Bonjour... Imaginez un peu une rencontre sportive au cours de laquelle les commentateurs s'intéresseraient plus à l'arbitre qu'aux joueurs... C'est un peu ce que nous connaissons ces jours-ci avec ce qu'il devrait être convenu d'appeler la "stratégie" du MoDem, le Mouvement Démocrate. "Le Républicain Lorrain" la trouve "déroutante", cette stratégie. "Le Monde" y perçoit une "ambiguïté", "La Charente Libre" y voit plutôt un "grand écart"... (l'image est reprise par "Le Figaro") : "grand écart qui brouille le second tour". Un pied ici et un pied là, n'est-ce pas ce qui caractérise tout bonnement le centrisme ?... C'est ce que semble penser la rédaction de "La Nouvelle République des Pyrénées", en titrant : "Le MoDem au centre des débats". Comme chacun le sait, le grand écart peut faire très mal aux adducteurs. En cavalier émérite, François Bayrou a sans doute beaucoup travaillé sa souplesse. Dans "Le Midi Libre", Roger Antech accuse implicitement le Béarnais de faire cavalier seul. Et l'éditorialiste languedocien écrit : "Et zig, et zag, il ne faudrait pas réduire l'entre-deux tours de ces municipales à la stratégie déboussolante du MoDem, puisque de boussole, François Bayrou connaît surtout la sienne ; celle qui lui donne, du moins le pense-t-il, le cap pour l'Elysée". Le MoDem, parti centriste qui barre à droite, qui barre à gauche, après s'être convaincu qu'une "étiquette" en impose aux électeurs : qui peut encore croire cela ?, s'interroge Francis Brochet, dans "Le Progrès"... "Qui pense, à part François Bayrou, qu'un parti est propriétaire des voix recueillies au premier tour ?... qu'il pourrait les négocier à volonté au second tour ?... (...) Ces marchandages (ajoute Brochet) n'engagent que ceux qui les mènent, les alliances ne lient que ceux qui les nouent. Pour le reste, les voix des électeurs sont impénétrables". Voilà pour le MoDem. Et à l'UMP ? ...Y a-t-il péril en la demeure ?... Y a-t-il le feu au lac ? La Une de "L'Humanité" nous invite à le penser, avec ce titre : "Nicolas Sarkozy au secours de l'UMP". "Var Matin" l'a vu "en campagne à Toulon", ville "largement acquise à l'UMP", nous rappelle le journal, avant de préciser que le chef de l'Etat "a choisi le thème de l'immigration, qu'il sait porteur à droite, pour s'inviter dans l'entre-deux tours"... "Libération" renchérit sur "les vieilles ficelles de Sarkozy", en soulignant que le Président "ressort ses thèmes de campagne 2007". En page intérieure, ça donne : "A Toulon, Sarkozy drague à droite"... ce que "Le Parisien-Aujourd'hui en France" traduit ainsi : "Sarkozy drague l'électorat populaire". Ne drague-t-il pas plutôt les abstentionnistes, en grande partie des ouvriers, des employés, des faiblement diplômés, qui l'ont aidé en mai dernier à conquérir l'Elysée et qui, aujourd'hui, lui tournent le dos ?... Plusieurs de vos quotidiens se posent ce matin cette question. Plusieurs éditorialistes, aussi, se rappellent avoir entendu le chef de l'Etat, le 8 janvier dernier, confirmer qu'il apporterait son concours aux municipales parce que ces élections lui semblaient éminement politiques, avant de déclarer, au gré des sondages, ne pas vouloir intervenir dans la campagne. Aujourd'hui, quand Nicolas Sarkozy prétend qu'il tiendra compte de l'avis que les Français ont exprimé ("autrement dit, j'ai bien reçu le message, il est inutile que vous le répétiez au second tour"), Francis Lachat pour "Le Courrier Picard", Jacques Guyon pour "La Charente Libre", avouent leurs difficultés à suivre les méandres de la pensée présidentielle... Dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace", Olivier Picard reconnaît que "le Président a le droit de changer d'avis ou d'être opportuniste. Pas celui de prendre les Français pour des crétins. Pour rester poli". C'est une fin de citation. Dans "Libération", sous le titre : "Quinquennat : fin de l'acte I, début de l'acte II", Alain Duhamel prévient Nicolas Sarkozy : "Le plus difficile" reste à venir. Selon le commentateur politique, cette difficulté-là tient en un mot compliqué : la "re-pré-si-den-tia-li-sa-tion"... "Elle exige, dit-il, de la distance, de la constance, de la hauteur. Elle interdit l'agitation, les provocations, les apostrophes viriles et malsonnantes, le reality-show au palais de l'Elysée... Elle impose de la sobriété sinon du jansenisme, de la gravité sinon du hiératisme, de la tempérance sinon de l'austérité". Alain Duhamel conclut d'une phrase : "En somme, il s'agit moins de réformer les réformes que de réformer le réformateur". Allez !... Sur ce thème, juste pour la route, deux petits dessins tirés de la dernière page de "Charlie Hebdo". Les deux croquent un Nicolas Sarkozy abattu. - Le premier est signé de Jules. Le Président de la République porte une trace rouge, la trace d'une main, sur la joue gauche, stigmate d'une bonne gifle, sous ce titre : "Municipales... La revanche des pauvres cons". - La seconde vignette met toujours en scène le Président de la République. Derrière lui, ce qui semble être une femme de ménage, à genoux, bandana dans les cheveux, créoles à l'oreille, brosse hardiment le parque de l'Elysée. Elle s'adresse à Nicolas Sarkozy : "Vous pourriez dissoudre l'Assemblée"... Il répond : "Villepin, quittez ce costume ridicule !". La presse économique, de son côté, garde un oeil sur les aléas de la vie politique française, tant il est vrai que politique et économie sont intimement liées. Mais ce matin, c'est la crise financière et les risques de récession américaine qui font les gros titres. "Les Echos"... "La Tribune"... ..."Nouvelle action massive", "Intervention choc" des grandes banques centrales face à la crise. L'injection de liquidités sur les marchés monétaires dope les places boursières, aux Etats-Unis comme en Europe... Les marchés se détendent, les actions et le dollar rebondissent, l'euro et le prix du baril s'éloignent de leurs inquiétants records. Cet épisode ne semble pas rassurer Eric Izraelewicz. Dans "La Tribune", il constate que le geste des banques centrales est aussi interprété "comme l'expression d'une certaine panique de la part des autorités face à la crise". Il le dit : "C'est toujours l'ambivalence des armes des banquiers centraux : à vouloir trop rassurer, ils inquiètent. Ils doivent donc les manier avec subtilité. Pas en menant de colossales opérations comme celle d'hier". Dans "Le Figaro Economie", vous lirez que (malgré la crise) en France, les investisseurs sont "optimistes". De leur côté, les 40 plus grands groupes français cotés en Bourse vivent une phase de réjouissance. En Une de "La Tribune", vous lirez : "Nouveaux bénéfices record en 2007 : 99 milliards de profits pour le CAC 40" (3 milliards d'euros de bénéfices nets de plus l'an dernier qu'en 2006). "Libération" épingle "l'insolente santé des entreprises du CAC 40". Jean qui rit, et Jean qui stresse. Les grands patrons engrangent ; les salariés dépriment. Ca peut paraître simpliste ; c'est l'une des leçons qu'offre la lecture de la presse ce matin. Il y a comme ça, parfois, dans vos journaux, quelques voisinages, quelques mitoyennetés terribles. Dans "Le Dauphiné Libéré", dans "La Nouvelle République du Centre-Ouest", vous lirez que "le stress au travail inquiète le gouvernement". "Tous stressés... Comment résister à la pression ?" : c'est le dossier, cette semaine, du "Nouvel Observateur", "Le Nouvel Obs" qui accroche en couverture une photo du maire de Paris dans une posture de Citizen Kane, à côté de ce titre : "Ses alliés affaiblis, ses adversaires KO... Delanoë enfin libre !". Mais revenons sur le stress au travail... Un rapport lui est consacré. Il sera remis dans la journée au ministre de tutelle Xavier Bertrand. ...C'est aussi (cela figure aussi) dans l'agenda politique de cette journée du 12 mars... Au Sénat, un groupe de travail de la Commission des Affaires culturelles planchera aujourd'hui sur la question suivante : "A quoi sert le Baccalauréat ?". ...Ca me permet de vous parler de cette "loterie du Bac" (à quelques nuances près, l'expression revient dans pas mal de journaux ce matin). "L'Est Républicain" précise, dès sa page Une, qu'"un chercheur du CNRS a refait corriger des épreuves des académies de Dijon et de Besançon par une trentaine de professeurs. Il a découvert que les notes pouvaient varier de 8 à 18 pour un même élève". "Le Bac, juste une question de hasard...", titre "Libération" dans sa rubrique "Education"... manière de se rappeler qu'il y a 40 ans, au printemps 1968, toute une tranche de lycéens et de correcteurs ont dû à un "drôle de hasard" d'empocher et de décerner le Bac sans même avoir eu besoin d'y travailler.

Alain LE GOUGUEC

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