(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la roue tourne

(Bruno Duvic) C'est un chantier immobilier comme il y a en a des milliers dans le monde. Celui-ci est à Lancaster, en Caroline du Sud aux Etats-Unis. Des tracteurs abattent des arbres pour faire place nette. Les bâtiments tout neufs doivent ouvrir leur porte en fin d'année. Ils abriteront une usine de textile.

Particularité de cette usine : elle vient de Chine. C'est un groupe chinois, Keer, qui délocalise une partie de sa production aux Etats-Unis. Le monde à l'envers...

Les machines à filatures, jusque là utilisées à Hangzhou vont arriver par bateau dans ce sud américain où le coton a si profondément marqué l'histoire. A Lancaster on se contentera de produire des fils de coton. Les vêtements proprement dits seront confectionnés en Amérique du Sud. Mais ils porteront tout de même une étiquette "made in USA".

Des Chinois qui délocalisent en Amérique, comment est-ce possible ?

Dans Les Echos , réponse de Lucie Robequain qui consacre une page entière ce matin au retour de l'industrie aux Etats-Unis. Premier élément d'explication : la courbe des salaires. Elle stagne aux Etats-Unis, elle grimpe en Chine. A Hangzhou, les ouvriers du groupe Keer étaient payés 250 dollars par mois en 2009. L'an prochain, ce sera 900 dollars. L'écart se réduit entre les deux pays.

Ensuite, le coût de l'énergie. 50% moins cher aux USA qu'en Europe ou en Asie. C'est l'effet gaz de schiste.

Et puis c'est formidable Lancaster, en Caroline du Sud, il n'y a pas de syndicat ! Le responsable du développement économique de la ville le dit carrément : "Nous ne pouvons pas interdire les entreprises syndiquées mais nous les prévenons qu'elles ne recevront aucune subvention ni réduction d'impôts."

Autrement dit, c'est autant l'Amérique qui se met au niveau de la Chine, que la Chine qui atteint un niveau de vie à l'américaine. Alors textile, mais aussi électronique, « L'Amérique recrée des usines dans des secteurs inespérés », titrent Les Echos . Et les exportations reprennent : 10% de la richesse nationale, record historique.

Un témoignage dans Le Figaro

« Moi, Ukrainienne, russe et Française ». Elle s'appelle Leula Vaudon. Elle travaille en France, cadre dans une banque. La moitié de sa famille vit en Ukraine, au fin fond de la campagne, dans le Nord-Est, l'autre en Russie.

Et ce qu'elle perçoit, à travers les contacts qu'elle entretient à distance, c'est un pays qui s'effiloche, un climat qui se dégrade, et la peur qui monte.

« Il y a encore 6 mois, ma famille Ukrainienne était tout sauf politisée, à peine capable de citer le nom du président. Désormais, les gens se définissent comme russes ou ukrainiens. Même avec des gens simples, les discussions deviennent impossibles.

Ma cousine, médecin, peut être mobilisée en cas de conflit. Elle vit avec cette boule au ventre. Elle a songé à quitter la région avec sa famille mais les routes sont contrôlées. S'ils se font arrêter ils seront accusés d'être des déserteurs. Plus rien n'est clair aujourd'hui. Les contrôles sur les routes, les groupes armés non identifiés. On ne sait pas qui est qui. Il y a des tirs, des arrestations, personne ne sait à qui se fier. »

Ce chaos ukrainien est encore aggravé par les referendums d'autodétermination hier, illégaux mais qui ont largement mobilisé. Plus personne ne comprend rien à rien dans ce pays, concède une habitante de la région de Donetsk à Jean-Louis le Touzet dans Libération . Et elle dit ceci : "Mettez dans une machine à laver infernale Poutine, les oligarques, Staline, Mc Donald's, Lénine, les coupés Mercedes, la Mafia, les morts d'Odessa, l'invasion des fascistes de Kiev, puisque tous les Ukrainiens sont des fascistes désormais, les blindés, le chômage et les petites retraites de nos vieux. Vous faites tourner à haute vitesse et vous obtiendrez le tableau du chaos. Je suis citoyenne d'un pays qui n'existe pas. »

Après ces référendums illégaux à Donetsk et Lougansk, que les séparatistes pro-russes revendiquent comme des succès la faiblesse des réactions européennes est une nouvelle fois pointée dans la presse. Crise ukrainienne, spectre de l'abstention et d'un vote de rejet dans 15 jours aux élections : « Les pro-européens sont déboussolés », titre L'Opinion au lendemain du plaidoyer pro-européen de Manuel Valls à la télévision.

Pour le quotidien libéral, l'enjeu du vote du 25 mai est finalement simple : c'est un saut fédéral ou un repli national.

Tout autre écho dans l'éditorial de L'Humanité sous la plume de Paule Masson. C'est une charge contre l'Europe qui ne tient pas ses promesses : « Elle s'est bâtie sur une promesse de paix mais la guerre est à ses portes en Ukraine. Elle a inscrit dans ses traités l'objectif du plein emploi et le chômage gangrène sa cohésion sociale (…) Pour les peuples elle apparait bien souvent comme une contre-démonstration. »

Démonstration pour ou contre l'Europe ? Dans Le Parisien-Aujourd’hui en France et Libération , parole aux agriculteurs pour qui l'Europe c'est du concret et du quotidien via la Pac. Dans les deux cas, reportage auprès d'éleveurs de bovins. Dans Le Parisien , c'est en Bourgogne. "Sans l'Europe nous serions rayés de la carte, c'est 100% de notre salaire" dit un éleveur, prêt à passer outre les tracasseries administratives et l'obsession des normes européennes. « L'Europe a été crée après la guerre pour la bouffe et la paix. Aujourd'hui on a les deux. Les gens ont la mémoire courte. ». Plus mitigés, les paysans de l'Avesnois, dans le nord, interrogés par Libération . "Quand j'étais jeune, les agriculteurs étaient des gens aisés, maintenant ils sont en voie de prolétarisation".

Quoi d'autre dans la presse ?

Un UMP qui défend bec et ongles la réforme pénale de Christiane Taubira qui veut développer les alternatives à la prison. C'est le sénateur du nord Jean-René Lecerf, spécialiste des questions pénitentiaires. "Je suis d'accord avec ce texte à 90%. Présenter cette loi comme laxiste, c'est de la folie furieuse. A un moment, il faut arrêter de multiplier le nombre de cellules de prison et se concentrer sur la construction d'une alternative"

Vous y avez peut-être passé une partie du week-end : remplir la déclaration de revenus. Est-ce que le retour du ras le bol fiscal menace ? Deux quotidiens régionaux font leur Une sur ce thème. L'Ardennais : « Des contribuables de plus en plus exaspérés ». L'Union de Reims : « Le ras-le bol fiscal monte d'un cran ».

La roue tourne mais pas pour tout le monde. Dans Ouest France , en dernière page ce matin, portrait des deux dernières Bigoudènes, ou présentées comme telles en tout cas. Elles s'appellent Alexia Caoudal, 88 ans et Marie-Louise Lopéré, 91, elles vivent à Penmarc’h, Finistère. Deux vieilles copines, les dernières à porter la coiffe. Il fallait aller cherche Alexia en voiture pour réunir les deux raconte Noëlle Cousinié de Ouest France. Problème : comment faire rentrer une bigoudène et sa coiffe dans une voiture.

Depuis le temps qu'elle porte la tenue, Alexia possède la technique : il faut se pencher pour faire entrer d’abord la tête coiffée d’une mitre de 35 centimètres de dentelle, s’asseoir et incliner la tête pour ne pas abimer la parure. « L’idéal, dit la vieille Bigoudène, c’est la Kangoo »

A demain !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.