Comme le dit mon confrère Georges Latil dans "La Provence"... Puisqu'il faut une nouvelle fois remettre l'ouvrage sur le métier, n'hésitons pas à parler de Clearstream... Non par démagogie, encore moins par facilité, mais tout simplement parce que les nouveaux rebondissements sont troublants. Alors pourquoi tant de précautions, de la part de l'éditorialiste ?... Eh bien, parce que commence à poindre un débat qui se nourrit d'un reproches, adressé cette fois à la presse, accusée par le gouvernement d'une part, mais pas seulement... Accusée elle aussi de mettre de l'huile sur le feu en publiant les révélations des uns et des autres... Surtout d'un : le général Rondot... L'affaire Clearstream devient aussi un fait de presse... Nous en reparlerons. Mais d'abord ces deux révélations... Elles sont donc dans le journal "Le Monde", qui a pu se procurer les notes de Rondot... Des carnets dans lesquels le général, qui avait la manie d'écrire, implique directement l'Elysée... Avec cette phrase-clé que "Le Monde" met d'ailleurs en exergue et en titre... Phrase attribuée à Dominique de Villepin : "Si nous apparaissons, le Président et moi, nous sautons". Et puis cette autre phrase, tout aussi saisissante... Et là, Rondot parle de lui... Dans un style télégraphique, puisqu'il s'agit de notes : "Perspective que je sois convoqué par le juge d'Huy : deux points : m'en tenir aux éléments de langage convenus". Alors, de deux choses l'une, écrit Bernard Revel dans "L'Indépendant du Midi" : c'est vrai, ou c'est faux. Si c'est faux, comme le soutiennent l'Elysée et Matignon, on est devant une entreprise de déstabilisation au sommet... Si c'est vrai, Chirac et Villepin sont sur la sellette... Dans les deux cas, on est dans une situation d'extrême gravité. D'autant plus qu'il y a donc cette deuxième révélation : celle-là concerne le juge Van Ruymbeke : le magistrat, auditionné par ses collègues Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, chargés de l'affaire Clearstream, a confirmé qu'il savait d'où venaient les lettres anonymes. "Van Ruymbeke, nouvelle victime de l'affaire", estime "Libération", mais c'est en fait la justice qui est piégée... Une justice qui n'en avait vraiment pas besoin, après la débâcle d'Outreau... Voilà sa réputation de nouveau entamée. Le juge a beau se justifier en disant que s'il n'a pas dressé le moindre procès-verbal d'audition, sans greffier donc, ni témoin, ce jour d'avril 2004 où il a rencontré Gergorin, le corbeau présumé... C'est parce qu'il voulait protéger son informateur, qui craignait pour sa vie... La conclusion qu'en tire tout le monde, c'est que le magistrat savait donc qui était le corbeau... "Alors pourquoi un juge aussi réputé s'est-il hasardé à prendre des chemins de traverses ?", s'interroge Pierre Taribo dans "L'Est Républicain"... "Eh bien tout simplement parce que, soucieux d'y voir plus clair dans le marigot des scandales, Van Ruymbeke use parfois de méthodes qui s'écartent de l'orthodoxie... D'ailleurs, en opérant comme un enquêteur qui sort de son bureau, il a souvent gagné... Mais cette fois, il s'est pris violemment les doigts dans la porte", conclut Taribo. Les politiques manipulés, peut-être... Un juge pris au piège... Et la presse alors, est-elle manipulée elle aussi ? En fait-elle trop ? "Alors jusqu'où l'affrontement entre des médias engagés dans une folle traque aux scandales et un pouvoir aux abois ?", écrit Philippe Noireaux dans "L'Yonne Républicaine"... "Jusqu'à l'écoeurement, jusqu'à la nausée ? Jusqu'à un rejet dans un même sac des politiques, journalistes, juges et autres acteurs d'un petit monde évoluant en vase clos, déconnecté des réalités quotidiennes de l'immense majorité des Français ?", s'inquiète notre confrère de "L'Yonne Républicaine". "Mais une fois encore, ce n'est pas en s'en prenant au chien (la presse version "Mitterrand en colère") que l'on éclairera cet incompréhensible fouillis", reprend Hervé Cannet dans "La République du Centre-Ouest", qui note au passage que "ceux qui crient haro sur le 4ème pouvoir sont les premiers à tenter de l'instrumentaliser"... Rappelons en effet que le Garde des Sceaux a demandé une enquête pour violation du secret de l'instruction... Et que le Premier ministre a dit aux patrons de presse que les Français comptent sur leur travail pour démêler le vrai du faux... Ce que "Libération" appelle "La leçon de Villepin à la presse". Mais le débat existe aussi au sein même de la profession... Jacques Guyon par exemple, dans "La Charente Libre", s'en prend à la fois à ses confrères et aux juges, lorsqu'il dénonce les pièces d'instruction qu'on découvre distillées, et parfois tronquées, dans les journaux... Un véritable festival d'infractions, dit-il... Comme si on faisait semblant de croire que le journalisme d'investigation se confond avec la publication de notes complaisamment livrées dans les boîtes aux lettres... Comme si certains se croyaient, eux, à l'abri des manipulations. C'est enfin Jean-Paul Pierot, dans "L'Humanité", qui dénonce la publication des confessions d'un super-espion, avec une savante graduation... Et qui vise directement "Le Monde", sans le citer mais tout le monde l'aura reconnu, puisqu'il écrit que jamais les lecteurs du quotidien du soir ne sont informés des conditions d'une telle prouesse en matière d'investigation... Jean-Paul Pierot évoque bien sûr les carnets de Rondot, publiés dans "Le Monde". Enfin, au-delà de la presse, c'est le sociologue Emmanuel Todd qui regrette l'emballement sur l'affaire Clearstream... "Une affaire mineure, dit-il, au détriment des problèmes du pays, les vrais. Une affaire qui devrait occuper un espace raisonnable dans les pages intérieures des journaux... Or, nous assistons à une hystérisation, une focalisation totale du système politico-médiatique. Pour un sociologue, confie Emmanuel Todd, il est impossible de ne pas voir cet emballement comme une tentative de fuite hors de la réalité. En d'autres termes, selon Todd, c'est parce que nos dirigeants ne sont pas capables d'engager les débats qui comptent, qu'ils se donnent en spectacle... A leur corps défendant, bien sûr... Inconsciemment, mais réellement". En tout cas, c'est un spectacle qui laisse pantoise la presse européenne... Pantoise, mais pas sans voix... La preuve : en Italie par exemple, où les ministres vaguement impliqués dans des affaires d'espionnage démissionnent, "Il foglio" de Milan se demande "ce que fait encore le Premier ministre français à Matignon"... Dans le "Daily Telegraph", à Londres, le coup de griffe est tout aussi douloureux... On parle en effet de "la présence moribonde de Jacques Chirac, qui sombre dans l'incohérence la plus totale"... Enfin, il y a une chose plus terrible que la calomnie, c'est la vérité", nous rappelle "El Mundo" de Madrid, qui cite donc Talleyrand, et qui écrit : "Une chose est sûre, c'est que Villepin, aristocrate comme Talleyrand mais beaucoup moins malin, ne pourra plus remonter la pente". Pas gentil gentil tout ça... D'ailleurs, à force de lire la presse étrangère, on s'aperçoit que ça fait longtemps qu'elle n'a pas dit du bien de la France... Un pays où l'on ne vit pas mal, pourtant... D'ailleurs, où vit-on le mieux en France ?... Grande enquête de "L'Express", qui prend en compte une multitude de critères, qui vont du dynamisme économique à la culture, en passant par le logement ou l'environnement... D'où il ressort que le département où l'on vit le mieux, c'est la Haute-Garonne, devant l'Hérault et la Vendée. Voilà pour le podium... Alors qu'en queue de classement, on trouve les Ardennes, la Creuse et, en tout dernier, l'Aisne. Voilà, maintenant je cherche la Loire... La Loire... la Loire... Voilà : 27ème... Sur 96, c'est plutôt un bon résultat... La Loire : chef-lieu de département : Saint-Etienne... Couleur de la ville : vert... Avec des espaces verts, comme partout... Mais surtout beaucoup d'espace pour les Verts, dans les journaux... Ca a été le cas toute la semaine, et aujourd'hui bien sûr, puisque nous célébrons le 30ème anniversaire de la défaite de l'AS Saint-Etienne, en finale de la Coupe d'Europe, devant le Bayern de Munich, à Glasgow. Célébrer une défaite, ça peut paraître un peu idiot, voire maso... Mais ce qu'on célèbre surtout, c'est une épopée... C'est une année où un club français a montré que la victoire devant des équipes étrangères, c'était quelque chose de possible... Et puis tous les journaux sont d'accord là-dessus : que ce soit le spécialiste "L'Equipe" ou, ce matin, "Le Parisien", "Libé" ou "L'Huma" : l'édifice qui a permis à la France de remporter sa première grande victoire en Coupe d'Europe en 84, puis en Coupe du Monde en 98, et à l'Euro en 2000... Cet édifice-là a pour fondement l'AS Saint-Etienne... Et ça, ce n'est pas rien. Dans un football où l'argent était encore un gros mot, rappelle "Le Parisien", tout un pays était tombé amoureux d'une équipe... Et en particulier d'un jeune homme aux cheveux longs, qui avait le double mérite de bien jouer au football et d'avoir un look de rock-star : un certain Rocheteau, qu'on appelait "l'Ange vert", nous rappelle "L'Humanité"... Surnom, je crois, qu'il n'aime pas beaucoup... Vert, il l'était, c'est sûr... Ange, ça, on ne sait pas... Et puis il y a l'histoire des poteaux carrés... Il est vrai qu'ils étaient carrés pour les deux équipes, sauf que les Verts, eux, ont tapé deux fois dessus... Ah, les poteaux carrés : "L'Equipe nous en rappelle l'étrange histoire... Et puis même si cette histoire des Verts est un peu une histoire d'artères, parce que, pour les moins de 30 ans, ça peut ressembler à un truc du Moyen Age... Pour ceux qui ont vécu l'aventure lorsqu'ils étaient gamins, ça fait des nostalgiques qui n'ont jamais que 40 ans... Donc, contrairement aux apparences, c'est une histoire de jeunes... Comme le titre "Libération" : "Des Verts toujours verts"... D'ailleurs, un petit regard autour de cette table nous le prouve, avec Bathenay et Rocheteau... Nos invités, ce matin, sur France Inter, grâce à Jacques Vendroux... Toujours vert, lui aussi ?... Beaucoup moins... Un peu, quand même. Bonne journée. A lundi.

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