(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : seul dans la ville...

(Bruno Duvic) On dirait le personnage de Voyage au bout de la nuit . Il en a le côté halluciné et le parcours chaotique. Voici l'histoire d'un blasphémateur. Il s'appelle Ghazi Beji. Il est Tunisien il a 28 ans. Il vit aujourd'hui cloîtré dans un appartement parisien, défendu par un comité de soutien international.

Halluciné et blasphémateur... Pour ce jeune homme, tous les problèmes des pays arabes viennent de la religion. Alors sur Internet, il n'y est pas allé de main morte. Caricature de Mahomet en pédophile. Verdict de la justice tunisienne : 7 ans et demi de prison.

C'est là que commence le voyage au bout de la Nuit, raconté par Isabelle Mandraud dans Le Monde . 7 pays traversés, 7 mois, d'Afrique du Nord en Turquie, de Turquie en Europe. Aussi hallucinant que son odyssée, qui le voit traverser des rivières et franchir des montagnes, ce sont tous les spectres qu'il croise.

Le voici dans une forêt de Macédoine en compagnie de 8 clandestins Nord-Africains. La police n'est pas loin.

Le voilà dans un camp de réfugiés en Roumanie, divisé en deux parties. D'un côté des Syriens, des Irakiens, aidés par une association américaine. De l'autre des Africains, des Asiatiques...

La situation de Ghazi le blasphémateur finit par être connue dans un autre camp. Un maboul de Dieu le mord au torse une nuit.

Au bout de l'errance Paris.

Tout cela n'est pas très gai, allez-vous me dire. Ce n'est pas fini ! L'hebdomadaire britannique The Economist consacre un article aux sans abri à Paris. On ne l'attendait pas forcément de ce magazine.

« Face au nombre toujours plus grand de sans-abri, la générosité de la ville est mise à rude épreuve » écrit le journal. Cruel, The Economist décrit une scène près du Canal St Martin. Deux longues files d'attente. D'un côté des bobos, devant un camion de restauration rapide mais gastronomique à la mode. Dans l'autre file, on attend le bus qui emmène les SDF vers des foyers.

La presse étrangère porte un regard noir sur la France, on en reparlera.

Seuls dans la ville : en couverture du magazine Books ce mois-ci une de ces jeunes femmes attablées à un café peintes par Edouard Hopper. Titre du dossier : « Les nouvelles solitudes - L'irrésistible montée du solo. »

Extrait d'un article du New Yorker . « Vivre seul n'a rien d'une aberration sociale aujourd'hui. C'est l'inévitable résultat des valeurs progressistes dominantes. La libération des femmes, l'urbanisation, le développement des nouvelles technologies et l'allongement de l'espérance de vie. Ces quatre tendances donnent à notre époque son visage culturel et chacune d'elle nourrit l'existence en solo. »

Seul dans la ville : Jean Marc Ayrault

Il en prend plein la figure dans la presse de droite. "Ayrault, le doute s'installe dans la majorité", titre Le Figaro . "Dans le vocabulaire socialiste, écrit Paul Henri du Limbert dans l'édito, il existe un mot redoutable : ‘se cressoniser’, du nom d'Edith Cresson (chassée de Matignon au bout de 11 mois ndlr). (...) A propos de Jean-Marc Ayrault, les procureurs rodent leurs réquisitoires à venir." Le Premier Ministre trouvera du réconfort à la Une de Presse Océan qui l’accueille sur ses terres alors qu'il est à Nantes depuis hier soir. « Cet infatigable Ayrault. »

A la Une de Courrier International , « La France en panne ». Extraits d'articles sévères de la presse étrangère, ils émanent souvent de la presse conservatrice. « Hollande : son élection devait relancer la croissance au niveau européen, ses adorateurs s'étaient trompés. » Il est encore question de ces français « obnubilés par la sauvegarde de leur modèle de droits et de protection sociale (…) Vieux démon de la dépense publique. »

Et de la fiscalité : « Tous pigeons ! », titre Valeurs Actuelles . « L'épargne assassinée, les entreprises méprisées, les classes moyennes et les retraités pressurés. Nos conseils pour s'en sortir. » En regard de ce dossier sur les pigeons tentés de s'envoler ailleurs, on pourra lire celui de Politis . « Les paradis fiscaux ne sont pas sous les tropiques ». Ils sont aussi dans l’Union européenne

De son côté, L'Humanité poursuit son combat contre le traité européen en relayant l'appel de 120 économistes en révolte contre l'austérité.

Quoi d'autre dans la presse ?

Dans L'Humanité dimanche (qui sort le jeudi !) : "Ce que nous révèle le drame d'Echirolles". Reportage de Joseph Korda et Lionel Decottignies dans ces quartiers à la dérive. Voici un directeur d'école élémentaire dans le Loiret qui compte ses anciens élèves disparus. En une quinzaine d'années, il en a vu dix tomber sous les balles, victimes d'accidents violents ou de maladies. "Ce que l'on voit, dit-il, ce sont des situations sociales de plus en plus dramatiques."

Je n'ai pas beaucoup de rose ce matin, comme vous pouvez le constater. Le Parisien-Aujourd'hui en France : "Procès des tournantes, questions sur un verdict qui dérange"

Libération "Syrie, la guerre sans fin"

Les Echos : "Retraite des cadres : les réserves épuisées dès 2017". Conséquence du chômage, les réserves financières des caisses de retraite fondent beaucoup plus vite que prévu.

Dans Le Parisien et Le Figaro , l'histoire de cette église qui est à vendre. Ca se passe à Vierzon dans le Cher. Là aussi c'est la crise, dans tous les sens du terme. En moyenne, 20 personnes assistent à la messe chaque semaine dans cette église. Il est un peu seul dans la ville, le curé de Vierzon. Surtout que des églises, il en a cinq à entretenir. Trop pour les finances du diocèse. Saint Eloi est donc à vendre sur Internet, sur le site leboncoin, mais aussi chez des notaires et des agents immobiliers. 170.000 Euros prix de départ. Parmi les acquéreurs potentiels, une association de musulmans qui veut en faire une mosquée. A Vierzon, l'histoire fait causer. Il y a ceux qui seraient contents que le batiment reste un lieu de culte et ceux qui cèdent au "pas de ça chez nous."

Seule dans la ville, une dernière image

Je parlais tout à l'heure de la couverture de Books , clin d'oeil à l'expo Hopper - depuis mercredi au Grand palais à Paris. Hopper, dans vos kiosques, il est à peu près partout. Dans les quotidiens, tout au long de la semaine et une pléiade de hors série lui sont consacrés, Télérama et Les Inrocks entre autres.

Et L'Express a demandé à des écrivains de rédiger un texte en s'inspirant d'une oeuvre. Dans la liste, il y a Frédéric Beigbedder, qui a beaucoup regardé cette jeune femme seule devant la grande fenêtre d'un bureau, elle est en train de lire une lettre. Le tableau s'appelle "New York office", Hopper l'a peint cinq ans avant sa mort. Berigbedder se met à la place de l'artiste américain et écrit une lettre à la jeune femme, qui pourait être une héroïne d'Hitchcock. C'est intitulé "Quand les e-mails n'existaient pas".

"Chère Madame, Mon nom est Edwrad Hopper, je suis peintre et je vous observe tous les soirs quand vous triez le courrier au rez de chaussée, à l'angle de Madison et de la 53ème rue (...). Je me pose beaucoup de questions sur vous. Etes vous mariée ? (...) Je pense que vous serez une huile sur toile. (...) Tachez de rester immobile et triste, c'est votre mélancolie qui m'intéresse. Je ne veux pas vous déranger mais enregistrer votre mystère. (...) Cet instant semble suspendu comme le pont de Brooklyn. (...) Tout cela vous parait ridicule, pourtant c'est la vérité : je vais mourir dans 5 ans mais vous lirez éternellement cette lettre. Vous conviendrez que l'art est tout de même un drôle de truc."

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.