L'article s'ouvre sur cette phrase (elle tient en deux lignes, je lis) : "De Moscou à Tbilissi, Nicolas Sarkozy a mené une opération de sauvetage diplomatique dont il a le secret". C'est en page 3 du FIGARO, sous la plume de Charles Jaigu. C'est le reflet du titre de Une : "Sarkozy obtient un accord entre Russes et Géorgiens" ; en première page de FRANCE SOIR, ça se traduit un peu moins sobrement par : "Mission de paix réussie à Moscou pour Nicolas Sarkozy". Lorraine Millot, pour LIBERATION le reconnait : "Nicolas Sarkozy n'a pas ménagé sa peine". Elle s'empresse d'ajouter : "A voir sa mine grave, il semblait bien pourtant que le président français avait conscience d'avoir dû avaler une belle couleuvre (...) il n'avait de toute façon guère de munitions à opposer à la démonstration de force russe en cours". Patrick Fluckiger, dans L'ALSACE, constate lui aussi que "Au nom de l'Europe, Nicolas Sarkozy est allé mettre de l'huile dans les rouages". Ceci étant posé, l'éditorialiste alsacien tempère l'enthousiasme de ceux de ses confrères qui ne verraient dans la mission caucasienne du président français qu'un grand et franc succès : "N'exagérons pas son influence ! Le duo Medvedev-Poutine n'a obéi qu'aux objectifs immédiats de la Russie"... Dans les DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE, cette fois, Olivier Picard apporte cette précision : "Medvedev n'a même pas attendu que Nicolas Sarkozy se pose à Moscou pour annoncer sa ligne de conduite... Tout juste le chef de l'Etat a-t-il pu écouter les grandes lignes du diktat russe pour sortir du conflit". Mon confrère des DNA considère que le président (pour 6 mois) de l'Union Européenne, s'est acquitté de sa tâche de "télégraphiste aéroporté" avec "rigueur". Qu'aurait-il pu faire de plus ? ... C'est ce que semble se demander Jean-Michel Helvig, dans LA REPUBLIQUE DES PYRENEES quand il constate que "dans son orgueil impérial retrouvé", le régime Poutine "rend moins que jamais facile toute recherche de compromis". Helvig tente d'y voir clair dans le bourbier caucasien : "On ne parle plus 'd'intégrité territoriale' de la Géorgie, mais de 'souveraineté', ce qui permet d'ouvrir la perspective d'une discussion internationale sur le statut de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, donc d'envisager leur séparation définitive de la Géorgie". Selon Patrice Chabanet, dans le JOURNAL DE LA HAUTE MARNE, par leur "rudesse", les Russes font savoir à l'Union Européenne qu'ils entendent bien "se faire respecter" dans leur "zone d'influence". Chabanet nous invite à regarder cette affaire de près, il nous le signale au cas où cela nous aurait échappé : "La Russie accepte une médiation uniquement une fois les buts de guerre atteints". François Ernenwein dans LA CROIX, dresse un état des lieux : "Désormais, le contrôle russe est total sur les régions séparatistes. Et même si les Américains ou les Européens multiplient les pressions pour voir rétablir la souveraineté géorgienne sur son territoire, ils n'imposeront pas grand-chose à Moscou". Daniel Ruiz, du quotidien LA MONTAGNE, complète le propos : "Vladimir Poutine gère la victoire en imposant sa volonté sans qu'aucun des intervenants n'ait le moyen de la lui contester (...) Pourtant, c'est un boomerang qui pourrait nous revenir brutalement à la figure et nous obliger au silence si les Russes se mettaient en tête de 'protéger' les russophones de Moldavie, d'Ukraine et d'ailleurs". Poutine. C'est l'homme du moment. Plusieurs de vos éditorialistes ce matin (c'est le cas dans LA MONTAGNE et dans NICE MATIN) expriment la crainte qu'il leur inspire, en évoquant à chaque fois son "regard glacial". Dans LE MONDE, à la rubrique "vu et commenté", Dominique Dhombres s'attache plutôt au sourire, au "sourire pervers" (c'est le titre de l'article), au "sourire pervers" de l'ancien officier du KGB. Le chroniqueur revient sur l'image du président géorgien Saakashvili, à la télévision, paniqué par les tirs éventuels d'un hélicoptère russe. La scène a paraît-il fait sourire Poutine. Dominique Dhombres écrit : "Il n'attendait qu'une faute de Mikhaïl Saakashvili, qui avait encore aggravé son cas en voulant entrer dans l'Otan. Le président géorgien l'a commise en envoyant ses troupes reconquérir l'Ossétie du Sud. La punition est en cours. C'est ce que signifie le sourire de Poutine". Dans sa dernière livraison, l'hebdomadaire L'EXPRESS cite une récente enquête d'opinions du centre Levada à Moscou. Voici ce qu'en conclusion, elle nous apprend : "Seuls 9% des Russes (moins d'1 sur 10) estiment que le pouvoir est entre les mains du président Dmitri Medvedev". Aucun doute là-dessus, l'homme fort au kremlin, c'est Vladimir Poutine, héritier tant de la Russie tsariste que de l'Union Soviétique. Mais qu'a-t-il donc, Poutine, pour effrayer la terre entière ? ... Dans le TELEGRAMME, Dominique Bromberger souligne qu'en installant un système anti-missiles en République Tchèque et en Pologne, l'administration de George Bush "hérisse" les dirigeants russes ; à Moscou, on est persuadé que les Américains mettent ainsi en place "un dispositif destiné à rendre inefficaces leurs propres fusées". En faisant savoir qu'ils souhaitaient "rétablir des liens avec Cuba, les Russes tentent de montrer aux Etats-Unis qu'ils peuvent, eux aussi, s'approcher militairement des frontières adverses. Dominique Bromberger le rappelle : "il reste dangereux de trop provoquer l'ours russe". En marge de la géopolitique, il y a cette guerre des médias, ce grand recours à la propagande et à la manipulation (certains vieux réflexes de l'ère soviétique ressortent des placards de l'Histoire, tant en Russie qu'en Géorgie)... A ce jeu-là, les télévisions russes sous contrôle poutinien se montrent imbattables. Palme du genre, ces "reportages troublants" que cite LE FIGARO. Les télés russes annoncent à grand coup de mise en scène que "des cadavres de soldats noirs - comprenez 'américains' - ont été retrouvés à Tskhinvali", en Ossétie du Sud, "signe de la 'participation directe' " des Etats-Unis à l'opération géorgienne. ... Et puis en France, il y a ce coup de sang de Maurice Ulrich dans le quotidien L'HUMANITE... Il apostrophe LIBERATION, accusé notamment de vouloir ignorer qu'en attaquant la semaine dernière l'Ossétie du Sud, "la Géorgie n'a pu agir sans un consentement au moins tacite des Etats-Unis". Reprochant également à son confrère d'avoir écrit dès lundi que la Russie avait "envahi un pays ami de l'Occident", Maurice Ulrich conclut son billet en se demandant si ce journal ne postule pas "au rang de journal officiel de l'Otan". ... Y-aura-t-il bientôt une riposte de Laurent Joffrin ou de de Pierre Sergent ? Nicolas Sarkozy peut se tenir prêt à engager une médiation. En vrac, vous apprendrez dans vos journaux que "Sarkozy verra le dalaï-lama le 10 décembre", exclusivité du quotidien LE PARISIEN AUJOURD'HUI EN FRANCE. LE PARISIEN qui annonce aussi que l'ancien ministre Renaud Dutreil est toujours député UMP de la première circonscription de la Marne. Le 6 août, par voie de presse, il avait pourtant annoncé son intention d'abandonner la vie politique pour présider à New-York la filiale américaine du leader mondial du luxe, LVMH... La lettre de démission de Renaud Dutreil n'est toujours pas parvenue au Palais Bourbon. L'hebdomadaire VSD consacre sa couverture à "L'été de Carla", avec ce sous-titre : "Une première dame à part"... ...Je rappelle à mes confrères que l'expression "Première dame" est impropre ; elle n'a aucune justification institutionnelle en France. On est en République (en Ré-pu-bli-que !). LE CANARD ENCHAINE évoque cette anecdote rapportée du vol présidentiel Paris-Pékin (retour de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques). L'hebdomadaire satirique nous apprend qu'entre le décollage et le dîner, les invités de Nicolas Sarkozy ont eu dans l'avion "une surprise de taille". "Nicolas Sarkozy avait demandé à l'équipage de passer en boucle quelques-unes des chansons du dernier disque de 'ma femme' Carla", petit cadeau aérien assorti de ce commentaire : "Moi, je suis vraiment un fan, c'est super ce qu'elle fait, elle a vraiment du talent". Enfin, après avoir appris que certaines phases de la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques avaient résulté d'une grosse manipulation (feu d'artifice pré-enregistré, petite chanteuse doublée en playback par une fillette jugée plus jolie à l'image par les autorités chinoises), vous lirez dans le supplément JO du MONDE, l'histoire édifiante et navrante, infiniment navrante, de Liu Yan. Cette danseuse classique de 26 ans a fait une chute de 3 mètres au cours d'une répétition de la cérémonie d'ouverture, au cours du tableau consacré à la Route de la Soie, un décalage d'une seconde entre deux socles lui a fait perdre l'équilibre. Les médecins n'ont pu réparer les nerfs de sa colonne vertébrale. Elle est aujourd'hui paralysée des deux jambes. "Pékin 2008" : c'est le titre du cahier spécial JO du MONDE. Il est très bien fait. Lisez-le ! Pour rester dans une note "chinoise", un bravo au titreur de LIBERATION qui a trouvé une jolie expression pour annoncer l'article consacré au rachat du siège du Front National à Saint-Cloud par une université de Shanghaï : "Le FN sauvé par le Shanghaï chèque".

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