(Nicolas Demorand : "Et ce matin, la presse fait son cinéma")... Il y a les blockbusters, à l'affiche depuis longtemps... le foot, l'euro, les retraites... Et puis il y a quelques films d'auteur, émouvants ou surprenants... Pour La Croix, Gilles Biassette est retourné en Haïti, quatre mois après le tremblement de terre. Ce n'est pas à Port-au-Prince mais dans les villages qu'il a posé sa caméra. Première scène : une vieille femme de 84 ans balaie son petit lopin de terre... Il y a du ménage à faire chez elle. Dans la maison familiale de deux pièces, il y a quelques semaines, vivaient 46 personnes. En temps normal, elle est déjà surpeuplée, mais là ça dépasse toutes les limites. Après le tremblement de terre, des centaines de milliers de sinistrés ont fui la capitale pour les campagnes. Ils ne sont toujours pas rentrés chez eux. Quatre mois après, on manque toujours de tout à Port-au-Prince. La plupart des écoles n'ont pas rouvert. Dans la commune de la vieille dame, on est passé de 28 à 36000 habitants. Cette commune s'appelle Abricots, parce qu'il y a beaucoup d'arbres fruitiers. Autrefois, les Indiens d'Haïti enterraient leurs morts ici. Au moins sous les arbres d'Abricots, ils auraient de quoi se régaler dans l'au-delà. Travelling sur un cimetière aussi, dans Le Figaro... C'est en Algérie. cimetière chrétien de Bir el-Djir. C'est dans la banlieue sud d'Oran. L'ensemble des caveaux y ont été profanés. Les cimetières des Pieds-Noirs : une image de plus pour dire que le passé est loin d'être soldé en Algérie. Ils n'ont pas été entretenus depuis l'indépendance. Ou bien les islamistes radicaux s'y sont attaqués dans les années 90. Il y a sept ans, en visite en Algérie, Jacques Chirac avait déclaré que les cimetières relevaient du devoir de mémoire. Aujourd'hui, les choses s'améliorent un peu. La France et l'Algérie travaillent ensemble à leur rénovation ou à leur regroupement. Dans Le Figaro, Guillaume Mollaret donne la parole à un Oranais de 69 ans, un bénévole qui participe au regroupement : "Je le fais pour relever l'image de mon pays. Quand j'étais petit, j'ai tété le sein d'une Française. Avec ses fils, je suis ce qu'on appelle un 'frère de lait'. Tout a volé en éclats avec la guerre". Cinéma, suite... Vous voulez un polar, une histoire de drogue diablement efficace ? Ouvrez Charlie Hebdo cette semaine. On y apprend que les caïds de la drogue, en Amérique du Sud, mériteraient bien leur place à HEC. Le thriller est signé Guillaume Dasquié, qui a enquêté auprès d'Europol. Malgré l'apparition de drogues de synthèse en Europe, la cocaïne résiste très bien. Et si elle arrive à tenir la dragée haute à la concurrence, c'est parce que les Colombiens sont des pros du marketing. Au fil des années, ils ont diversifié les filières d'acheminement : Balkans, Afrique du Nord. Ils ont adapté les prix et la qualité de la marchandise à la demande des consommateurs. L'Espagnol veut planer, l'Allemand veut être dopé... Pas de problème : des petits labos installés en Europe façonnent la drogue venue d'Amérique du Sud. Commentaire d'un spécialiste : "Les experts en marketing parleraient de 'multiplication des distributeurs et fragmentation de l'offre'. On se croirait sur le marché du yaourt". (ND : "L'actualité fait son cinéma... Et les cinéastes commentent l'actualité")... Choisissez une image de film et faites un parallèle avec l'actualité : c'est le cahier des charges donné par Libération à une pléïade de réalisateurs pour le "Libé des Cinéastes", à l'occasion de l'ouverture de Cannes. Brigitte Roüan a choisi un passage d'"Elephant Man", où le visage du héros est caché sous un sac... Commentaire : "Je ne vois pas ce qui obligerait une femme à se mettre un sac sur la tête". Jacques Audiard a choisi "L'Homme qui tua Liberty Valance"... Lee Marvin, John Wayne et James Stewart se regardent de travers. Le commentaire d'Audiard est titré : "Le fouet, le steack et la démocratie". Le fouet, c'est la spéculation. La démocratie, c'est l'Europe. Le steack, ce sont les citoyens. Question : "Qui va prendre dans la gueule, la prochaine fois, le fouet de Liberty Valance ?". La Grèce et l'Europe ont inspiré Benoît Delépine et Gustave Kervern également... Leur film, c'est "Entr'Acte" de René Clair, dans lequel un corbillard s'emballe, poursuivi par une meute de grands bourgeois en deuil. Sarkophobie dans l'oeil de Pascale Ferran... Elle a choisi une image de "Eyes Wide Shut" (littéralement "Les Yeux Grand Fermés"). Stanley Kubrick. Et ce seul commentaire : "Trois ans déjà !". Enfin, à propos du sarkozysme, mais aussi de la Grèce, d'Haïti, de la Palestine, de l'immigration, des banlieues et on en passe, Laurent Cantet s'est contenté de l'image-titre d'un film de Godard : "Le Mépris". Godard justement... Dans le très beau numéro de Télérama consacré à Cannes, il dialogue avec Dany Cohn-Bendit. Et on apprend que ces deux-là se connaissent bien : dans la foulée de 68, ils avaient tourné ensemble un western-spaghetti gauchiste intitulé "Le Vent d'Est". Il n'est pas franchement passé à la postérité. Là, ils commentent le dernier film de Godard, intitulé "Film Socialisme". L'Europe est au coeur de l'histoire, qui nous mène en croisière sur la Méditerranée avec des retraités qui ont connu la guerre et les affaires. "Je ne veux pas mourir sans avoir revu l'Europe heureuse", dit un jeune Russe. L'interview est pleine de sentences à la Godard, qu'on pourra trouver fumeuses ou fulgurantes... "C'est bien normal que les Grecs n'aient rien foutu depuis trente ans, puisque les touristes allemands qui ont tout saccagé leur apportaient de l'argent. La Grèce, c'était autrefois ce qu'on appelait une de nos humanités. Maintenant, on ne parle que de la dette". "L'Europe telle qu'elle est faite est une grande déception. Ils ont commencé par le charbon et l'acier. Ils auraient pu commencer par autre chose". Godard cite Malaparte : "Les Américains ont libéré l'Europe en la rendant dépendante". "Les cinéastes sont des prophètes", dit Gilles Jacob dans La Provence. Mais dans L'Express, l'Iranien Abbas Kiarostami joue avec réticence le jeu des commentaires de l'actualité... Bien sûr, il prend ses distances avec le régime en place : "Je n'ai plus le moindre lien avec lui. Je n'attends plus rien de ce gouvernement. Mais ce dont je suis persuadé, ajoute l'auteur du 'Goût de la Cerise' (Palme d'Or il y a treize ans), ce dont je suis persuadé, c'est que les vraies dictatures sont intimes, les oppressions personnelles. Bien sûr, on peut souffrir d'une précarité économique et d'absence de liberté, mais les vraies souffrances sont ailleurs. En 1979, il paraît qu'il y a eu une révolution en Iran. Moi, j'était pris dans de tels conflits personnels et familiaux que je ne me suis pas rendu compte. C'est uniquement lorsque je suis sorti que j'ai remarqué que le régime avait changé". (ND : Allez... Un mot tout de même des grosses sorties de la semaine, dans l'actualité)... Un film-catastrophe et une comédie... Le film-catastrophe d'abord : la rigueur et les retraites... C'est à la Une des Echos : "La réforme exigera plus d'efforts que prévu". Même reporter l'âge légal de la retraite à 63 ans ne comblerait que la moitié du déficit. "Retraites : ça va faire mal", titre La Tribune. Alors L'Huma dégaine à sa Une "la solution qu'ils vous cachent" : réforme de la cotisation patronale et taxation des revenus financiers. Retraites, déficit : l'heure est toujours à la rigueur. Et c'est "un piège pour le PS", selon la Une du Figaro... le PS divisé sur le sujet. La comédie pourrait s'appeler "le ballon de Raymond"... Raymond Domenech... Encore raté en termes de com'. Il devait annoncer la liste définitive des 23 hier : il a donné une liste provisoire de 30 joueurs pour la Coupe du Monde. C'est "le grand flop dans le Barnum", titre L'Equipe. "La liste floue de Domenech", pour Sud-Ouest. Ouest-France y voit plutôt du bon cinoche : "Il fait durer le suspense". Allez... Le clap de fin... Il est pour Michael Haneke, Palme d'Or l'an dernier... Dans le "Libé des Cinéastes", il choisit une image des "Parapluies de Cherbourg" : Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo, le regard triste. Commentaire d'Haneke : "C'est la tristesse des amoureux face au monde avec lequel ils seront toujours en contradiction"... Bonne journée...

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