"Libération" raconte l'argot des jeunes à ses lecteurs devenus vieux, "La Provence" décrit le désarroi sexuel des lycéens, "Le Parisien" révèle la détresse de ces religieuses abusées sexuellement dans l'Eglise. Heureusement, les anciens de 1998 ne bougent pas d'un poil, et dans "Le Figaro", Lizarazu tient la forme.

On commémore ce matin...

Quand l'Histoire se fabrique à Singapour, les journaux de papier forcément doivent quêter le temps long mais voyez-vous, ça marche parfois et parfois ça ne prend plus...

Et je vous parle ici d'un sujet qui a ennuyé à peu près tout le monde ce printemps, donc Mai 68.

Car ses cinquante ans ont été  UN GRAND FLOP EDITORIAL, me disent Les Echos : 151 ouvrages parus, 110 000 ventes au total soit un peu plus de 700 en moyenne. Les Echos invoquent la lassitude car "tout le monde en a assez des acteurs de Mai 68 qui ont trusté le pouvoir et  les postes", dit un éditeur anonyme, et les changements politiques, car "Mai 68 était un mouvement de gauche" et tout a changé.

Mais si l'on affine le constat... Il reste une mémoire à hauteur d'hommes qui peut s'entendre et les livres qui surnagent ont été celui d'un sociologue, Jean-Pierre Le Goff, qui racontait sa jeunesse d'avant la révolution culturelle, et d'un journaliste politique, Jean-Michel Aphatie, qui lui aussi raconte 68 à hauteur d'enfance au Pays basque, quand arrivait la télévision dont papa posait l'antenne sur le toit, quand papa et maman achetaient une Simca 1000 rouge et maman apprenait à conduire, et ce livre d'un homme célèbre et semblable à tant d'autres a mieux marché que les autres.

Notez aussi, Aphatie a choisi la modernité de l'autoédition sur Amazon ; il récite son livre lui-même tels les conteurs jadis. 

Et on parle beaucoup d'enfants ce matin... 

Et j'ai lu ce matin dans Le Télégramme que des écoliers de Plougasnou, dans le Finistère, ont inspiré aux députés un amendement qui bannit les bouteilles en plastique des cantines.

Les enfants sont une solution, ou un mystère, dans nos journaux d'adultes. Libération, qui naquit de Mai 68, décrit pour le vieux que je suis l'argot des jeunes générations, c'est facile et vexant. Moob, fusion de Man et de boob, désigne les seins d'un homme dégoulinant de graisse. Faire son Kevin, c'est être puéril... Kim, Donald ne faites pas vos Kevin ? Et planter le javelot dans la moquette, c'est l'acte sexuel... Merci Libé.

A propos de sexe, La Provence, avec infiniment de respect, raconte justement une séance d'éducation à la santé sexuelle dans un lycée marseillais, et on a ici de jeunes gens, perdus, qui posent ces questions. 

"Les capotes, comment on fait si elles sont trop petites, euh, en largeur ?" demande un garçon. 

Mais dans une session où seules parlent les filles, l'une demande...  "Quand un homme est enceinte, ça se passe comment ?"

On est loin de Mai 68, et loin aussi de la vitalité d'une jeune Tarbaise d'antan, sur laquelle je lis aussi de très jolie choses, dans La Dépêche, Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, le Huffington Post, elle voulait jouer du piano mais sa maman la força à apprendre l'accordéon.

Et Yvette Horner remporta en 1948, il y a 70 ans, la coupe du monde de l'accordéon, première femme ainsi reconnue. Car elle fut pionnière, Yvette, décédée hier à 95 ans.

Dans L'Equipe, cette photo superbe d'une Citroën Traction avant décorée à la gloire de Suze, Yvette est juchée sur le toit. elle jouait tout au long du tour de France : "J'avais parfois des pattes de moustique dans le nez. J'étais à l'arrivée plus noire et plus sale encore que le vainqueur de l'étape." On lui criait "Vas-y Vévette"... Il fallait lui donner la une.

Et la grande commémoration du jour, c'est la Coupe du monde de 1998. 

Et vingt ans après, les bleus vont jouer, ce soir, en direct, sur TF1 à 21 heures, contre une sélection de l'époque, Le Parisien fait sa une sur ce match des légendes. Et il y a quelque chose d'étrange dans cette partie de vétérans qui éclipse l'actualité. Je devine que L'Equipe n'approuve pas, qui fait sa une sur Patrick Vieira, ancienne gloire de 98 mais au présent, puisque Vieira va entraîner l'OGC Nice, et le quotidien sportif s'attache à ne pas mélanger les temps. 

Vont-ils finir par lasser, tels des soixante-huitards ? Mais non, dit Le Figaro qui raconte ces anciens comme une force joyeuse et non organisée, pas un lobby mais des solistes autour du demi-siècle qui s'adaptent. Laurent Blanc a découvert la messagerie WhatsApp pour organiser le match de ce soir, avant il appelait les gens en numéro masqué... Des vieux qui s'adaptent et se préservent. Tel Lizarazu. "On se prépare depuis des semaines. Je n’ai qu’un objectif, quand la caméra viendra vers moi, je ne veux pas qu’on ait l’impression que je souffle comme un bœuf, les mains sur les hanches." 

Il n'a pas de moob, Liza. 

On ne discute pas ce bonheur à l'avant veille de la fête du football ? On pourrait pourtant ? 

Le football est une science, explique magnifiquement Le Monde. Il est disséqué depuis 1932.

Le football est une exploitation dit L'Humanité, qui rapporte les travaux d'un collectif, sur les grands équipementiers du sport, Nike et Adidas, dépensent toujours plus en sponsoring, et se rattrapent sur les coups de production, donc la main d'œuvre, en Indonésie, au Cambodge, au Vietnam, la Chine devient trop chère... 

Entend-on cela, à notre joie ? 

En lisant Le Parisien, on mesure la force des Bleus. En portant le match de ce soir à la une, le journal a éclipsé une enquête très forte qui, en d'autres temps, l’aurait porté. Elle parle de bonnes sœurs, de religieuses, abusées sexuellement par des prêtres et ces viols ressemblent à des incestes. Lisez ce que Le Parisien révèle et pourtant n'affiche pas : on joue ce soir, et le bonheur est un choix éditorial. 

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