Bonjour ! Fermez les yeux. Imaginez. Imaginez-vous un vendredi d'octobre. C'est plutôt une belle journée, vous l'entamez par un tour au bistro. Café crème au bar, une cigarette... Vous trainez en parcourant "L'Equipe" (le XV de France jouera demain)... Le temps passé à envisager les Bleus en finale, vous le rattraperez sur l'autoroute en roulant à 130, pas plus vite (ce serait imprudent et ce n'est pas autorisé). Hop ! On se réveille. Le mois prochain, le lait dans le petit crème vous coûtera 20% de plus qu'aujourd'hui ("L'Est Républicain", ce matin, titre sur "Le prix du lait en ébulliton")... Dans moins de 3 mois, le 1er janvier, il sera interdit de fumer dans les cafés (les buralistes sont mécontents... "Bar-tabacs : il y a le feu" prévient "La Dépêche du Midi")... Et la vitesse sur autoroute ???... Peut-être sera-t-elle bientôt réduite de 10 kilomètres/heure : c'est ce que préconise (pour combattre la pollution) le groupe "climat" du "Grenelle de l'environnement"... "Le Havre-Presse" en fait son dossier du jour sous ce titre de "Une" : "120 kilomètres/heure sur autoroute... Faut-il encore limiter la vitesse ?". Limiter, réduire, interdire, "rééduquer" : "Coercition" est bien le mot du jour... ... Dans "La Charente Libre", Jacques Guyon revient sur ces "modules éducatifs destinés remettre sur le bon chemin ceux qui s'en sont écartés" en fumant du cannabis ou en élevant (mal) leur chien... Selon l'éditorialiste charentais, "il y a dans cette propension à vouloir nous délivrer du mal et à nous promettre une société du zéro défaut, une vie avec zéro accident, un excès de zèle qui nous interpelle"... "Voilà donc venu le temps des stages de rééducation". Cette société-là vous déplaît ?... ...Et le "principe de précaution", qu'en faites-vous ?... Il est inscrit dans la Constitution, et nul n'est censé ignorer la loi. Et si on le supprimait, ce principe de précaution ?... ...Vous le lirez dans Le Figaro : c'est ce que suggère le groupe que préside Jacques Attali, l'ancien "sherpa" de François Mitterrand, à qui Nicolas Sarkozy a confié le soin de dresser l'inventaire de tout ce qui pourrait relancer la croissance. En finir avec le principe de précaution ?... Revoir la Constitution ?... Un membre de la commission Attali se veut, en quelques mots, convaincant (voici ce qu'il dit) : "Avec le principe de précaution, nous n'aurions pas eu d'antibiotiques -trop risqué à créer-, pas d'Internet -par crainte des images pédophiles-, sans parler des voitures...". Un économiste, associé lui aussi à cette réflexion sur la croissance, argumente à son tour : "Dans l'innovation, il y a forcément une part d'incertitude, un risque à assumer". Dans leur rapport d'étape sur le pouvoir d'achat des Français, Jacques Attali et ses amis en viennent aussi à prôner une libéralisation totale de la grande distribution. "Le seul moyen de faire baisser les prix des biens de consommation consisterait à développer la concurrence". C'est toujours dans Le Figaro, où Mathilde Visseyrias nous apprend que, pour la commission Attali, "il est temps de restaurer la liberté tarifaire" (...) "Toute règlementation des soldes deviendrait inutile, et il serait possible de les étaler dans le temps". Et voici le plus spectaculaire, sans doute, de ce que préconise le groupe Attali (c'est au chapitre "Logement")... - Dans le logement social, "les loyers seraient modulés en fonction des revenus des locataires". - "Plus question qu'un bailleur réclame à la fois une caution et un dépôt de garantie" (ce serait l'un ou l'autre, d'ailleurs limité à un mois de loyer)... -...Et voici le plus beau ("un projet pharaonique", souligne Le Figaro) : construction (d'ici à 2012, d'ici 5 ans) de 10 villes d'au moins 50.000 habitants, des villes nouvelles baptisées "Ecopolis", qui apparaîtraient comme des laboratoires de l'écologie et de la mixité sociale, avec "technologies vertes et nouvelles techniques de communication". Le quotidien économique Les Echos s'attarde, lui aussi, sur cette étonnante proposition, en titrant : "La commission Attali veut faire surgir de terre une dizaine de villes modèles". Fermez les yeux. Imaginez. Imaginez l'avenir en France, des Français qui ne fumeront pas, qui conduiront moins vite, qui suivront des modules éducatifs dès qu'ils s'écarteront du droit chemin, qui n'auront peut-être plus de chiens (d'ici là, sans doute les aura-t-on interdits) : l'homme nouveau est peut-être en gestation. "EADS : Bercy se défend de toute pression"... C'est dans Le Parisien-Aujourd'hui en France. Le quotidien nous rappelle que Christine Lagarde a publié hier un rapport de l'Inspection des Finances sur le rôle de l'Etat dans ce dossier. Bercy "n'aurait eu aucune information privilégiée sur l'A380, ni fait pression sur la Caisse des Dépôts pour le rachat des parts de Lagardère". Dans le même journal, et en page Une, vous lirez "le coup de gueule du juge Halphen". Eric Halphen dénonce le fait que le chef de l'Etat veuille "dépénaliser le droit des affaires". Il craint "un enterrement" des dossiers financiers. Dans Ouest-France, l'universitaire breton Jacques Le Goff reprend à son compte cette réponse du Prix Nobel d'Economie Kenneth Arrow, à qui l'on demandait : "D'où vient la richesse des nations ?"... -... "De la confiance". Eh oui !... "La confiance est aussi une valeur économique" (...) "d'où l'effet désastreux -souligne Jacques Le Goff- de l'affaire EADS, affaire qui témoigne, de la part des 1.200 probables initiés, à l'égard de leur entreprise, d'une désinvolture de nature à renforcer l'idée selon laquelle les détenteurs du capital ne sauraient 'rouler que pour leurs intérêts'" (...) "Pas de confiance sans une condition élémentaire : le dépassement des intérêts particuliers par le souci des intérêts collectifs de l'entreprise, envisagée, non comme simple patrimoine à la disposition des bailleurs, mais comme un bien partagé". Et Nicolas Sarkozy, lui ?... En qui a-t-il confiance ? - En Patrick Balkany, que Le Parisien-Aujourd'hui en France présente comme "l'indispensable compagnon de voyage du Président", "porteur de messages" aux chefs d'Etat africains ? - En Cécilia Sarkozy, qui devait définir, après l'été, le rôle qu'elle jouerait à l'Elysée ?... ...Dans Le Midi Libre, Michel Richard le constate : "Rien n'est venu. Pourquoi ?". Au-delà des ragots et des spéculations (ce qu'on appelle plus volontiers des "rumeurs" ; c'est, pour mon confrère, une "énigme"), "ce serait un événement", aux yeux de Michel Richard, "si le Président de la République en exercice et sa femme se séparaient. Du jamais vu en France. Mais y aurait-il scandale ? ou drame ? ou seulement traumatisme ? Rien n'est moins sûr". L'éditorialiste du Midi Libre ajoute : "On n'est plus au temps rigoriste et sévère de Tante Yvonne, épouse de Gaulle. Ajoutons que les potins ont aussi cet avantage de préparer les esprits, de banaliser les choses pour le jour où un communiqué viendrait officialiser ce que tout le monde pensait déjà savoir". Et Rachida Dati, qui (nous annonce Daniel Ruiz, pour La Montagne) "va vendre sa réforme des tribunaux sur le terrain à partir d'aujourd'hui, région par région, 'à la découpe' pour éviter une réaction d'autant plus virulente qu'elle serait généralisée"... a-t-il confiance en elle, le Président ?... ...A en juger par son témoignage chez Drucker, Nicolas Sarkozy aime bien la Garde des Sceaux. Dans Libération, Daniel Schneidermann nous offre un "arrêt" ou un "retour sur images" en rapportant la performance druckerienne du chef de l'Etat venu, devant les caméras de France 2, encenser Rachida Dati. Et cette confidence. Le Président de la République décrit l'audience de rentrée à la Cour de Cassation, où il est venu accompagner sa ministre. Il raconte la salle, "les dignes magistrats tous semblables, vieux, blancs, solennels"... "On est au bord de voir la magistrature par les yeux de Sarkozy", raconte Schneidermann... "On a presque envie de rire avec Sarkozy, ce Sarkozy si espiègle, qui dessinerait bien des moustaches aux portraits des ancêtres si on le laissait. On se sent pousser du Sarkozy dans la tête. Puis, quelques lignes plus tard, ce constat : on quitte l'ivresse du moment, on dessaoule, et l'on réalise "le contenu de l'envoûtant spectacle" : on a vu le Président se moquer d'un des corps constitués de la République dont il a la charge. On l'a vu ridiculiser la magistrature". C'est donc en page "Rebonds" de Libération, sous la plume de Daniel Schneidermann. Nicolas Sarkozy, Rachida Dati... ...On les retrouve, dans l'hebdomadaire La Vie, caricaturés par le dessinateur Killoffer. Sous le titre : "Ouverture de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration : les enfants d'immigrés absents", Sarkozy et Dati, Dati et Sarkozy, tout dépités, les yeux au ciel, s'exclament ensemble : "On se sent exclus !". Elle est née en Perse (aujourd'hui République Islamique d'Iran), elle a grandi en Rhodésie (devenue Zimbabwé) : bref, cette ex-migrante, cette ex-déracinée est bien une "femme du monde", dans ce que l'expression a de plus noble. Doris Lessing, sacrée Prix Nobel de Littérature, a 87 ans (tout vient à point pour qui sait attendre). Dans Le Dauphiné Libéré, Didier Pobel nous dit que "tôt frottée au racisme et à l'apartheid, elle a gardé à jamais l'horreur des injustices. Ses livres en témoignent qui, tous, disent 'non'. Non aux idées aussitôt renvoyées que reçues. Non au 'politiquement correct'. Non à l'amour qui ne dérange pas. Non à la famille cliché. Non au féminisme qui ne serait que ça. Non aux petites histoires étriquées". Toute la presse, ce matin, rend hommage à celle que Pobel baptise joliment : "le Prix Rebelle de Littérature".

Alain LE GOUGUEC

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