Libération dissèque un film atroce de complots sur le Covid, qui se répand via internet. La philosophe Cynthia Fleury, dans la Vie, décrit notre époque de "ressentiment" et "d'auto-empoisonnement". La Croix raconte les gardiens de prison au risque de la radicalisation islamiste portéepar des détenus.

On parle de deux musiciens...

Qui  sont les amis d'un écrivain dans un village de l'Ouest de la France, Arthur est accordéoniste et il a dans ses yeux bleus la franchise d'un enfant, Patrick est pianiste et percussionniste et un génie du jazz, et on en a fait de la bonne musique au bistro chez Paulo aux murs tapissés de unes de Charlie hebdo... L'écrivain Emmanuel Ruben, se souvient de tout cela, et raconte dans le Un la plus triste des histoires... 

Au printemps dernier, le vendredi 15 mai, retrouvant enfin ses amis Chez Paulo le confinement levé, il s'est aperçu que Patrick et Arthur avaient changé; en quelques semaines ils s'étaient moulés dans ces certitudes qui poussent sur internet, adeptes du professeur Raoult et du philosophe Onfray et de plantes médicinales et de divers gourous,  et les redécouvrant  l'écrivain Ruben entendait une langue étrangère lui parler à travers ses amis. Ils allaient l'initier à leur nouveau monde loin de sa raison en mangeant une pizza sur les bords de la Loire.  Arthur et Patrick n'iront plus dans les grands magasins mais s'habilleront à la friperie, ils ne liront plus Ouest-France au zinc de chez Paulo ni n'écouteront France inter ou France 2, ils couperont Netflix Gmail et Amazon, et Wikipédia aussi, ils  n'activeront plus la 4G de leur téléphone pour ne pas être espionnés, mais ils conserveront les réseaux sociaux pour s'abreuver "d'informations alternatives" sur ce qui nous menace. Le Président Macron installé par les Rothshild, le virus du covid qu'on a fabriqué en laboratoire pour que Bill Gates et les compagnies pharmaceutiques puissent imposer un vaccin au monde, vaccin qui rendra nos enfants autistes et ainsi vulnérables aux réseaux pédophiles et satanistes que manipulent Brigitte Macron, le prince Andrew et Barack Obama, mais dont Donald Trump combat l'influence maléfique... 

Et tout ceci Emmanuel Ruben le retranscrit dans une terreur abattue, ses amis sont heureux de croire connaitre le dessous des choses...  

Ruben, précisons n'est pas  un conformiste bêlant, il a bourlingué, il dirige dans l'Ouest une maison qui perpétue l'écrivain Julien Gracq, et au nom de Gracq et des libraires se bat contre un projet d'entrepôt Amazon, et a supprimé ses comptes Amazon Instagram et Facebook par refus de l'époque -il l'a dit au Courrier de l'Ouest... Mais sa révolte, qu'a-t-elle en commun avec l'errance de ses amis?  

Le récit de Ruben structure le numéro du Un entièrement consacré au complotisme, peste mondiale... et on est fasciné de lire la parfaite concordance des convictions entre nos musiciens de la Loire et les adeptes du mouvement Q-Anon, que l'Obs saisit tandis qu'il smanifestent sans masque pour Trump, contre les villes démocrates et pédophiles....  

Libération, sur son site, dans sa rubrique Check News, raconte les dessous d'un documentaire qui se répand ici sur le web, "Hold-U",p  qui prétend raconter la vérité sur le Covid 19 qui serait l'instrument des élites, voire une stratégie des riches pour exterminer les pauvres dans un crime contre l'humanité, ainsi parle une sociologue marxiste couramment sollicitée pour parler de la lutte des classes. Monique Pinçon Charlot est la rouge caution d'une élucubration complotiste, qui a déjà levé plus de 200000 euros sur des plateformes de financement participatif. Il y a dans nos pays envie de ses discours. L'actrice Sophie Marceau a posté hier l'affiche de hold-up sur son compte Instagram,

Allez lire pour comprendre notre désarroi la philosophe Cynthia Fleury qui décrit une époque perdue dans l'hebdomadaire la Vie, qui se demande comment l'école, dans un monde égaré, pourra à nouveau fabriquer des citoyens pensants, des républicains... Fleury dit que nous vivons un moment de "ressentiment", une "rumination victimaire", une "complaisance dans la plainte" qui nous piège et nous fait dénigrer le monde et nous même, elle parle "d'auto-empoisonnement" de l'individu... Ce mot, auto-empoisonnement, me poursuit.  

On parle aussi de prison ce matin...

Et d'un danger masqué mais celui-là réel. . La Croix est allée enquêter, sur les radicalisations islamistes dans les services publics, et parmi les agents exposés, les gardiens de prison sont les plus saisissants. Je lis que des gardiens glissent au contact de détenus qui savent repérer les failles psychologiques, les faiblesses, soudain on aperçoit un collègue qui fait sa prière musulmane avec un détenu radicalisé, il est d'autres exemples, mais que faire alors, dénoncer le collègue à la hiérarchie,  organiser son exfiltration discrète vers un poste où il ne pourra plus accéder à l'armurerie des matons? On flotte dans cet article dans un univers douloureux, qui ne va pas se raconter aux autres, puisqu'être gardien, c'est déjà vivre dans un monde que les autres ne comprennent pas...  

Cela fera demain cinq ans que des djihadistes frappaient Paris. Je lis dans Sud-Ouest l'itinéraire d'un père endeuillé, Daniel, père de Nicolas Classeau universitaire et amoureux du rock parti à 43 ans au Bataclan, Daniel était ingénieur, il est homme de gauche, il aimait que la France devienne multiculturaliste, mais après Charlie pris de doute il avait lu le Coran sans trop savoir, il a lu après la mort de son fils "Soumission" de Houellebecq et l'islamologue Gilles Kepel et il redoute désormais la violence qu'il voit dans le livre sacré de l'Islam. Il est comme tant de Français, mais lui a déjà perdu.   

Je lis dans les journaux d'autres tristesses. Ils sont à pleurer en une du Journal de Saône et Loire la mère et le beau-père de Pauline qu'on a retrouvée morte à vingt ans en janvier asphyxiée par le groupe électrogène d'un snack garé sur le parking d'une discothèque, et elle est à hurler, la vie de Pauline qui fut violée gamine et puis la proie jamais lâchée de réseaux proxénètes, ce genre d'histoire ébranlent notre humanité.

On parle enfin d'un écrivain... 

Dont le nom est associé  au totalitarisme, George Orwell entre dans la Pléiade, c'est un honneur pour cette belle collection, et Orwell magnifiquement raconté par le Monde fut une grâce pour l'humanité, on me parle de la courtoisie de la sincérité de la franchise qui accompagnait ses combats,   je lis aussi  que pendant la guerre d'Espagne où il s'était engagé, Orwell n'avait pas pu tirer sur un soldat de Franco qu'il avait vu courir en retenant son pantalon trop grand. "J'étais venu tirer sur des fascistes mais un homme en train d'empêcher son pantalon de tomber n'est pas un fasciste"... Orwell savait les corps, il heureux qu'il ait existé...

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