Les journaux parlent de Noel profanée, "la joie du chrétien est toujours mêlée de douleur" dit l'archevêque de Strasbourg dans la Croix. Toujours dans la Croix, un autre homme d'Eglise, voudrait qu'on ne fête pas Noel cette année, pour prendre la mesure de la pauvreté.

On parle des âmes ce matin...

Avec ce si beau titre d'un si bel article dans les Dernières Nouvelles d'Alsace. "A nos âmes écorchées",  et en quelques lignes Pascal Coquis nous dit Strasbourg et tous les deuils du monde. 

"En quelques heures, le silence a grignoté les bruits et éteint les voix. La veille encore, les rues bourdonnaient de cette rumeur propre aux foules qui s’agitent et qui houlent. Et les voilà soudain muettes. Ce mercredi matin, les sons avaient disparu. Les odeurs aussi. Celles qui en cette période de l’année, exhalent des effluves épicés et sucrés, des parfums de cannelle, de sucre, de praline et de vin chaud...."

"A nos âmes écorchées" disent les DNA qui nous disent tout. Un attentat est une profanation, et un mot le résume dans la presse, Noel;  un "Noel noir" pour le Télégramme, un "Noel sous tension" pour la Provence, "Terreur sur Noel", le Républicain lorrain, et nous sommes au-delà de la noirceur d'un homme que d'autres hommes recherchent,  Cherif Chekkat, ce voyou radicalisé qui dans une de ses cellules affichait me dit le Parisien le portrait de Ben Laden. Les DNA qui parlent si bien de l'âme font leur une sur "la traque", comme Midi Libre, la Voix du Nord et le Parisien. Sud Ouest et Paris normandie parlent de la chasse à l'homme, le Figaro titre "le choc et la traque" et mène le débat sur ces fichés S... 

Mais tout ceci semble vain, pour l'instant devant la Noel souillée.

Les DNA encore. "Ces mini-sapins alignés sur la terrasse d’un café et d’ordinaire clignotants, il incarnaient un tout, une idée du partage, des fêtes familiales, de l’histoire de Noël. Et les voilà inutiles, ravalés à leur triste condition d’objets en plastique." 

On lit dans la Croix l'archevêque de Strasbourg  Mgr Ravel. Il parle de Noel aussi et de "l'espérance lucide" et du besoin d'être ensemble. "La joie du chrétien est toujours mêlée de douleur. Cette attaque vient nous confirmer la nécessité d’un Sauveur. Il vient pour nous sauver de notre violence intérieure, aussi la violence de nos sentiments en réaction, comme la peur ou même la haine."

Et Mgr Ravel dit aussi cela, "l'attentat n’a pour moi aucune justification religieuse". et cela fait écho à ce qu'on lit sur le deuil que partagent les mosquées de Strasbourg, l'une d'elle annonçait hier la mort d'un de ses fidèles, Kamal, qui est garagiste et vient d'Afghanistan... 

Un autre évêque parle de Noel dans la Croix... 

Mgr Jacques Noyer, évêque émérite d'Amiens, un de ces prélats qui regardent les milieux populaires, qui avait écrit ceci avant les attentats... "J’ai trouvé ce que l’Église de France devrait dire devant cette insurrection des fins de mois. Elle devrait annoncer qu’on ne fêtera pas Noël cette année. " Et il faudrait ceci  pour que l'on se souvienne du Jésus de la Crèche, "l’enfant démuni",  "pour qu'on rappelle qu’il y a des pauvres et qu'on dise aux nantis que les pauvres ont des droits", "le Père Noël est devenu beaucoup trop riche et ne peut plus s’arrêter à l’étable où vient de naître l’Enfant-Dieu".

Et cette indignation se lit curieusement ce matin quand les gilets jaunes sont tombés des unes.

Il faut être la Marseillaise, pour le porter encore en première page, ce gilet... Ailleurs, une ambiance a changé. Le Parisien monte deux pages contre les gilets jaunes, "ces français qui en ont assez", "ils veulent que ça s'arrête", et des commerçants à Sète réclament une trêve à Noel, Noel décidément... Les gilets jaunes subissent, Var Matin ou l'Opinion décrivent le complotisme qui traversé le mouvement après l'attentat de Strasbourg, la Provence s'en indigne dans son éditorial, "c'est à vomir"... Oui mais en même temps: dans le journal, on lit un reportage sur l'angoisse des gilets jaunes à Pertuis, "si on lâche maintenant, ils nous reprendront tous", vont-ils repartir dans l'ombre après avoir existé?

Il y a  dans les journaux l'idée qu'on passe à autre chose, Laurent Berger est dans Libération et parle dialogue social, les Echos et l'Opinion racontent en détail comment le pouvoir sollicite les entreprises, nous sommes dit Libération moqués en europe, l'Opinion sollicite la directrice des études de Black Rock, premier fonds d'investissement mondial, qui dit ceci: "si les gilets jaunes s'arrêtent, l'image du pays sera préservée".

L'ont-ils compris alors, ces gens? On range les gilets jaunes dans nos livres d'histoire, le philosophe allemand Peter Sloterdijk, dans le Point, regarde notre crise avec une gourmandise lettrée et nous dit qu'Emmanuel Macron ne ressemble pas à louis XVI... Dans Charlie Hebdo, Philippe Lançon cite Tocqueville, grand écrivain et politique libéral, qui avait vu en mai 1848 des insurgés du peuple entrer dans l'Assemblée. "Leurs regards étaient étonnés et malveillants plutôt qu'hostiles, chez beaucoup dominait une sorte de curiosité grossière, point de chef commun, c'était une cohue et non une troupe"... Le peuple, toujours étranger au pouvoir et aux élites? Fabienne Pacaud dans Télérama s'indigne du silence des artistes qu'il aime  sur le mouvement des gilets jaunes ? Il en est un au moins qui parle dans l'Obs, Stéphane Brizé qui avait fait de Lindon un ouvrier en lutte dans son film "en guerre," Brizé est bien seul...  

Vous lirez dans la Vie et dans Télérama des reportages sur ces gens du peuple en gilets jaunes qui loin des manifestations, pacifiquement, marchent en direction de Paris  et veulent remettre au ¨résident leur cahier de doléances, ils espèrent aboutir à Noel... Noel décidément...

Et on lit dans Streetpress une étrange histoire, qui s'est déroulé au coeur des manifestations...

Street press, qui est un media des villes et des enquêtes, raconte la guerre que se menaient, dans les manifestations des gilets jaunes, des groupes d'extrême droite et des militants antifascistes radicaux, ceux-là voulant "chasser les fachos" des cortèges, les autres se vantant de casser du gauchiste, dans la rhétorique des hooligans du football dont ils viennent souvent. 

C'est passionnant et terrifiant, de jeux de groupuscules qui en disent tellement sur des codes dont on ne parle pas. Le football qui inspire la violence nourrit aussi le talent de confrères: Gregory Schneider qui dans Libération recense, "le foot, terrain du milieu", deux livres, "la Mano negra" et "les Parrains du foot", sur l'envers de nos rêves... 

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