les chinois débarquent dans le cinéma, les espions en France, et les écrivains mangent à tous les rateliers?

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Une revue de presse que vous placez ce matin sous le signe de la culture…

Et de son rapport au pouvoir politique ou économique Patrick…

« A ce rythme, James Bond et Captain America passeront bientôt sous pavillon chinois et Tom Cruise devisera en mandarin, écrit Caroline Sallé dans le Figaro éco. La journaliste raconte comment depuis quelques années, l’empire du Milieu a amorcé une sérieuse OPA sur Hollywood. A la manœuvre, les tycoons du pays : ils ont investi dans la société de Spielberg, financé des blockbusters, se sont offerts le studio producteur de Batman, et Jack Ma, géant du commerce en ligne Alibaba lorgne désormais sans vergogne sur l’une des majors d’Hollywood, Disney, Fox, Warner ou Sony Pictures…

Stratégie industrielle bien sûr, il faut bien réinvestir quelque part les milliards de cash dégagés par une croissance exponentielle, mais pas que. La Chine s’offre un savoir-faire unique pour produire un jour des films d’envergure internationale, elle s’offre aussi un droit de regard sur les scénarios et castings de films. En somme, explique la journaliste, Pékin transforme Hollywood en instrument de « soft power » au service de ses idées, puissance douce en bon français, entrisme culturel et politique à peine déguisé.

Ainsi, la Chine a déjà commencé à dicter ses nouvelles règles du jeu, Columbia a remanié le scénario de Pixels, pour que ce soit le Taj Mahal qui soit détruit, et pas la grande muraille de Chine, dans le dernier Ridley Scott, le héros américain est sauvé grâce à l’intervention de l’agence spatiale chinoise…une façon de présenter le pays sous les meilleurs auspices, et d’exporter ses valeurs…Une guerre culturelle « douce » donc, qui commence à inquiéter la sphère politique américaine, d’autant que le marché chinois doit devenir d’ici 2019, le premier marché en valeur du cinéma. Alors certes les experts tentent de se rassurer en rappelant que le public occidental aura du mal à ingurgiter des films 100% chinois, mais certains parlementaires réclament d’ores et déjà d’évaluer les acquisitions chinoises dans ces activités de cinéma, avec les mêmes critères que lorsqu’il s’agit de la sécurité nationale. La révolution culturelle chinoise est bien en marche, et elle est, mondiale…

Tiens, en passant, un mot pour vous dire que les constructeurs automobiles eux ne semblent pas prêts à faire leur révolution, culturelle. Les Echos reviennent sur l’offensive menée par les constructeurs américains à Donald Trump. Pris pour cible par le président américain sur twitter, ils n’en gardent aucune rancune, mieux les patrons de General Motors, Ford, Fiat Chrysler ont co signé une missive pour lui demander de « revoir les contraintes environnementales pesant sur leur industrie aux Etats-unis », en clair, s’asseoir sur la règlementation sur les émission de gaz à effet de serre léguée par Obama. Ils ont mis en avant l’intérêt « personnel du nouveau président pour sauvegarder les emplois sur le sol américain ». Des patrons qui décidément savent murmurer à l’oreille de Trump quand leurs intérêts sont en jeu

Ils sont parfois des héros de films, mais ce sont aussi des agents bien réels que la France s’apprête à recruter en nombre

L’archétype de l’espion est bien connu, « My name is Bond, James Bond » mais le portrait-robot dressé ce matin par le Figaro des espions que la France cherche à recruter en masse afin de faire face au défi du terrorisme et des cybers attaques est assez éloigné de l’amateur de vodka martini, gadgets et dulcinée sortie des eaux un couteau à la taille. D’ici 2 ans, nous dit Christophe Cornevin, la DGSE doit embaucher près de 600 nouvelles recrues. Ces nouveaux espions seront jeunes, diplômés, et geek pour la plupart d’entre eux. Ingénieurs, analystes en balistique, en nucléaire, linguistes spécialistes du coréen ou du persan, c’est la génération des Millenials, rejetons de la révolution internet qui est ciblée, même si la DGSE convient qu’il faut lui apprendre, à cette génération hyper connectée à faire preuve de discrétion, à savoir parfois se séparer de son téléphone et de son facebook. Comme leur ancêtre Bond, ces espions 2.0 devront apprendre à être « aussi à l’aise dans des palaces que dans des milieux ethno différenciés », explique un responsable de la formation à la DGSE. Métier hors norme, carrière et salaires attractifs, 33 à 40 000 euros annuels pour un débutant, mieux qu’attaché parlementaire, je vous le dis, le patron de l’espionnage français Bernard Bajolet fait même l’article de son service auprès de la future élite de l’administration, l’Ena. Et ça marche, engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient. Espions, un métier d’avenir. Au cinéma, en chinois donc, en France, pour de vrai

Culture et politique on continue Hélène

Avec cette Une de Libération consacrée à la campagne présidentielle française, « Au-delà du réel », titre du film éponyme de Ken Russel, pour qualifier ces « primaires imprévisibles, ces affaires spectaculaires, ces coups de théâtre qui chahutent la campagne à moins de 70 jours du premier tour », Alexandra Schwartzbrod se demande encore comment il faut voir cette campagne « que l’on croirait dit elle, écrite par un scénariste sous acide. De façon pessimiste, en se disant que la France a été contaminée à son tour par le « brexisme », le « trumpisme » et que tout ça va finir avec une abstention massive qui pourrait bien faire le jeu de Marine le Pen. Ou de façon optimiste. Puisqu’on peut aussi considérer que la France est en train de purger une génération d’hommes politiques aux mentalités et pratiques d’un autre âge, et de voir émerger de nouveaux visages et de nouvelles aspirations ». Le romancier et scénariste Dan Franck, auteur notamment des Hommes de l’Ombre s’enflamme lui déjà autour du personnage de Pénélope Fillon… « J’en ferai une Femen s’exclame t il, elle se rebellerait contre son mari, elle reprendrait le pouvoir » Dan Franck qui se réjouit de constater que depuis l’affaire DSk, cette campagne est la deuxième série politique qui se vend à l’international, ça prouve que nous, Français, écrit-il, savons y faire ». Bon, on a les révolutions culturelles qu’on peut…

Dans la version pessimiste évoquée par Alexandra Schwartzbrod, la Voix du Nord s’intéresse ce matin à un roman-photo, politique. « L’Illusion nationale » signé de l’historienne Valérie Igounet et de de Vincent Jarousseau photographe-documentariste, publié par les Arènes. 2 ans d’enquête dans des villes désormais dirigées par le Front national, Hénin-Beaumont notamment et son maire Steeve Briois. Instants de vie saisis dans leur vérité brute, sans filtre ni commentaire. « Passionnant et troublant » écrit le journaliste de la Voix du Nord Laurent Watiez, troublant tant se dessine jusqu’à la caricature l’image d’un maire accessible, à l’écoute, humain et efficace. Panégyrique ? Non…Constat surtout d’une désillusion. Désillusion envers les partis traditionnels. Témoignage en tout cas d’une France qu’on ne voit pas forcément, « récit désespérant politiquement et déchirant humainement » écrivent les auteurs

On termine enfin par un lien direct entre culture et pouvoir économique.

Avec un article à retrouver sur Mediapart de Lise Wajeman, sur un livre un peu particulier publié par les éditions Gallimard, sous le titre Lady. Particulier parce que Lady, c’est le nom d’un sac « iconique » comme dit aujourd’hui de Dior, et que 8 écrivains ont accepté, en échange d’une coquette rétribution parait-il et dudit sac, le Lady, de laisser vagabonder leur imagination pour s’intéresser à cet objet de luxe. Malaise dit Lise Wajeman face à cette nouvelle forme « d’économie solidaire », c’est de l’humour, en fait subtile convergence marchande entre 2 groupes qui ont des intérêts communs. Pub déguisée ? Allégeance de la littérature à des stratégies commerciales ? Oui, mais Zola a été chef de publicité chez Hachette et Desnos a écrit des slogans pour l’Amer Picon. Ce qui est nouveau, explique la journaliste, c’est un léger déplacement, ce « presque rien qui fait presque tout, l’effacement de la question marchande pourtant au cœur du projet littéraire » . Où se situent la littérature, le cinéma, la culture ? Que défendent-ils, au nom de quel intérêt politique ou économique ?

Des questions culturalo-politiques intéressantes ce matin dans la presse

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