Crane d’œuf : pour peu élégante qu’elle soit, l’expression existe, et quelques imbéciles sectaires lui ont donné un sens concret samedi, à la Fête de L'Humanité… C’est le fait politique du week-end… Un œuf ! Comme le dit Patrick Fluckiger dans "L’Alsace", Laurent Fabius n’en mourra pas… De toute façon, il est le seul partisan du "non" à pouvoir prétendre être un candidat sérieux à la présidentielle... En tout cas, c’est bien le drame des gens dont on vante l’intelligence, ajoute Patrice Carmouze dans "L'Eclair des Pyrénées" : c’est qu’on pense que ces gens-là agissent toujours par calcul ou par intérêt… Rarement par conviction. Tenez : personne ne soupçonne Besancenot, ni même Mélanchon, lorsqu’ils disent "non" à l’Europe de préparer la présidentielle… Fabuis, si. Allez savoir pourquoi. A part ces deux éditos, le reste est une musique qu’on connaît bien… Critiquer ou attaquer Fabius, c’est un sport national dans les médias… Alors évidemment, on trouve à l’œuf d’immenses vertus pédagogiques… Jacques Camus, dans "La République du Centre", par exemple, nous dit qu’avec cet incident, on mesure combien est illusoire le grand projet fabiusien d’une union des gauches, qui n’a rien à voir avec l’union de la gauche… N’est pas François Mitterrand qui veut. Vous regarderez alors la Une de "Libération" : une immense caricature pleine page, où l’on voit Laurent Fabius en "oeuf à la coque", avec une coquille sur la tête… et ce commentaire d’Antoine de Gaudemar… La gauche plurielle, relativement pacifiée de l’époque Jospin, est devenue une foire d’empoigne dont ce week-end aura donné un nouvel échantillon tragi-comique, avec Laurent Fabius au cœur de la controverse… Là encore, l’œuf fait figure de grand révélateur : pour Gaudemar, il montre à quel point le chemin est long pour Fabius, qui suscite la méfiance à gauche… Non seulement son passé de ministre socio-libéral entretient tous les soupçons d’opportunisme, mais son impopularité et ses allures de grand bourgeois n’arrangent rien… Tel est aujourd’hui son redoutable problème : il aura autant de mal à prendre le leadership à l’extérieur qu’à l’intérieur de son parti… Une vraie gageure, quand on vise très haut. Enfin dans "L’Humanité", qui célèbre sa Fête… bien sûr… Pierre Laurent déplore dans son éditorial qu’on porte tant d’intérêt à l’épisode Fabius, quitte à caricaturer la Fête de L'Huma…Non, dit-il... L’essentiel n’est pas là… L’essentiel, c’est la Fête : et quelle Fête : quelle formidable démonstration d’énergie et de vitalité apportée par la foule… Chez tous ceux qui ne supportent plus l’arrogance de la droite au pouvoir, la confiance est de nouveau là… Et bien là. A côté de ça, les déclarations de Philippe de Villiers, copié-collé de Le Pen, suscitent moins de commentaires dans la presse aujourd'hui... Peut-être parce que nos confrères n'en attendaient pas moins du personnage... Il n'en reste pas moins que le président du Conseil général de Vendée, qui s'accorde un destin national, est déjà monté au front... "Tayo tayo !" comme l'écrit Olivier Picard dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace"... L'irréductible Vendéen a décidé de partir à l'assaut en brandissant des oriflammes empruntées à Jean-Marie Le Pen... Tel Charles Martel à Poitiers en 732, il est prêt à faire don de sa personne pour stopper l'islamisation progressive de la société française... Olivier Picard citant bien sûr Philippe de Villiers... Poursuivant ainsi : "Certes, le Vicomte est familier de ce genre de théorie, mais la nouveauté, c'est le style... Brutal, mêlant outrances, provocations et contradictions empruntées au chef du Front National. Une certaine indécence aussi dans le verbe... Quand il fulmine contre les victimes des incendies de Paris, relogées aux frais des Français alors qu'elles sont en situation irrégulière... Citation là encore... Philippe de Villiers ne parle pas de "parasites", mais on sent bien qu'il se retient... Il n'y a pas de dérapage dans ce déballage... Il s'agit bien de mettre la main sur l'électorat un peu débousolé de l'extrême-droite". Et voilà comment, dans un raccourci saisissant, à la Une, Laurent Fabius se retrouve pris dans un voisinage avec Philippe de Villiers... C'est sur "France Soir", pleine page... Et sous le titre : "Les non s'y croient déjà". Des révélations dans la presse ce matin... A commencer par "Le Parisien", à qui le ministre des Finances annonce de nouvelles mesures pour les chômeurs qui veulent bien être mobiles... 1.500 euros de crédit d'impôt et des allègements sur le revenu immobilier... C'est prévu dans la Loi de finance 2006... Pour y prétendre, il faudra prendre ou reprendre un emploi en déménageant à 150 ou 200 kilomètres au minimum de sa résidence. "C'est un début, répond Pascal, 43 ans, chômeur, mais il faut que ce soit plus incitatif... Tout quitter, explique-t-il dans "Le Parisien", ce n'est pas une décision qui se prend à la légère". Ce directeur commercial en sait quelque chose... Il a déjà joué la carte de la mobilité géographique il y a un peu plus de 5 ans... Bénéfice de l'opération : il est au chômage depuis 30 mois. Lundi 12 septembre... Lendemain du 11 septembre... Que l'Amérique a commémoré hier, bien sûr... 4ème anniversaire des attentats... Avec, cette année, des cérémonies qui ont donné lieu à de multiples évocations des centaines de morts et milliers de personnes déplacées par le cyclone Katrina. George Bush, lui, a profité de cette coïncidence pour tenter de retrouver l'habit de chef de guerre qu'il avait endossé il y a 4 ans... Oui, mais ça ne va pas être simple... Chute dans les sondages.. "Le cyclone Katrina fait des dégâts politiques", relève "La Croix"... Gilles Biassette, envoyé spécial de ce journal, en témoigne : en Louisiane comme dans le reste des Etats-Unis, une question hante toujours les esprits : pourquoi le pays le plus riche du monde a-t-il pu être à ce point incapable de s'occuper des siens ? Habituellement peu prompte à se remettre en question, l'Amérique exige aujourd'hui des explications et des coupables. Et puis il y a le débat en France... Décidément, si les Etats-Unis n'existaient pas, il faudrait les inventer pour qu'ailleurs on se rassure à bon compte... Comme pour mieux cacher ses propres défauts et incohérences. C'est Yves Thréard, dans "Le Figaro", qui prend la défense des Etats-Unis. Dans un édito intitulé : "Anti-américanisme primaire", il explique que gloser à l'envi sur le déclin de l'empire américain est facile... Que certains voient même dans les difficultés de ce pays l'oeuvre d'une main vengeresse venue de l'au-delà. Alors quoi ? Parce qu'elle refuse d'appliquer le protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique, l'Amérique devrait être un jour punie par la revanche des cieux... S'il est vrai qu'il n'a de leçons à donner à personne, il est absurde de découvrir aujourd'hui que ce pays n'est pas parfait... Avec ou sans George Bush... Moralité, selon Yves Thréard : toute proportion gardée, la France, drapée dans son modèle de santé réputé le plus solidaire du monde, n'a pas su éviter la canicule meurtrière. Son de cloche radicalement différent du côté de "Marianne", dans un numéro très largement consacré au cyclone Katrina : "George Bush, la chute du pompier pyromane"... Pleins feux sur un fiasco planétaire. En ligne avec nous, Jean-François Kahn, directeur de "Marianne"... * Bonjour... Vous parlez du naufrage d'un modèle... Quel modèle ? L'autre révélation, elle est dans "Le Figaro", qui a mis la main sur un rapport de la Cour des Comptes... Un dossier de 3.000 pages qui accable les oeuvres sociales d'EDF-GDF... Ce super-comité d'entreprise des industries électriques et gazières, aujourd'hui au bord de l'asphyxie. Et au fil des pages... 3.000, je vous le rappelle... Les magistrats de la Cour démontent les rouages de cette institution historique, sur laquelle la CGT règne sans partage depuis la fin de la guerre.... Financement indirect de la Fête de L'Humanité, subventions déguisées au syndicat de l'énergie, soutien au mouvement des intermittents du spectacle... En fait, la Cour des Comptes enfonce le clou puisque le CE d'EDF est déjà sous le coup d'une enquête judiciaire pour abus de confiance, escroquerie, faux et usage de faux. Alors, que reproche-t-on au CE ? Une gestion laxiste, et à vrai dire assez ébouriffante... Trop souvent dictée par des considérations idéologiques... Et puis des choses étranges, comme ces 150 restaurants d'entreprise qui affichent des tarifs deux fois supérieurs à ceux du marché... Pour un CE, c'est quand même un comble. Dans les détails, ce n'est pas mal non plus... Quand on parle du soutien aux intermittents du spectacle... Il faut savoir que le comité d'entreprise a réglé plusieurs factures pour un montant de 20.000 euros, destinés à payer les plateaux-repas et sandwiches servis aux intermittents lors de différentes manifestations parisiennes. L'affaire est sérieuse... Les irrégularités que la Cour des Comptes épingle pourraient conduire certains responsables sur le banc d'un tribunal. Autre bénéficiaire du système, si l'on en croit "Le Figaro" : la Fête de L'Humanité... Elle aurait reçu, très discrètement, 430.000 euros de prestations. C'est peut-être ça, la recette du bonheur : tout le bonheur du monde, comme le célèbre le titre sur la Une de "L'Huma", avec une foule en liesse... D'où le titre de l'édito de Pierre Laurent, dont je vous parlais tout à l'heure... "La fête continue"... Oui, mais bientot peut-être avec un peu moins d'argent!

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