(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : cas de conscience

(Bruno Duvic) L'Homme est arrivé blessé à l'hôpital de Kobané en Syrie un après-midi de la mi-août. Dans un sale état. Deux balles dans le corps. Il saigne beaucoup. Il faut opérer. Groupe sanguin du malade : B+. C'est un combattant du groupe état islamique.

Le médecin s'appelle Nawaf Chahine. La région de Kobané, il y est né. Il a vu, en cet été 2014, les mâchoires de l'Etat islamique se refermer sur ces terres où il a grandi.

Groupe sanguin B+... Il n'y a qu'une personne au bloc de l’hôpital qui puisse donner son sang au malade : le médecin lui-même.

En fumant clope sur clope, cet homme de 37 ans raconte à Jean-Louis le Touzet dans Libération .

"Je l'opère. Trois jours plus tard je visite le patient. J'appréhendais, car ça me coutait, au fond de moi, d'avoir donné mon sang. Il ne comprend pas ce qu'il fait là. Ses yeux roulent. Il dit : 'je croyais que vous étiez des chiens de mécréant. Je me suis trompé sur tout, j'ai été trompé."

Le médecin poursuit le récit, en se passant les mains sur le visage, comme pour l'essuyer.

"J'ai sauvé cet homme, je ne saurai jamais s'il était sincère ou pas. C'est étrange de donner une nouvelle vie à un jeune homme qui aura passé le meilleur de ses années à vouloir massacrer des gens comme moi".

Ils sont douze médecins à intervenir par roulement à Kobané. Jamais plus de six sur place. Les autres sont de la frontière turque à quelques kilomètres. Au cas où un obus tomberait.

Nawaf Charif, écrit Jean-Louis le Touzet, à le voir comme ça, on dirait une forteresse massive. "Mais à l'intérieur, dit-il, c'est pas beau à voir".

La guerre en Syrie dans la presse, la crainte aussi que d'autres affrontements éclatent entre israéliens et palestiniens. Israël redoute une troisième Intifada titre Le Figaro . Région sur un volcan dans l'édito du journal. A la Une de L'Humanité : « Colonisation et occupation : les Palestiniens n'en peuvent plus ».

Cas de conscience, sans doute, aux Inrockuptibles

La petite histoire retiendra qu'avec ce numéro du 12 novembre 2014, Les Inrockuptibles , journal de la gauche bobo et branchée a quasiment fait campagne pour Alain Juppé. Les abonnés ont sans doute fait un bond en voyant la Une de la semaine. Alain Juppé, dans une posture à la fois cool et de défi, remonte le col de chemise. En titre : « Juppémania, le moins pire d'entre eux ? »

Dilemme, aux Inrocks , le directeur de rédaction, Frédéric Bonnaud ne le cache pas. Son édito ressemble à une conversation qui a sans doute eu lieu dans les couloirs de l'hebdomadaire.

  • Ne me dis pas que tu irais voter Juppé, le psychorigide droit dans ses bottes des manifs de 1995, l'homme de Chirac condamné dans l'afaire des emplois fictifs ?

  • Et toi ? T'as envie d'un second tour Le Pen/Sarkozy à la présidentielle.

  • Arrêtes, tu m'énerves.

« L'effet Juppé », dossier avec longue analyse et interview. Ce n'est peut-être qu'un moment, écrit l'hebdomadaire, comme il y eut les moments Barre, Balladur ou Bayrou... « Que le curseur de la hype politique soit placé sur Alain Juppé est surréaliste mais pas anodin. A droite et au centre, sympathie d'un électorat qui ne veut pas du retour de Nicolas Sarkozy. Et une partie de la gauche déboussolée voit en lui un recours contre un duel le Pen/Sarko à la présidentielle. »

Et pourtant, constatent Les Inrocks , même quand il parle à un magazine de gauche, le maire de Bordeaux reste foncièrement un homme de droite. Illustration dans l'interview à propos de l'économie, de l'immigration ou de la PMA.

Les Inrocks sont-ils en train de virer leur cuti ? En tout cas, ils n'ont plus beaucoup de sympathie pour le parti socialiste. A la rubrique « La Courbe », qui décrit toutes les tendances du moment, on peut lire cette phrase, comme une vanne que l'on se lancerait à la machine à café : « Le parti socialiste ressemble à une fin de soirée qui tire en longueur alors que tout le monde a déjà perdu sa dignité. »

Fin de soirée qui tire en longueur cette affaire Jouyet-Fillon. Dans Le Figaro , le déjeuner du 24 juin raconté par le troisième homme : François Fillon n'a pas demandé au secrétaire général de l'Elysée d'intervention du pouvoir dans les affaires qui concerne Nicolas Sarkozy assure Antoine Gosset-Grainville. Dernier en date à appeler à la démission de Jean-Pierre Jouyet : François Bayrou sur lepoint.fr .

Cette nouvelle affaire, délice pour Le Canard Enchainé . Dessin de Lefred-Thouron. François Hollande désespéré.

« - Mes ministres, ma compagne, mon bras-droit, je ne vois pas qui pourrait me nuire désormais. Réponse de Manuel Valls à ses côtés :

  • Ben toi. »

Quoi d'autre dans la presse ?

  • « Aides sociales, l'arrêt choc de la justice européenne ». Manchette des Echos . Les Etats membres ne sont pas obligés de distribuer des prestations sociales à des citoyens d'autres Etats membres qui se rendent sur leur territoire dans chercher de travail. Selon Les Echos , cette décision de justice est une aubaine pour le Front national en France.

  • Dieudonné et Alain Soral créent leur parti politique. Information de Mediapart . Son nom : Réconciliation nationale, parti présenté comme antisystème, les deux estiment que le Front national est entré dans le système. Lancement via une vidéo où ils multiplient les commentaires antisémites. Le parti s'expose à une procédure de dissolution, écrit Mediapart .- La délicieuse manchette du Progrès de Lyon. Dans le Grand Lyon, il y a autant de rats que d'habitants ! La montée des eaux et le froid sont propices aux apparitions de rongeurs.

    • La ville de Nantes en vedette dans le classement L'Express des hôpitaux et cliniques. Nantes en tête de huit rubriques. Davantage que la région parisienne.

Mais la vedette du jour indiscutablement s'appelle Rosetta. A la Une du Parisien-Aujourd’hui en France , de Libération , du Figaro , entre autres.... Récit de l'épopée et trompettes pour l'Europe. « L’Europe tente de se poser sur une comète », titre Le Figaro . « Rosetta montre ce que peut construire ensemble l'Europe » écrit François Sergent dans l'édito de Libération . Elle largue donc aujourd'hui son petit robot sur la comète Tchouri.

Les robots stars… Ils font la Une du magazine Science et Vie ce mois-ci : « Leur intelligence dépasse déjà la nôtre ». Il est question ici de tous ces robots, projet, prototypes ou machines bel et bien en marche qui nous accompagnent de plus en plus dans notre quotidien. Capables d'être chroniqueurs, peintres, consultants, assistants, psychologues.... Ils sont plus fiables, plus experts, plus endurants que nous, et de plus en plus autonomes. Exemple du robot Ellie, développée en Californie du Sud. Ellie est une psychologue virtuelle, elle se présente sous la forme d'une jeune femme qui vous écoute sur un écran plat. Webcam, capteur de mouvement, micro, elle traque le moindre signe d'émotion en bavardant avec nous. 68 points de notre visage sont traqués. Au moindre mouvement, elle repère l’anxiété, le début d’une dépression…

Bienvenue dans la vallée de l’étrange ! La vallée de l’étrange, c’est ainsi que les psychologues ont baptisé le sentiment qui étreint l’homme confronté à des robots qui lui ressemblent un peu trop. Les robots qui nous ressemblent sont-ils effrayants ou attirants ? Cas de conscience…

A demain !

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