Décidément, la littérature n'est pas une activité convenable... Le Figaro Littéraire nous incite aujourd'hui à réserver chez notre kiosquier l'édition américaine de Playboy, au mois de décembre. C'est dans ce magazine de charme qu'on pourra lire en exclusivité les bonnes feuilles de "Laura", le roman posthume de Nabokov. Pas convenable, non. On peut être un génie des Lettres et un antisémite. Cette semaine, Les Inrockuptibles, après d'autres hebdomadaires, plongent avec délice dans la correspondance de Louis-Ferdinand Céline, publiée en Pléïade. Mais la polémique du moment, elle concerne le Prix Goncourt : Marie Ndiaye... Le député UMP Eric Raoult suggère par écrit au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand de soumettre les Goncourt à un devoir de réserve. En cause : l'interview que Marie Ndiaye avait accordée aux Inrockuptibles. Au passage, c'était près de trois mois avant de recevoir le Goncourt. L'Humanité reprend ses termes ce matin, et c'est vrai qu'elle ne donnait pas dans la subtilité. Au-delà des phrases sur Besson et Hortefeux "monstrueux" ou "l'atmosphère détestable depuis l'élection de Nicolas Sarkozy", il y avait cette phrase de Duras, que Marie Ndiaye lâchait avec force circonvolutions comme si elle ne l'assumait pas vraiment : "La droite, c'est la mort". Excessif, peut-être... D'ailleurs, l'écrivain elle-même le reconnaît. Mais de là à lui imposer un devoir de réserve, voilà qui suscite la bronca des Goncourt. Le Parisien-Aujourd'hui a demandé leur avis à plusieurs membres du jury. Réponse de Patrick Rambaud, qui est aussi l'auteur des "Chroniques du règne de Nicolas 1er" : "Non, mais de quoi je me mêle ? Quand on est Goncourt, on ne pénètre pas dans la cour de l'Elysée entre deux rangs de gardes républicains, et on n'en ressort pas avec un coup de pied au cul quand on n'est plus en cour". Réponse enfin de Bernard Pivot : "Imaginez ce devoir de réserve appliqué à Malraux : il n'aurait jamais fait la guerre d'Espagne. On ne peut pas dire des choses comme ça : nous sommes dans un pays démocratique". Ecrivains et politique : c'est une longue histoire en France. Cette semaine, dans Le Point, Alain Duhamel chronique le livre de Stéphane Giocanti : "Une histoire politique de la littérature". "La France est un pays baroque, où les hommes politiques se piquent de littérature et où les écrivains entendent influencer la politique". Au passage, il leur arrive de se tromper lourdement. Le grand Victor Hugo lui-même a apporté sa caution à l'entreprise coloniale. Et il est arrivé à Emile Zola, l'homme du "J'accuse", de glorifier la notion de races. Conclusion provisoire de Franz-Olivier Giesbert, toujours dans Le Point... En cette époque de commémorations, FOG rappelle que l'on va bientôt célébrer les 50 ans de la mort d'Albert Camus, cet homme qui a refusé les partis extrémistes sous la guerre d'Algérie. "Pourquoi Camus reste-t-il à ce point d'actualité ?", demande Giesbert. Et il cite les mots d'un autre Prix Goncourt à propos d'Albert Camus, Jacques-Pierre Amette : "C'est sa vulnérabilité révélée, écrite, répétée, ressassée, qui nous le rend proche et vrai". (Nicolas Demorand : "D'autres histoires glanées dans la presse, Bruno")... L'histoire d'un automobiliste sans permis qui se déguisait en policier pour être tranquille... Il a assisté à un accident de voiture la semaine dernière sur la route entre Annecy et Sévrier, en Haute-Savoie. Il est sorti de sa voiture avec la panoplie complète : uniforme, gyrophare et plaque de police. L'un des conducteurs accidentés l'a trouvé bizarre : il a relevé sa plaque d'immatriculation, et les gendarmes ont découvert le pot-aux-roses. C'est à lire aujourd'hui dans Mon Quotidien, Le Journal des 10-14 ans. Objectif : 30% de boursiers dans les grandes écoles... C'est la promesse de la ministre Valérie Pécresse aujourd'hui dans Les Echos. "Il ne s'agira pas d'une moyenne, dit-elle, mais d'un objectif pour chaque établissement". Dominique Strauss-Kahn peut-il sauver le Parti Socialiste ? Sondage dans Le Parisien, ce matin... Il est jugé "compétent et doué du sens de l'Etat". Mais, pour 49% des personnes interrogées contre 34, il ne ferait pas un bon Président de la République. Le principe d'un droit à l'oubli sur Internet progresse... Dans Libération, la secrétaire d'Etat Nathalie Kosciusko-Morizet imagine un système de labellisation : les sites devraient dire clairement s'ils garantissent ou non l'anonymat des internautes. Je vous le disais : cette semaine est celle de toutes les commémorations, de l'amitié franco-allemande et des grands discours européens. Mesdames-Messieurs, le Général de Gaulle commente l'actualité... (Extrait) De A à Z : cette célèbre tirade pourrait être un éditorial publié ce matin... Car, oui, des vingt ans de la chute du Mur de Berlin à la réconciliation franco-allemande sous l'Arc de Triomphe, on a beaucoup crié : "L'Europe ! l'Europe !". Mais quand il s'agit de donner dans le concret, c'est une autre affaire. "Europe, intenses tractations pour désigner le président" : voilà la Une du Figaro. "Intenses tractations" : vous pouvez traduire par "Joyeux bazar"... joyeux bazar que décrit Jean-Jacques Mével, le correspondant du Figaro à Bruxelles... "Le plus dépité, c'est l'actuel président de l'Europe : le Premier ministre suédois. Quand vous parlez avec 26 collègues, vous obtenez plus de noms que de postes à offrir. Tout se déroule à huis-clos ou par procuration, explique Jean-Jacques Mével, qui décrit les lignes de fracture : grands pays contre petits, Grande-Bretagne contre axe franco-allemand... Théoriquement, un nom devait sortir du chapeau dans une semaine pile, mais ce n'est même plus sûr. La partie risque de se dénouer tard dans la nuit du 19 au 20 novembre, et par un vote au lieu d'une décision par consensus". Le nom qui semblait se dégager ces derniers jours, c'est celui de l'actuel Premier ministre belge, Herman Van Rompuy. Mais après Tony Blair, lui aussi semble avoir du plomb dans l'aile. Et Le Monde donne une explication : depuis qu'il est entré en fonction il y a un peu moins d'un an, les tensions entre Wallons et Flamands sont retombées en Belgique. S'il quittait son poste, elles pourraient reprendre de plus belle. Dans son édito du Figaro, sous le titre : "Improvisation européenne", Pierre Rousselin engueule les chefs d'Etat européens, comme des gamins qui n'auraient pas préparé leur examen... "Les 27 ont eu amplement le temps de s'organiser pour ce moment historique : le choix d'un président. Et pourtant, rien n'a été fait". (ND : "Encore quelques informations plus insolites, Bruno")... Plus virulent que l'antisarkozysme ce matin, dans la presse : les tacles à Raymond Domenech... A deux jours du match de barrage Irlande-France en Coupe du Monde, la Une de L'Equipe est sans équivoque. On voit quatre joueurs irlandais puis, à côté, Raymond Domenech : "Leur chance, c'est lui !". Les Irlandais jugent l'entraîneur français incompétent. Même les anciens : Tony Cascarino par exemple, qui a joué autrefois pour l'OM et qui est aujourd'hui consultant pour le Times. "En Angleterre, et même en Irlande, Domenech aurait été viré depuis longtemps. Franchement, je ne comprends rien à ce qu'il fait. Avec autant de bons joueurs à sa disposition, il n'a toujours pas fait une équipe". Un ancien sélectionneur irlandais fait lui aussi monter la pression : il compare Domenech à l'actuel entraîneur de l'équipe d'Irlande, Giovanni Trapattoni. "Contrairement à Domenech, il a presque tout gagné. Avec lui à sa tête, la France serait déjà qualifiée pour la Coupe du Monde. Et avec Domenech, l'Irlande déjà éliminée". Tout autre sujet, dans Le Point... Un musée magnifique... On y trouve des toiles de Vermeer, Rembrandt, Cézanne, Monet, Matisse ou Picasso... Ce musée, c'est un livre : un livre de reproductions de 120 chefs-d'oeuvre volés et jamais retrouvés. Champion toutes catégories des artistes pillés : Picasso... 642 vols recensés à ce jour. Il paraît que chez les bandits, avoir volé un Picasso, c'est une carte de visite. L'auteur de ce livre intitulé "Le Musée invisible", Nathaniel Herzberg, raconte l'histoire de chaque tableau comme un roman. Exemple : "La plage de Pourville", de Claude Monet... Il était exposé au musée de Poznan, en Pologne. Au mois de septembre 2000, pendant plusieurs jours, un faux étudiants des Beaux-Arts a exécuté une copie de la toile. Puis, lors d'un moment d'absence de la gardienne, il a fait l'échange avec l'original. Le vol d'oeuvres d'art est la quatrième entreprise criminelle mondiale. Décidément, l'art n'est pas une activité convenable... Bonne journée...

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