Patrick Cohen : La France de Fouquet's Tinville... Bruno Duvic : La France n'aime pas les très riches, la France n'aime pas les très pauvres. Et au milieu, le climat se dégrade. "Nous sommes en 1788", écrit Laurent Joffrin dans Le Nouvel-Observateur, autrement dit, à la veille de la Révolution... Diable, que se passe-t-il ? Il se passe que la France est aux mains d'une nouvelle oligarchie, selon L'Obs... quelques dizaines, quelques centaines de personnes... Les plus hautes élites de la République devraient servir l'Etat. Mais, converties au libéralisme dans les années 90, elles le démantèlent et se servent au passage. Il y a toujours eu des élites en France, mais selon l'hebdomadaire, deux phénomènes se sont cumulés ces 20 dernières années. 1) Le déclin du monde de l'énarchie... les anciens élèves de l'ENA... Cette filière n'est plus la voie royale, l'esprit business-cool à l'américaine a débarqué. 2) Et 2ème phénomène : le sens de l'intérêt général s'est effondré. Nos élites, ce ne sont plus ces grands commis de l'Etat, un peu austères, que l'on voyait dans les années 50. La politique a perdu le pouvoir au profit du CAC 40. Et c'est un tout petit monde... L'année dernière, une enquête du cabinet Ernst and Young avait établi que pas loin de la moitié des postes d'administrateurs des plus grandes sociétés étaient détenus par les mêmes personnes... quelques dizaines d'hommes... Ils siègent dans 3, 4, ou 5 conseils d'administration. Moyennant quelques acrobaties juridiques, par exemple, l'an dernier, Henri Proglio, le PDG d'EDF, détenait 8 mandats d'administrateur. Patrick Cohen : Et quelle est la conséquence de cette concentration des pouvoirs ? Bruno Duvic : Laurent Joffrin donne un exemple : "Depuis la crise financière, chacun reconnaît la nécessité de limiter les revenus des traders et des dirigeants de la finance. L'opinion le pense, les experts le préconisent, les élus le veulent... mais rien n'a été fait. Le lobbying bancaire, relayé par tout ce que l'oligarchie compte d'hommes influents, a fait échec à toutes les tentatives. Et les exemples de cette nature abondent". Dans ces conditions, on comprend que le départ annoncé de Michel Pébereau, président de BNP-Paribas, fasse la Une des Echos. Voilà un homme dont le pouvoir vaut bien celui de beaucoup de ministres ! Les inégalités se creusent... Toujours dans l'Obs, le sociologue François Dubet recadre les choses. "Comparée aux autres pays développés, la France n'est pas si mal lotie. L'écart entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres est comparable à ce qui existe en Allemagne. Globalement, les inégalités moyennes n'ont pas cessé de se réduire depuis 30 ans. Ce qui se dégrade, c'est l'écart entre les 1% extrêmes". Les très riches se gavent, les très pauvres s'enfoncent, et le milieu se crispe. Peur du déclassement, de la mondialisation, et tentation de trouver des coupables pour purger ce climat. C'est ce que Politis appelle "la politique des bouc-émissaires de Sarkozy". Derniers en date, les allocataires du RSA. Le président a sévèrement recadré le ministre Wauquiez, et son discours sur "les assistés : cancer de la société". Mais il continue de faire des ravages. A la Une de Libération ce matin : "Monsieur Wauquiez, je ne suis pas le cancer de la société". Témoignages d'allocataires du RSA. Lionel Rigolet, par exemple. Il a 44 ans : "J'étais au chômage et il y a cinq mois, je suis passé au RSA : 410€ par mois, + 230 d'aide au logement. Avec ça, il faut payer le loyer, EDF, Internet et le téléphone. Ce qui reste, c'est pour la bouffe. Même monter le moindre projet professionnel, c'est compliqué, cela demande des moyens. Le RSA, c'est la survie, jamais une aubaine". "Les fraudes au RSA restent limitées", titre La Tribune. Mais dire que le discours sur l'assistanat et l'inefficacité du système sociale ne rencontrent pas d'écho serait mentir. Dans Le Point, le sociologue Michel Godet approuve le discours du ministre. Au-delà du RSA, il parle des bonbons inutiles de l'assistance. "Ce n'est pas l'argent qui manque, c'est la mauvaise gestion de l'abondance qu'il faut corriger". Et il prend un exemple : "La collectivité consacre 60 à 90€ par jour aux SDF. Mais presque toutes les sommes engagées financent les brancards et les brancardiers... rien d'autre !". Manque de moyens ou d'efficacité pour aider les plus pauvres ? En tout cas, il est des lieux où l'échec est patent. "Pôle-Emploi, c'est Mad Max" écrit "Mediapart" ce matin. Enième reportage sur le bazar dans ce lieu si important pour beaucoup de gens. Impression d'incurie, d'inefficacité... tentation du bouc-émissaire, peur de la mondialisation et du déclassement. On retrouve tout cela dans les témoignages de nouveaux électeurs du Front National recueillis par Le Point, qui fait sa Une cette semaine sur "Marine Le Pen : l'attrape-tout". Patrick Cohen : Peut-on améliorer le système ? Bruno Duvic : Du côté des très riches, pour corriger au moins symboliquement les injustices, il y a la réforme fiscale présentée hier en Conseil des ministres : suppression du bouclier et en échange, allègement de l'ISF. Encore raté, selon L'Humanité. Les plus riches paieront encore moins d'impôts. "C'est le jackpot pour les milliardaires". Le gouvernement a prévu la réplique : "Nous allons vers une taxe sur les très hauts revenus.... à partir de 2 ou 3 millions d'euros de revenus annuels". Cela dit, le président de la Cour des Comptes, Didier Migot, plaide pour une réforme plus radicale de l'impôt sur le revenu. C'est à lire notamment dans Le Monde. Cet impôt ne dégage pas assez de recettes, il n'est pas assez progressif, pas assez redistributif. Patrick Cohen : La France n'aime pas les riches... Et Dominique Strauss-Kahn en fait les frais... Bruno Duvic : Après la droite bling-bling, la gauche vroum-vroum. La photo de la Porsche n'en finit pas de faire causer. "DSK : le scénario catastrophe", titre France-Soir, qui reprend les chiffres de L'Express sur le train de vie cossu du patron du FMI. Selon France-Soir, même une partie de la gauche s'interrogerait à mi-voix sur le cas DSK. L'UMP Pierre Lellouche cogne sur les colonnes de France-Soir : "Sa femme et lui sont de grands bourgeois... Lors de la campagne législative en 93, elle portait des tailleurs de marque et de lourds bijoux, pour distribuer ses tracts à Sarcelles où je les ai battus". Bienvenue dans le monde délicat d'une campagne électorale... Le Figaro en rajoute une couche en se demandant comment l'homme qui prône l'austérité en Grèce va pouvoir défendre le projet du Parti socialiste ? Le Parisien relève que les communicants de DSK sont dans le collimateur du PS. Dans France-Soir, la vice-présidente de la région Ile-de-France, Michèle Sabban, vient au secours de l'ancien ministre de l'Economie : "Est-ce que vous avez déjà vu un président Rmiste ?". Patrick Cohen : Beaux, riches et célèbres : suite et fin... Bruno Duvic : La presse people n'a aucun doute... Carla Bruni est bel et bien enceinte. "Elle accouchera en octobre à 43 ans" titre Gala, qui soupçonne même l'arrivée de jumeaux. "Nicolas et Carla protègent leur bonheur", ajoute Point de Vue. VSD se demande : "Pourquoi le couple présidentiel fait tant de mystère". A la Une de Paris-Match : "Pippa Middleton, l'autre princesse". Mais c'est avec une autre histoire de famille dans Match, que je vous propose de terminer. Ce pourrait être du Sagan, du Scott Fitzgerald ou du Truffaut. C'est un vrai morceau de vie, triste et romanesque, que raconte Madeleine Chapsal, à la rubrique "le jour où"... Le jour où Françoise Giroud devint la maîtresse de mon mari, Jean-Jacques Servan-Schreiber. Ca se passe dans le monde de Proust, un hôtel particulier de Saint-Germain-des-Prés. Le couple est invité à un dîner, une petite femme brune de 35 ans, rédactrice en chef de "Elle" est aussi là. JJSS la remarque, elle ne le quitte pas des yeux. La pauvre Madeleine Chapsal est clouée sur un canapé par une tuberculose. Pour attirer l'attention de son mari, elle remonte un peu sa jupe. Il lève sa coupe de champagne dans sa direction, mais au moment de passer à table, il s'arrange pour être à côté de la jeune femme brune. Lorsque le couple légitime repart en voiture, la jeune femme à bord de son coupé se porte à leur hauteur, les deux futurs amants s'amusent à faire la course sur les quais. A L'Express, Madeleine Chapsal travaillera pour Françoise Giroud qui lui offre une place dans les pages culture. "J'étais une épouse consentante, et puis un jour, sans que je me l'explique encore aujourd'hui, je lance à mon mari : "Et si on divorçait ?"... Il m'a répondu : "C'est une idée".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.