On commence par le portrait d’un écrivain-journaliste

C’est Raphaëlle Bacqué, grand reporter au Monde, qui est partie à la « recherche de l’écrivain algérien Kamel Daoud »…A sa descente d’avion, les policiers l’interrogent, « pourquoi voulez vous rencontrer Kamel Daoud ? parce que c’est un grand écrivain algérien. Oui mais pourquoi le rencontrer ? justement, parce que c’est un grand écrivain algérien »… « Bienvenue à Oran, écrit elle, la ville dont Kamel Daoud est à la fois la star et le visage controversé. »

Vous vous souvenez que l’auteur de « Meursault, contre-enquête » avait annoncé il y a quelque semaines qu’il renonçait au journalisme. Sa tribune en Italie puis en France, « Cologne, lieu de fantasmes » avait déchiré la gauche jusqu’à être traité « d’islamophobe » par certains.Trop de pressions, trop d’insultes, trop de demandes contradictoires, « d’un côté comme de l’autre on lui reproche de ne pas parler au nom des siens » explique un de ses amis. Daoud s’est réfugié à Oran, dans les mots. Raphaëlle Bacqué a la bonne idée de nous retracer son parcours, chez lui…jeune homme pauvre qui a été le premier à savoir lire dans sa famille, au lycée, le mouvement islamiste alors en pleine expansion l’a séduit comme beaucoup de jeunes de son âge…il a cru un temps qu’il trouverait l’idéal auquel il aspirait dans le combat pour un Etat islamique. Mais à 18 ans, il rompt, furieux de s’être laissé embarqué. Depuis, Kamel Daoud déteste les Tartuffe et l’orthodoxie religieuse, qu’il va dénoncer à longueur de chroniques dans le Quotidien d’Oran. Dès 2014 parce qu’il refuse pour sa seule « qualité » de musulman une solidarité de fait avec la Palestine, il est traité de « collabo » chez lui. Qu’il soit libre de parole chez lui n’a jamais été simple, mais qu’il le soit à l’extérieur, en France notamment, ça passe encore moins dans un pays où « l’Etat a développé un patriotisme paranoïaque » explique un de ses confrères journalistes . Alors Kamel Daoud vit aujourd’hui dans une semi clandestinité dans sa propre ville, « écrire dit il, c’est mon remède à l’angoisse. le seul moment où je me trouve consistant »…Histoire d’un homme traitre partout, parce qu’il parle en homme libre.. à lire cet après-midi dans le Monde

Presse et Liberté d’expression, une épine dans le pied de la chancelière allemande ces jours-ci

L’affaire passionne l’Allemagne et pose un cas de conscience à Angela Merkel nous raconte la correspondante à Berlin de la Croix. L’histoire : Un humoriste allemand lit en direct le 31 mars dernier, un poème sur la chaine publique ZDF, dans lequel il traite carrément le président turc de pervers et de zoophilie. Propos outranciers, l’intéressé en convient, destinés à illustrer la différence entre l’Allemagne et la Turquie en matière de respect de liberté d’expression. Ca n’a pas loupé, colère d’Ankara, le président Erdogan décide de porter plainte contre lui. Le problème, c’est que selon le code pénal allemand, c’est à Berlin de vérifier la plainte déposée avant de donner son accord pour des poursuites, et Berlin c’est Merkel. L’humoriste est soutenu dans son pays par les medias, par beaucoup de politiques, mais Délicat explique le journal, pour Angela Merkel, qui a fait de la Turquie un acteur clé dans la résolution de la crise migratoire. Un de nos confrères allemand résume l’affaire : « soit elle perd la face avec la Turquie, soit elle perd la face dans son pays si elle accepte de poursuivre l’humoriste » Angela Merkel doit prendre une décision dans les jours qui viennent

Et puis, il y a ce que dit la presse, et ce que vous dites dans la presse, vous lecteurs, auditeurs, internautes. Le journal britannique le Gardian a eu l’idée de décortiquer les 70 millions de commentaires reçus sur son site depuis 1999. Résultat ? « les conversations sur le cricket, les mots croisés et les courses de chevaux sont respectueuses. En revanche, les discussions sur le conflit israélo palestinien ne le sont pas. Pas plus que celles sur le féminisme ou le viol » D’ailleurs les journalistes femmes sont les premières victimes des commentaires haineux, et le pire c’est quand elles écrivent sur le sport ! Alors que faire ? Bloquer bien sûr certains commentaires. Le Guardian en appelle néanmoins à ses lecteurs pour trouver des solutions. Mais le journal a dû fermer son article sur les commentaires, aux commentaires…C’est dire si le débat est apaisé, et c’est une femme qui vous le dit !

En France, interview en longueur ce matin du premier ministre français Manuel Valls

« L’interview » titre sobrement Libération qui a recueilli ses propos samedi pendant 2 grosses heures…quelques lignes du making off de l’entretien laissent apparaitre un Manuel Valls un tantinet crispé, « C’était quoi déjà l’adjectif qu’employait Jospin pour parler de Libé ? lance t il. Aigre non ? » Ambiance. Un premier ministre qui s’assouplit, un peu, pour évoquer les manifs de jeunes « c’est le signe que la société française a un souffle » estime t il, mais qui campe sur ses fondamentaux. Laic, oui « le voile est un asservissement dès lors qu’il est revendiqué politiquement de manière militante », il va jusqu’à se dire favorable à une loi interdisant le voile à l’université en regrettant que nos règles institutionnelles la rendent difficile. Intransigeant sur les parcours terroristes, on lui avait reproché d’avoir dit « expliquer c’est déjà un peu excuser », et bien il reste convaincu « qu’aucun déterminisme social, économique ou national, ne peut effacer la responsabilité individuelle ». Un chouia de mea culpa sur la loi travail, « pas présentée de manière positive » concède t il, mais il ne lâche rien sur la déchéance de nationalité, « certes cette proposition ne venait pas du corpus de la gauche, mais on ne fait pas l’unité nationale avec la gauche » argumente t il. Fidèle enfin, à François Hollande , « il faut que la gauche se rassemble autour de lui sinon tout le monde sera balayé » prévient il. Fidèle enfin à une conviction, objet ces derniers jours d’une OPA d’Emmanuel Macron, « Il faut faire de la politique autrement, des pactes peuvent se nouer sur certains sujets comme le terrorisme ou la lutte contre le chômage, la future présidentielle ne pourra pas être une répétition des précédentes. Il faut que la gauche soit forte pour pouvoir ériger des ponts avec d’autres formations politiques… »

Pour l’instant, en matière de pont, la BAP, la Belle alliance populaire lancée aujorud’hui par le premier secrétaire du PS Jean Christophe Cambadélis pour tenter d’élargir les bases de la gauche, fait plutôt un Flop ce matin dans la presse. Ah si, on apprend tout de même dans le Parisien que Fadela Amara, ex ni putes ni soumises, ex ministre de Sarkozy en est…

On finit en Presse et liberté d’expression pour terminer

Par un livre posthume du dessinateur Honoré, assassiné dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015…C’est le journal l’Humanité qui nous signale la sortie de cette « Petite anthologie du dessin politique », préfacé par François Morel. « Il avait un trait reconnaissable entre tous, en noir et blanc, nimbé d’élégance et de férocité » écrit Caroline Constant, qui nous rappelle la capacité qu’avait Honoré d’utiliser par exemple l’histoire de l’Art, La Liberté guidant le peuple de Delacroix, avec une Marianne en tchador quand le gouvernement turc interdit le peintre français. Une planche, en cadeau : sous le titre, reportons la retraite après la mort, on y voit deux squelettes se pavaner sur une plage, « bibiche, attention au coup de soleil » prévient le mari. Anthologie publiée aux éditions de la Martinière

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