Patrick Cohen : A la Une ce matin, hommes-femmes : mode d'emploi... Bruno Duvic : Parmi les différents textes qu'est en train d'écrire le Parti socialiste pour ébaucher un programme, il y en a un dont on parle peu et qui est pourtant très important. Demain, le Bureau National du PS doit prendre position sur le projet de loi sur la bioéthique. Il sera discuté à partir du mois de février à l'Assemblée. Il n'est pas trop tôt pour ouvrir le débat, et c'est ce que fait La Croix ce matin en relevant que bien souvent, les prises de position dans ce domaine dépassent les clivages droite-gauche. Faut-il autoriser plus largement l'aide médicale à la procréation ? Faut-il légaliser les mères porteuses ? Lever l'anonymat sur les dons de spermes et d'ovules ? Ou encore, laisser davantage libre-cours à la recherche sur l'embryon ? De manière un peu caricaturale, on peut distinguer un clivage droite-gauche. La gauche serait favorable à suivre les évolutions de la science et de la société. Elle serait par exemple, pour l'aide à la procréation assistée pour les homosexuelles. La droite favoriserait le modèle traditionnel de la famille. La cellule de base. Mais quand on entre dans le détail, ça se complique. Les mères porteuses par exemple. Une partie des socialistes est pour, mais des voix qui comptent comme Michel Rocard, Lionel Jospin ou Benoît Hamon y sont violemment opposés. Ils y voient une marchandisation du corps féminin et une exploitation radicale des femmes pauvres. Le débat va s'intensifier dans les semaines à venir. Dans La Croix, le sociologue Michel Wievorka fixe le cadre de l'intervention des politiques. "Ils doivent poser des limites pour que les décisions prises au quotidien soient les moins mauvaises possibles. Fixer un cadre pour permettre aux professionnels et aux citoyens d'intervenir dans des situations individuelles. Dans ce domaine, on n'attend pas des élus qu'ils décident de tout. On ne règle pas les questions de procréation comme on réforme les retraites !". Patrick Cohen : Et une femme fait beaucoup parler d'elle ce matin : Marine Le Pen... Bruno Duvic : Tel père, telle fille. Avec sa petite phrase faisant une analogie entre les musulmans qui prient dans la rue sans autorisation et l'occupation allemande, Marine Le Pen a réussi son coup médiatique ! La Une de Libération et une flopée d'éditos dans la presse régionale. "Non, ce n'était pas des propos en l'air, ce n'était pas une bévue" écrit Didier Pobel sur son blog. "Le but, on le connaît : ramener dans son giron toute une frange d'un électorat déconcerté par sa version light du FN". Effet réussi : le porte-voix médiatique s'est inévitablement mis en déployé". Et le billet de Didier Pobel est titré comme une chanson de Tino Rossi : "Marine est là". Elle pourra donc dire "merci" à tous ceux qui sont montés au créneau pour s'indigner de ses propos ce week-end, ajoute Jean-Michel Roustand dans L'Union de Reims. Alors, tel père, telle fille ? Pas vraiment. D'abord, la fille est le clone du père, mais en version moderne pour Dominique Garraud dans La Charente-Libre. Toujours la démagogie populiste, mais en plus un vernis économique et social qui fait mouche en ces temps de crise. Autre différence relevée par Bruno Dive dans Sud-Ouest sous le titre "Les dégâts de la Marine". Le Pen, père, dérapait à propos des juifs. Pour elle, l'islam, voilà l'ennemi. Et il est à craindre que cette préoccupation plus contemporaine, entre guillemets, rencontre quelques échos dans une large frange de la population. L'antisémitisme se tait, poursuit Laurent Joffrin dans Libération. Il est couvert par une dénonciation de l'islam. La haine de l'autre demeure. Le Front s'adapte, il ne change pas. Et la Une de Libé, c'est un dessin des Le Pen, père et fille, collés par la tête comme deux siamois. Et sur l'œil, elle porte le cache noir que son père arborait autrefois. Pour Daniel Ruiz dans La Montagne, en reprenant le discours de la droite dure pour limiter la fuite des électeurs, Nicolas Sarkozy et une partie de l'UMP légitiment Marine Le Pen. La bonne réponse, selon Jacques Camus dans La République du Centre, n'est pas dans une extrêmisation du discours de la majorité ou dans le maniement de l'anathème à gauche. Tout passa par la reconstruction d'une société de confiance ébranlée par la crise. Dernier regard, celui d'Anne Fulda dans Le Figaro, qui relève un décalage entre certains Français et leurs représentants. Comment se fait-il que personne n'ait songé hier, au-delà des indignations convenues, à rappeler que la France est un pays de tradition laïque. S'il est évident que des lieux de culte décents doivent mis à disposition des musulmans, il est compréhensible que l'exercice ostentatoire d'une religion dans un lieu public puisse choquer. En tout cas, manifestement, à l'UMP, la réponse à la poussée de Marine Le Pen est dans le vocabulaire. Lors du conseil national du parti, ce week-end, on a parlé de "l'assimilation" des immigrés et non plus de leur intégration. Et Jean-François Copé se dit pour une relance du débat sur l'identité nationale. Patrick Cohen : Hommes-femmes, mode d'emploi : suite et fin... Bruno Duvic : Monsieur Fabius, Patrick Cohen, Bernard Guetta, et je m'inclus dans le groupe, j'ai le regret de vous annoncer que nous sommes une belle bande de faux-jetons ! Taches ménagères : les hommes doivent-ils en faire plus ? Ils répondent "Oui" à 73%. Bilan des courses, ce sont les femmes qui se tapent 80% du boulot. L'inégalité ménagère, le mensuel "Marie-Claire" rouvre ce dossier sensible en faisant la synthèse des dernières études. Les femmes assument donc seules 80% des taches domestiques. Et l'inégalité s'accroît à mesure que des enfants apparaissent dans le foyer. Dans ce long article, on retrouve tous les arguments connus. Rien ne change... Tout ce passe comme s'il existait encore et toujours dans les couples, une division du travail plus ou moins consciente. Celui qui gagne le plus d'argent au travail (devinez qui ?) en fait le moins à la maison. On aborde ce sujet de manière légère, mais pour "Marie-Claire", c'est un vrai problème de société. Les inégalités hommes-femmes au travail trouvent en partie leurs origines à la maison. Parmi les pistes,, là encore connues, les places en crèche et revoir l'organisation dans l'entreprise pour que les hommes s'investissent plus à la maison. Pourquoi, alors que tout cela encore une fois est connu, pourquoi ne progresse-t-on pas ? La revue "Sciences Humaines", qui fête ses vingt ans, analyse les grands changements dans nos sociétés et les études qui les ont accompagnées. Et les chercheurs, eux aussi, se heurtent à un mur. Oui, on constate bien une montée en puissance des femmes. Le principe d'une égalité pleine et entière des sexes est posé en théorie et dans la loi, mais la pratique ne suit pas. Les scientifiques tournent autour de deux pistes qui contiennent toutes leur lot de polémique. - Les femmes seraient plus portées à l'attention aux autres, il y aurait une différence de nature. - Ou encore, les inégalités sont le relent d'un sexisme qui continue d'avancer, masqué ou pas. Ce débat, on le retrouve aussi dans le mensuel "Terra-Eco", avec ce titre à la Une "Homme, femme : qui est le plus écolo ?". Où l'on constate que dans la vie quotidienne, madame est plus verte que monsieur. De là à en faire une différence de nature, il y a un très grand pas ! Madame est peut-être simplement verte de rage parce que son jules a encore laissé trainer ses chaussettes !

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