(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le flingue et le violon

Lire le quotidien La Provence ce matin, c'est parcourir un polar brutal.

A la Une: « Marseille sous surveillance ». En photo : deux flics de dos devant un mur d'écran. 360 caméras de vidéosurveillance seront installées l'année prochaine. A l'horizon 2014, 1500 objectifs scruteront les faits et gestes des Marseillais.

Manifestement, il y en a besoin. Page 7 de La Provence , ce titre : « Abattu à la kalach' au bord de l'eau ». Hier soir, le corps d'un homme de 26 ans, criblé de balles de Kalachnikov et de fusil à pompe, a été trouvé au Mont Rose à deux pas du port de la Madrague. Cela sent le règlement de compte entre trafiquants de drogue, selon les enquêteurs. A la Madrague, les pêcheurs continuent de taquiner le pageot.

A priori pas de lien entre le crime de la page 7 et celui de la page 8, si ce n'est la violence de la charge. Plusieurs balles de fusils d'assaut dans le corps de Farid Tir. C'est "L'assassinat qui accable un peu plus la famille Tir."

Une famille comme ça, même Audiard n'aurait pas osé. Il y a d'abord Mahmoudi, le patriarche, présenté comme généreux, aimé dans son quartier, un boulevard porte son nom. Le mort de mercredi soir est son petit fils.

Le gentil Mahmoudi et le méchant Saïd, figure du trafic de stups dans les quartiers nord, abattu au volant de sa voiture en avril 2010. Lui aussi a un petit fils qui s'appelle Farid, au violon depuis quelques mois, arrêté avec une demi tonne de résine de cannabis. Puis il y a Eddy le cousin, qui manie la Kalachnikov à la Castellane.

Des caméras donc, à Marseille mais pour l'instant dans le centre, loin du Far West des quartiers périphériques. Ca viendra.

Cela dit le centre a son lot de petites histoires.

Encore La Provence , page 4. Il y a quelques jours, Jean Claude Gaudin, sorti tard de son bureau de la mairie s'est trouvé nez à nez avec un cambrioleur. Il a fallu l'intervention de la Bac pour qu'il parte. Commentaire du maire "Contre moi, l'individu n'aurait peut être pas fait le poids physiquement".

Les échos de campagne : flingue ou violon ?

Ne pas abuser du violon, c'est le crédo de François Hollande. Quand Libération l'interroge ce matin sur le peu d'enthousiasme autour de sa campagne, il répond, « je ne vous demande pas de m'épouser », et ailleurs, « je suis là pour gagner ».

Hollande lancé dans une très longue partition en cette fin de semaine à 9 jours du premier. Il accorde des interviews à une flopée de quotidiens et d'hebdomadaires, dont La Tribune . C'est la bonne nouvelle du jour dans la presse. La Tribune qui renait sous la forme d'un hebdomadaire

Et puis il y a également une interview aux Echos dans laquelle il est question de vous, Anne Lauvergeon (invitée de Patrick Cohen). Future ministre d'une présidence Hollande ? C'est la question des Echos. Réponse : "Les personnalités de la société civiles, aussi talentueuses soient elles, ont eu souvent des difficultés pour accéder aux fonctions politiques."

Dans la presse, Nicolas Sarkozy aussi a multiplié les interviews cette semaine. 20 minutes aujourd'hui. Et toujours la question d'un rapprochement avec François Bayrou, éventuellement à Matignon. "Je reste très attaché à l'idée d'ouverture. Très"

Le président candidat perd à nouveau du terrain dans les sondages et, dans Les Echos , Cécile Cornudet se demande quelle carte il peut encore jouer. Créer la surprise avec des annonces nouvelles est risqué quand François Hollande est en train de transformer sa constance en vertu politique. « Si Nicolas Sarkozy lance de nouvelles pierres dans le débat, il sera renvoyé aux zigzags dénoncés par son adversaire. »

Flingue ou violon ? Jean Luc Mélenchon flingue les journalistes et pourtant l'hebdomadaire féminin Be fait de lui l'icône sexy de cette campagne électorale. A l'ère des « sexygénaires », avec sa rebelle attitude, « Mel », comme l'appelle l'hebdomadaire, c'est un peu le Mick Jagger de la politique française. Ou le Robert Mitchum, avec son air bourru et ses manières brusques.

Il y a des sujets de fond aussi dans la presse, et notamment ce constat à la Une du Monde : « Education, l'Etat favorise les plus privilégiés », autrement dit renforce les inégalités là où il devrait les réduire. C'est un rapport de la cour des comptes. En 2010, l'Etat a dépensé 47% de plus pour un lycéen parisien que pour un élève de Créteil. Et les dotations accordées aux zones d'Education prioritaires ne compensent pas.

Un plaidoyer pour l'Europe dans Le Point ...

C'est une denrée rare par les temps qui courent. "Vous inventez la prochaine révolution industrielle." L'économiste américain Jeremy Rifkin joue la sérénade à ce vieux continent criblé de dettes. L'Europe serait le continent où l'on réfléchit vraiment à l'après-pétrole, où l'on sait coopérer et qui garde une autorité morale dans le reste du monde.

Cela dit l'Europe, c'est aussi ce chiffre relevé par atlantico.fr : 1000 Grecs perdent leur emploi chaque jour. Selon Le Figaro , l'Italie est contaminée par la crise espagnole.

A propos de l'Italie, retour aux Tontons flingueurs. Dans Le Monde , vous trouverez le récit de la chute du clan Bossi. Umberto Bossi, le père, était l'un des alliés de Silvio Berlusconi. Soupçons de détournement de fonds pour une bonne partie de la famille. Le papier de Philippe Ridet est titré « Afrreux sales et méchants ».

Du lyrisme à la rubrique football...

La belle histoire du club de Quevilly, en national mais en finale de la coupe de France a de nombreux adeptes. Dans Paris Normandie en particulier qui nous fait visiter le quartier général des supporters du Petit Quevilly, devenu le « cœur battant de la cité ouvrière lovée dans un méandre de la Seine où hangars et usines se tutoient jusqu'aux petites maisons de briques rouges. »

Dans L'Equipe Chenez dessine la mairie de Quevilly, comme une petite maison à la Sempé. Le maire écrit au Qatar, l'actionnaire du PSG. « Chers amis Qataris, c'est avec plaisir que nous allons examiner votre proposition de construire un très grand stade sur notre commune. »

Dans L'Equipe vous apprendrez encore que les joueurs tennis menacent de faire grève au moment de Roland Garros pour être mieux payés. Cette affaire qui peut légitimement choquer, c'est aussi celle d'un sport écrasé par 4 flingues de concours. Nadal, Federer, Djokovic et Murray. Ils raflent tous les gains et les autres se sentent floués.

Et pour les superstitieux, l'histoire du gigantesque 3 mats qui s'appelait vendredi 13, né en 1972 des rêves du navigateur Jean Yves Terlain. Toutes les misères sont arrivées à ce bateau qui est aujourd'hui échoué sur un parking bordelais. De grands noms de la voile ont navigué sur le vendredi 13. Dont Olivier de Kersauzon qui était là le jour où, à New York, les stups ont débarqué pour vérifier la cargaison. Kersauzon s'est dressé devant le shérif et lui a demandé d'enfiler des gants de cuisine pour toucher ses affaires.

Quelques notes de violon pour terminer. Dans Le Figaro vous lirez un très joli portrait du grand musicien Ivry Gitlis, bientôt 90 ans et une vie assez incroyable. Naissance en Palestine. Le papa était meunier. Premier récitals en Grande Bretagne pendant la seconde guerre mondiale pour divertir les soldats britanniques lors des bombardements. Un concert avec le Rolling Stone Brian Jones, une amitié avec Leo Ferré, une école élémentaire qui porte son nom en Indre et Loire. Et un violon, saisi pour la première fois à l’âge de 5 ans. Un geste qu'il explique de cette manière : « C'est chez les enfants que naissent les plus belles histoires d'amour. »

Bon week end !

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