompu, appuyé par les seules forces de police. La police qui tire à l’arme lourde sur les manifestants. Frédéric Saliba nous fait le portrait de Rosario Murillo : une octogénaire qui a forcé son époux à partager le pouvoir à partir d’une sordide histoire de famille. Il y a vingt ans, sa fille, née d’une précédente union, a accusé Daniel Ortega de l’avoir violée. « Ma fille est mythomane », a rétorqué sa mère, et cette défense inconditionnelle de son mari lui a ouvert ensuite les portes du gouvernement. Pour ses adversaires, Ortega a trahi les idéaux de la révolution. Il serait rien moins qu’un dictateur et sa femme serait folle. En retour, le chef de l’Etat les traite de « vandales » et de « délinquants ». Ortega s’accroche au pouvoir et refuse d’avancer la présidentielle. Ses opposants voudraient qu’elle ait lieu en 2019, et non pas dans trois ans. Aujourd’hui, écrit l’envoyé spécial du MONDE, « le Nicaragua est plongé dans l’incertitude et dans la barbarie ». Une nouvelle manifestation est prévue ce jeudi, et une grève générale demain.

Cela étant, c’est un autre sujet qui fait la Une du journal. Quel sujet ? La Coupe du Monde, bien sûr ! 

Et la liesse de mardi sur les Champs-Elysées… Le titre, c’est« La France s’offre un moment de bonheur ! » Alors bon, pour finir, parlons d’un autre sport. L’autre sport du moment, j’ai nommé : le cyclisme, avec l’interview réjouissante du coureur letton Toms Skujins dans LIBERATION. Aujourd’hui, il porte le maillot blanc à pois rouges, trophée du meilleur grimpeur, et le garçon ne manque pas d’humour ! « Les gens ne le savent pas assez, mais le vélo est un sport très drôle. Y compris sur le Tour », dit-il. « Sur la deuxième étape, il y avait un spectateur avec une roue de vélo accrochée sur la tête. Pour moi, le vélo est un sport fun et parfois, je fais des blagues ! » Toms Skujins confie donc ses blagues favorites : enlever le câble du dérailleur d’un concurrent, « pour que le gars n’ait plus de vitesse et pédale dans le vide » ou bien « Faire croire à un coureur que je lui pisse dessus sans faire exprès, alors que je lui arrose les jambes avec un bidon d’eau ! » De l’humour de cycliste… Et le cycliste évoque aussi la nourriture : « Sur le Tour, la bouffe est top. Le cuistot de mon équipe me gâte avec mon pêché mignon, les pommes de terre. C’est notre trésor national en Lettonie : purée, frites ou vodka. Enfin, la vodka attendra… »

Il attend la vodka, et nous, on attend la finale.

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