Dans des centres d'éducation renforcés des Vosges, des éducateurs battent et méprisent et moquent les adolescents dont ils ont la charge, l'Obs. Une femme que nul n'aimait car elle était agressive et "toujours bourrée", est morte, tuée par son compagnon, il n'y a pas de partie civile aux Assises, le Monde.

On parle d'un enfant...

Qui s'appelait Sami et n'avait pas 17 ans et préparait un bac pro à
Bordeaux mais en fin de semaine revenait à Agen où vivait sa maman, et
qui dimanche dernier était au Mac-Donalds quand est venu devant lui un
autre garçon qui avait été son copain quand ils étaient petits mais
ils ne s'aimaient plus et ils s'étaient battus... L'autre garçon avait
un pistolet de calibre 7,65, il a tiré plusieurs fois et Sami est mort
un dimanche, et hier on marchait pour lui dans les rues d'Agen, vous
lisez cela dans la Dépêche, dans le Petit bleu, dans Sud-Ouest.
On voit donc une petite foule d'enfants vêtus de noir ou de blanc  des
joggings, des capuches des survêtements, qui suivent un autre garçon
bouclé au regard épuisé, en fauteuil roulant, qui porte un bouquet de
fleurs blanches, il s'appelle Karim, et au Mac do lui aussi a pris une
balle mais seulement dans la jambe et quand sa jambe lui faisait mal à
cause du tressautement de son fauteuil sur les pavés,  son amir Sophia
faisait ralentir cette marche dont elle était la meneuse. Sur les
tee-shirts souriait Sami qui était du Cap-Vert par papa, du Maroc par
maman, mais d'Agen par sa vie par son club de foot, par ses amis et
pour sa mort; chacun l'aimait a dit sa tante et que vous dire d'autre
ce matin pour ralentir le temps.

Ah oui ceci. Après la marche une jeune fille a pris un couteau et en a
poignardé une autre, près de la gare, un coup de couteau au poumon,
perforé, elles ont toutes deux 17 ans;  L'une était pour Sami, l'autre
pour son meurtrier lis-je dans la Dépêche, où je lis également que
deux lycéens ont agressé un collégien et ont été placés en garde à
vue, là encore, à propos de Sami qui n'avait pas demandé ça.

On parle d'enfants ce matin, que le coronavirus épargne mais ils
risquent gros les enfants quand la vie tourne mal. Dans l'Obs lisez
comment dans les Vosges, dans deux Centres d'éducation renforcés, à
Kreuzberg et Climont, des adultes éducateurs battent violentent les
adolescents dont ils ont la charge, les disciplinent et les «
défoncent » au judo, à la lutte, dans des étranglements des balayettes
et puis les moquent sur un groupe Whats'app où entre « éducs » on
parle ainsi de ces enfants qui ont dérapé et dont nul ne veut plus : «
fils de putes », « fou malade », « fils à maman », « poule », «
demeurés ». Cela dure depuis des années en dépit des alertes...

Dans Paris-Match, l'écrivain Gael Faye, que vous avez reçu Léa, est
retourné au Rwanda,  où dans des villages les enfants n'ont rien mais
il dit ceci... « Je ne ressens pas de misère, c'est plus dur dans
certains coins de France ».

Touché.

Le Monde raconte une femme....

Car les gosses n'ont pas le monopole du malheur. Et il faut être
endurci pour accepter ce que fut la vie de Nathalie Tison, que son
compagnon tua de trois coups de cendriers sur le crâne avant d'aller
se coucher en février 2018, après qu'elle l'eut traité de fils de
pute... C'est une histoire d'alcoolisme et de coups et de dénouement
prévisible, « il me tuera » disait parfois Nathalie que l'on n'aimait
guère à Bar-sur-seine où elle est enterrée au carré des indigents,
elle était agressive, « toujours bourrée », il n'y a pas de partie
civile au procès aux Assises de son tueur qui commence aujourd'hui.

Faut-il s'excuser de vous lire ces horreurs? Nous pouvons nos reposer
à la beauté de la chanteuse Angèle, en rose en Une de Paris-Match, qui
est l'idole des jeunes, qui manifestait le 8 mars un bonnet « make
women safe again » sur la tête, son frère fait du rap, elle aima un
danseur et aimerait maintenant une youtubeuse, elle est venue à
nous,comme un ouragan écrit Match, étrange référence que Stéphanie de
Monaco? Angèle serait « subversive sans être agressive » lis-je en
couverture...

Le magazine féministe sur internet Cheek proteste contre la couverture
de Match... elle y voit le retour du cliché sexiste sur les féministes
acceptables et la trahison des colères d'Angèle qui chanta « Balance
ton quoi »...

Si le rose est illusoire, il faut regarder l'ignominie du monde. Match
le sait  qui racontant ces enfants de dix ans qui veulent se suivider
dans les camp de réfugié de Lesbos en Grèce où l'on ne veut pas d'eux.

L'humanité rend compte d'un livre "l'Age de la première passe", signé
d'un écrivain, Arno Bertina, qui est allé au Congo faire écrire celles
qu'on appelle « les filles vaillantes »:  des prostituées adolescentes
qui ont commencé à « faire la vie » à 12 13 ans et se racontent
maudites... Arno Bertina dit  qu'en France, il fréquenta les
prostituée mais se l’interdit auprès de ces adolescentes qui  lui font
penser à des landeaux cassés... Et sa part de noirceur, d’honnêteté
fait le prix d'un livre qu'on devine important.

Et des livres nous appellent donc ce matin...

Des livres que nos journaux évoquent dans leurs supplément ce jeudi,
et nous tirent de nous mêmes. Dans Libération, je découvre un
journaliste polonais du siècle dernier, qui partit jeune homme
raconter la guerre d'Espagne, et qui saisit son horreur et sa
révolution dans des mots jamais lus auparavant. Kswary Pruzynski,
évoque ainsi des nonnes réquisitionnées comme infirmières par le camp
républicain... « Elle était jolie et peut-être même belle. Elle avait
les mains pleine d'une infecte charpie sale souillée dégoulinante de
pus… Sa croix bon marché brillait encore plus clairement sur sa robe…"

De l’autre côté du fascisme fut Jérôme Carcopino, latiniste distingué
qui fut ministre de Pétain et chassa des juifs de l’’université, mais
écrivit aussi une indispensable biographie de Jules César dont le
Figaro dit les délices. Le même Figaro est épris des frères Goncourt,
qui détestaient le XIXe siècle où ils vivaient comme d’autres
abhorrent notre modernité: effet miroir pour un grand journal
conservateur. Une biographie des Goncourt sort, ma mauvaise humeur
s’en réjouit déjà.

L’Express et le Point font revivre un confrère, Pierre Péan, dont la
bonne humeur ne fut jamais abimée par les horreurs qu’il exhumait, et
dont on publie les mémoires posthumes. On ne résume pas cet homme ni
un livre, mais le retrouver interrogeant le grand résistant d’extrême
droite Pierre de Bénouville, lequel admettait des années après sa
détestation de Jean Moulin, donne un vertige quand on aborde ces êtres
qui font l’histoire et dont nous ne savons que des réfractions…

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