Patrick Cohen : Comme tous les vendredis, la Revue de Presse à deux voix. La presse française dans l'œil d'Yves Decaens. Bonjour Yves. Et la presse internationale lue par Guyonne de Montjou. Bonjour Guyonne. Mais pour commencer, on parle du G20 auquel personne ne croit... Yves Decaens : Le « G vain (VAIN), comme dit Jacques Attali dans Le Parisien. Il sait de quoi il parle l'ancien sherpa de François Mitterrand, il en a connu des sommets internationaux (les G7 à l'époque). « Disons, explique Attali, que c'est utile pour afficher une photo souriante qui montre qu'il n'y a pas de situation conflictuelle extrême ». « Mais c'est tout. Rien ne peut se régler dans une réunion de ce genre où il n’y a aucun moyen d'appliquer les décisions qui pourraient être prises ». « En fait, ajoute Attali, le G20, c'est le camouflage d'un super pouvoir donné aux deux plus grands : les Etats-Unis et la Chine. Le G20, c'est un G2 ». Dans Le Figaro, l'essayiste Guy Sorman ne dit pas autre chose, en soulignant ce qu'il faut ne pas attendre du G20 dont la principale vertu est d'exister. Déjà, tout a mal commencé hier soir avec Barack Obama qui défend la politique de la Réserve Fédérale Américaine qui a choisi de faire tourner la planche à billets pour 600 milliards de dollars, ce qui revient à dévaluer au détriment des économies concurrentes. Et voilà l'Amérique isolée… Partout, ce laxisme et cet unilatéralisme ont soulevé un tollé. A lire dans Les Echos La Tribune, Le Monde, Le Figaro. Aujourd'hui, remarque Pierre Rousselin dans Le Figaro, c'est un peu les Etats-Unis contre le reste du monde. Guyonne de Montjou : Il y a aussi un pays qui est contre tout le monde, c’est la Corée du Nord, voisine ces jours-ci des grandes discussions du G20. Le Guardian annonce ce matin qu'elle serait sur le point d’attaquer le sommet des chefs d'Etat. A Séoul, la délégation britannique est paraît-il, affolée. David Cameron en a même parlé hier à son homologue sud-coréen. Il faut dire que la paranoïa de Pyong Yang est géopolitique. La Corée du Nord est tellement isolée sur la scène internationale qu'elle pourrait se sentir insultée qu’à 80 km de ses frontières, les grands de ce monde discutent de l’avenir de la planète sans la consulter. Pour se faire remarquer, Pyong Yang pourrait par exemple, faire un essai nucléaire, ou une incursion dans les eaux territoriales voisines ou pire, mais moins probable, selon le Guardian, lâcher des ballons dans le vent qui porte au sud, avec des poudres toxiques à l'intérieur. Ce qui ne rassure personne, c'est que le chef d'orchestre de ces hostilités serait « Kim Young Un »... Vous savez, le dictateur en herbe de 27 ans, celui qui a été désigné le mois dernier pour succéder à son père à la tête du pays. Le Guardian tient l’information de source officielle… Hier soir, Hillary Clinton a demandé au président Chinois de peser de toute son influence pour dissuader la Corée du Nord de commettre l’irréparable. Coté français, le G20 c'est aussi de la politique avec le duo Sarkozy-Strauss-Kahn. Y aurait-il, Yves, une présidentielle à l'horizon ? Yves Decaens : Il est le président du monde pour un an. Président du monde, enfin ! Philippe Mabille dans La Tribune le dit très bien : « Pour un homme, Sarkozy, qui a toujours souhaité donner de la voix hors des frontières, cette présidence française du G20 c'est une consécration. Même si président du monde, ce n'est pas une garantie pour redevenir président de la France. D'autant ajoute Mabille, qu'en filigrane, se profile un match avec DSK, le patron du FMI. Alors, qu'on se le dise, les deux hommes n'auront pas de tète à tète. Le Parisien prévient dans un encadré qu'aucun aparté n'a été prévu. Leur grande rencontre, ce sera le mois prochain à l'Elysée. Et pas la peine d'en attendre quoi que ce soit du point de vue de la politique intérieure ou des débats internes au PS. Les amis de DSK sont très clairs la dessus, ils l'ont dit à David Revault d'Allonnes dans Libé : « Il a d'autres préoccupations le patron du FMI, que de commenter un texte (ce fameux texte de Benoit Hamon sur l'égalité réelle), un texte dont on nous dit (ce sont toujours les strausskhaniens qui parlent) qu'il n'est qu'une étape parmi d'autres. Bref, tout en contorsions les strausskhaniens dont la stratégie ne manque pas d'intriguer leurs collègues du PS, surtout depuis, je vous le donne en mille, depuis qu'Anne Sinclair a été l'invitée du Grand Journal sur Canal+. Pour beaucoup, c'est un geste politique et Dominique de Montvalon s'en amuse dans France-Soir. Madame Strauss-Kahn a relancé les spéculations sur son mari dont elle se défend d'être le porte-parole. Mais bon, il est évident dit-il, qu'elle n'a pas surgi là comme ça, en passant à la veille du G20 dont son mari est un participant vedette. Guyonne de Montjou : Il est en vedette aussi, le président français, dans la presse américaine. Mais pas au sujet du G20. La question est posée dans le Washington Post : « La France aurait-elle violé les lois de la guerre en aidant l’Arabie Saoudite à régler un conflit à sa frontière avec le Yémen ? ». C'était l'année dernière. Le quotidien américain raconte que Ryad a d’abord demandé aux Etats-Unis de lui fournir des images satellites nettes et précises pour pouvoir frapper les rebelles chiites zaïdites à sa frontière. A l'époque, l’Etat major américain a refusé. Les lois internationales interdisent à un pays tiers d’intervenir même indirectement, dans une guerre frontalière. Les Saoudiens se sont alors tournés vers la France qui a dit « Oui »... Officiellement, pour éviter que des frappes trop imprécises touchent les populations civiles. C’était il y a juste un an, à l’occasion de la visite de Nicolas Sarkozy dans le royaume. Le Washington Post précise que le soir même de son arrivée, les images des combattants, de leurs camps d’entrainement et des dépôts de matériel étaient à disposition. L'Arabie Saoudite a pu mater les rebelles chiites en quelques semaines. Et cela vaut à la France une vive reconnaissance. L'Histoire dira si cette aide a été payante. Ryad s'apprête en effet à déposer des appels d'offres auprès d'entreprises occidentales pour acquérir ce système qui peut observer à plus de 3 km de distance. Patrick Cohen : En France, les élèves d'un lycée de Seine-et-Marne ont été obligés de rédiger un devoir sur la réforme des retraites… A priori, rien d'anormal après tout... sauf, comme le raconte Laurent Mouloud dans L’Humanité, que ces dix élèves d'un lycée de Combs-la-Ville avaient organisé le blocus de leur établissement pendant les manifs. ils ont été exclus 48H, comme beaucoup d'autres partout en France. Mais là en plus, ils ont écopé de cette drôle de punition : un devoir à rendre sur la réforme Woerth. Représenter sous forme de graphique l'évolution de l'espérance de vie depuis 46 et répondre à cette question : le départ à la retraite des salariés facilite-t-il nécessairement l'accès à l'emploi des jeunes ? Une façon de poser des question légèrement orientée et qui revient à demander, commente Laurent Mouloud, copiez-moi 100 fois « je ne dirai plus de mal de la réforme Woerth. Voilà, on notera que les élèves incriminés ont été repérés par leurs appels à manifester lancés sur Facebook. A ce propos, juste un mot de cette décision qui fera peut-être jurisprudence, décision du Bureau Américain du Travail que rapporte Pierre-Yves Duga dans le supplément éco du Figaro. Pour lui, le labor relations board, un salarié a parfaitement le droit d'insulter son chef sur Facebook. Discuter sur Facebook ou autour de la machine à café, c'est pareil. Ca reste en privé. Le licenciement de ce salarié qui avait traité son chef de malade mental pourrait donc être invalidé. C'est un tribunal qui en décidera. Patrick Cohen : Et pour finir Guyonne, une histoire de vacances qui tourne mal. Elle est en Une de la plupart des journaux américains… Guyonne de Montjou : Eh oui, c'est une croisière en paquebot qui s'est transformée en cauchemar. Lundi dernier, 4.500 vacanciers sont partis de Californie pour une semaine au large du Mexique. Mais dès la première nuit, un incendie dans la salle des machines a coupé le courant sur tout le bateau. A 90 km des côtes, sans électricité, les passagers de cette ville flottante ont vécu un calvaire. Ils racontent à USA Today, que l’odeur était si pestilentielle dans les cabines qu'ils ont du dormir sous les tables, dans les salles communes. C’était un égout flottant. Viande crue, chaines humaines pour monter les cuvettes de purée froide dans les étages, parce qu’ascenseurs en panne, pas d’air conditionné, et tout ça coupé du monde, sans téléphone portable parce que plus de courant pour les recharger. Bref, le cauchemar s’est terminé hier soir, le bateau a été convoyé par les militaires américains jusqu’à San Diego. La compagnie a promis aux passagers furieux, un remboursement complet, bien sûr, mais surtout une nouvelle croisière gratuite, et propre cette fois ! Mais rien n'y fait, le traumatisme est parait-il trop lourd. Pour beaucoup de ces passagers, il n'est plus pour eux question de remettre un pied à bord. La croisière ne les amuse plus !

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