Juppé "on" dans le "Un" et "off" dans "L'Express", Hollande "on" dans "L'Obs" et "off" dans le livre de Davet et Lhomme, RTL "on" à l'antenne, mais "off" en maintenant Zemmour.

C’est, me semble -t-il, la première fois qu’Alain Juppé dit aussi clairement quel président il entend – il entendrait – être. "Moi président" à la sauce Juppé, c’est à lire dans l’interview qu’il accorde à l’hebdomadaire Un. "Ce n’est pas une charge comme les autres, confie-t-il à Eric Fottorino et Laurent Greilsamer. Il y a dans cette fonction une espèce de grâce d’État." Il l’a vu chez Chirac, dit-il. "Ce n’est pas un job normal." Coup de patte à l’actuel locataire de l’Élysée. C’est donc un président en majesté qu’il veut être. "Mitterrand avait cette majesté", estime-t-il, sans cacher son admiration pour l’inventeur de la "Force tranquille". Hauteur de vue : il entend non pas gouverner mais présider.

Pas question de multiplier les incongruités pour faire parler de soi, dit il, il s’agit de faire un travail sérieux.

Coup de patte, cette fois, à Sarkozy. Mais dans cet entretien, Alain Juppé promet aussi de repenser la relation avec les citoyens, de renouveler la démocratie.

"Comment donne-t-on la parole aux citoyens tout en exerçant le pouvoir ? C’est une de mes grandes préoccupations." Et c’est là que le "off" ou, plus exactement, le Juppé non pas sur scène mais en coulisses, dans la vraie vie, est drôle. Dans L’Express, Elise Karlin, qui a suivi le candidat en Corse, raconte comment il a bien du mal, même en campagne, à se mettre à l’écoute des citoyens qu’il croise. Sa phrase préférée d’homme pressé c’est "Bon, on y va ?", et quand un homme l’interpelle pour lui demander "Monsieur, comment puis-je être sûr que vous aurez le courage de tenir vos promesses ?", Alain Juppé rétorque, sur le même ton : "Que voulez-vous que je vous réponde ?"

Tension entre ce qu’on affirme vouloir faire, et qui on est vraiment.

Les confidences de François Hollande

"La gauche peut-elle renaître ?" se demande Télérama en couverture, sur fond de bouquet de roses fanées… avec à la clé le récit d’un accablant bilan et quelques solutions pour refonder la gauche.

Eh bien "on", le phénix Hollande fait tout pour nous convaincre qu’il peut lui, incarner cette renaissance. "On", c’est l’entretien fleuve qu’il accorde à L’Obs, à paraître demain. Entretien pour défendre son bilan – "J'ai mené une politique de gauche" – mais surtout pour semer un des petits cailloux blancs vers sa candidature. Argument principal : regardons moins le passé, que l’avenir qui pourrait être pire. "Les Français, dit-il,vont pouvoir comparer non pas ce que j’ai fait à l’aune de ce que j’avais promis, même si je suis prêt à l’inventaire, mais surtout à l’aune de ce qui pourrait être fait par la droite." "La droite qui est dans la revanche, la réaction et la régression, (...) la droite dont le programme commun – Juppé compris, donc, c’est d’ailleurs sa cible principale – consiste à défaire ce qui a mis des décennies à être conquis et acquis." Hollande ou le rempart.

Mais revenons sur son bilan : Le CICE et l’allègement des charges pour les entreprises ? il assume, avec une drôle de défense : "Sarkozy l’avait promis, il ne l’a pas fait." La loi El Khomri, il assume aussi : "C’est une loi sociale." La déchéance de nationalité qui a fracturé la gauche ? Ah, on le sent moins à l’aise. François Hollande tente d’expliquer qu’il s’agissait "de reprendre à la droite une de ses propositions afin de parvenir à l’unité nationale après les attentats de novembre, tout en l’encadrant au maximum pour éviter toute dérive… Mais il concède que cette mesure n’avait aucune valeur dissuasive." C’est d’ailleurs la seule didascalie de cet entretien. Quand L'Obs lui demande "s’il regrette que cette mesure n’ait pas été adoptée ou s’il regrette lui d’avoir pris cette décision", il est écrit "silence"…

Et puis, invité par les journalistes à revisiter tout ce qui explique aujourd’hui le désarroi des électeurs de gauche à son endroit, François Hollande revient notamment sur sa promesse de renégociation du traité européen. Et il fait cet aveu : "Je n’ai pas demandé à revenir sur ce traité adopté avant mon arrivée, mais j’ai obtenu un volet croissance et investissement de 100 milliards d’euros." Les journalistes reprennent : "Vous n’avez même pas essayé de le renégocier…" François Hollande répond : "J’ai atteint les objectifs que je m’étais fixés et j’ai évité un plan d’austérité à la France."

Les "off" du président

François Hollande, qui s’est confié au cours de 61 entretiens aux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme, c'est l'objet de leur livre Un président ne devrait pas dire ça, qui paraît aujourd’hui chez Stock. Vous en trouverez les bonnes feuilles dans L’Express ce matin. Drôle d’impression d’un président qui serait son propre visiteur du soir, commentant sa propre action, et sa solitude. "Je suis le spectre de l’Élysée", rit-il jaune, pour évoquer ses soirées seul avec un plateau-repas devant sa télé. "Nous voilà branchés sur le cerveau de François Hollande", prévient Le Parisien-Aujourd’hui en France, qui insiste sur quelques phrases-choc du livre, dans lequel il se dit, plus crûment que dans L'Obs, "personnellement hostile à la déchéance de nationalité", dans lequel il multiplie les attaques contre Nicolas Sarkozy, "De Gaulle le Petit", dit-il, grossier personnage dévoué à l’argent, Sarkozy dont il est convaincu qu’il a monté un cabinet noir contre lui, mais "magnanime étonnamment, disent les auteurs du livre sur ses déboires judiciaires". Confidences aussi sur les femmes de sa vie, Ségolène Royal, avec un émouvant récit, paraît-il, de leurs retrouvailles pour leur premier conseil des ministres commun, en avril 2014, la jalousie maladive de Valérie Trierweiler ou encore la souffrance de Julie gayet à ne pas voir officialiser leur situation.

Encore de la politique avec l’interview de Manuel Valls à Ouest France.

L’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, c’est pour cet automne. Ça se fera.

C'est ce qu'affirme le Premier ministre. Contredisant Ségolène Royal, qui, lundi, ne se disait pas "favorable, par la violence, à cette évacuation", et à François Hollande aussi d’ailleurs, qui, dans le livre précédemment cité, estime que "cet aéroport verra jamais le jour" !

En Italie, Matteo Renzi, soucieux de reconstruire Amatrice détruite par le séisme sans la mafia, a créé une cellule ad hoc, placée sous l’autorité nationale anti-corruption, pour gérer les 3 à 4 milliards d’euros à investir. Des sommes qu’il demande à Bruxelles de pouvoir défalquer du déficit budgétaire. Info du Figaro.

Les Vénézuéliens vont gronder dans la rue aujourd’hui, à l’appel de l’opposition. Mais La Croix nous explique qu’il s’agit d’un tour de chauffe en vue du grand rendez-vous, le vrai, qui se tiendra à la fin du mois. La plateforme d’opposition espère à ce moment là recueillir les 4 millions de signatures nécessaires à l’organisation d’un référendum révocatoire, afin de réclamer le départ de Nicolas Maduro, successeur d'Hugo Chavez. Une mobilisation sur fond de naufrage économique vénézuelien, avec inflation à trois chiffres et pénurie dans tous les rayons de supermarchés.

Un désaveu public qui ne change rien

Hier à cette même heure, sur une antenne concurrente mais néanmoins amie, l’anchorman de la matinale de RTL donc, Yves Calvi accueille fraîchement Eric Zemmour, qui vient faire son billet habituel, par ces mots : "Je me fais le porte parole de la direction et de la rédaction de RTL qui ont été consternés par vos déclarations extrêmement choquantes en particulier pour les familles de victimes. Je me devais de vous le dire." Calvi parle évidemment du respect que Zemmour disait ressentir vis-à-vis des djihadistes prêts à mourir pour leurs idées. OK, c’est fait, Zemmour enchaîne sur son billet, nous raconte ce matin le Huffington Post, qui nous dit aussi que la Société des journalistes du Figaro, qui emploie également Zemmour, s’est aussi désolidarisée. Mais effectivement, ça ne change rien. Zemmour a été maintenu à son poste par la direction de RTL. D’ailleurs, son président Christopher Baldelli n’en dit pas un mot dans l’entretien qu’il accorde au Figaro à l’occasion des 50 ans de la station. "Consterné", peut-être, mais pas plus.

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