Patrick Cohen : A la Une ce matin : la théorie des nuages... Bruno Duvic : Pour célébrer son numéro 2000, l'hebdomadaire Le Point publie un numéro spécial sur les Français... 50 pages amusantes et passionnantes, avec un mot-clé "contradictions". Monarchistes et régicides les Français. En RTT, mais très productifs. Prétentieux et jouisseurs, mais déprimés. "Nous n'arrivons pas à faire cohabiter nos multiples identités", écrit notamment l'historienne Mona Ouzouf. Patrick Cohen : Alors, portrait de la France tout en contradiction ce matin dans la presse... Bruno Duvic : "Liberté, égalité, fraternité" dit la devise. Egalitaires, les Français et même égalitaristes. Plus que les autres, ils ont tendance à crier "salauds de riches :" comme le titre Le Nouvel-Economiste cette semaine. Ou "Salauds de patrons". Et pourtant, les riches patrons sont bien traités. Comment les grands patrons échappent à l'impôt. C'est une enquête du Nouvel-Observateur sur une niche fiscale parfaitement légale qui coûte plus cher aux contribuables que le fameux bouclier fiscal. C'est la loi Girardin, votée en 2003 sous le gouvernement Raffarin, et qui permet de dégraisser sa feuille d'impôt en échange d'investissements dans les DOM-TOM. Vous investissez 100 euros, le fisc réduit vos impôts de 125 ou 140. Coût pour la collectivité en 2009 : 767 millions d'euros. Et ce dispositif ne profite qu'à une poignée de contribuables. Et plus on est riche, plus on en profite. En un an, écrit Le Nouvel-Obs, 44 personnes se sont partagés 80 millions d'économie d'impôt. Un dernier chiffre : 20 au revenu moyen imposable supérieur à 2 millions d'euros n'ont pas payé un sou au fisc. Certains ont même obtenu un chèque. Des chiffres et des noms... L'Obs cite des bénéficiaires de ce dispositif, encore une fois parfaitement légal. L'ancien conseiller à la Justice de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart. Les PDG ou ex-PDG de Danone et Accor. L'ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur, Nicolas Bazire. L'Obs cite même son ancien patron, désormais à la tête d'Europe-1, Denis Olivenne. Patrick Cohen : La France tout en contradiction... Suite... Bruno Duvic : On vante souvent le système de protection sociale et le système de santé des Français, mais le poison des affaires jette la suspicion. Le Médiator à la Une de La Tribune, de France-Soir et de Libération. Dans Libération, un cardiologue raconte comment le laboratoire Servier a caviardé une de ses études qui démontrait la dangerosité du médicament. C'était quelques semaines avant le retrait, en 2009, devant l'Agence Française de Sécurité des Produits de Santé. Au dernier moment, le texte sur une diapositif de présentation a été modifié. L'Inspection générale des Affaires sociales rendra samedi, son rapport sur le Médiator. Il promet d'être ravageur, écrit Le Nouvel-Observateur. L'Obs, encore lui, qui publie une enquête très fouillée sur le système Servier. Le bon docteur Servier, jadis lié au président Pompidou, fait Chevalier de la Légion d'Honneur par François Mitterrand, puis élevé au rang de Grand Croix par Nicolas Sarkozy. Les méthodes du labo pour étouffer toute critique de ses produits sont moins glorieuses. Sophie des Déserts raconte comment le professeur Abenhaïm, qui a dirigé la première étude sur l'Isoméride, autre coupe-faim dangereux, a reçu des petits cercueils à son domicile. Comment un journaliste a été suivi jusqu'à Venise, lors d'un week-end avec sa maîtresse. Peu après, son épouse a reçu un dossier avec les relevés de carte bancaire et la facture de l'hôtel. Et puis, l'enquête rappelle qu'en 99, la presse avait déjà publié de drôles de révélations sur le labo. Il abritait une officine avec des anciens des services secrets. Ils devaient écarter à l'embauche tous les indésirables : salariés trop basanés, homos ou syndicalistes. Officiellement, la cellule secrète a disparu. En réalité, selon l'hebdomadaire, elle est toujours active. Cruelle, Sophie des Déserts rappelle la phrase de Nicolas Sarkozy lorsqu'il a décoré Jacques Servier : "La nation vous est reconnaissante de ce que vous faites". Des doutes sur le système de santé, des accidents tragiques parfois... Dans La Provence, l'histoire de cet enfant de 6 ans, mort à l'hôpital de La Timone à Marseille, parce qu'on lui a administré une dose dix fois plus importante lors d'une chimiothérapie. Patrick Cohen : Direction la Tunisie à présent... Bruno Duvic : Et c'est encore des contradictions de la France qu'il s'agit. "Couvre-feu" en Tunisie... L'expression est en manchette de Ouest-France et du Figaro. Dans le dossier du Point, sur les Français, Jean d'Ormesson écrit que ce qui caractérise notre pays, c'est qu'il regarde par dessus son épaule avec une aspiration à l'universel. Le goût des Français pour les Droits de l'Homme et en même temps, ses liens avec le Maghreb qui l'empêche de condamner clairement ce qui se passe en Tunisie. Dans L'Humanité, Claude Cabanes parle de l'insupportable complaisance à l'égard de la présidence tunisienne. "Un gouvernement qui ordonne d'ouvrir le feu sur des cortèges de manifestants est un gouvernement d'assassins". A cette image, Cabanes en accole une autre vue dans un défilé : un manifestant brandissant une baguette croustillante, le pain comme symbole. "C'est l'heure de vérité pour la Tunisie" écrit Pierre Rousselin dans Le Figaro. Ben Ali pouvait se targuer, jusqu'ici, d'avoir réussi là où bien d'autres ont échoué. Mais aujourd'hui, il appelle à une ouverture politique réclamée par l'ensemble de la société civile. Alors, révolte ou davantage en Tunisie, et comment l'appeler ? Après la révolution des œillets au Portugal, celle des roses en Géorgie... sur son blog, Didier Pobel propose "révolution de jasmin", du nom de cette fleur vendue à la sauvette par les enfants des rues. La France ouverte sur le monde, mais de plus en plus tentée par les thèses antimondialistes du Front National. "Il séduit de plus en plus les sympathisants de la droite classique", titre Le Monde. Plus 12% entre janvier 2010 et cette année. Patrick Cohen : Portrait de la France : dernières touches dans la presse... Bruno Duvic : Le pays du glamour... Le couple du moment est à la Une de Paris-Match : Guillaume et Marion. Sortez vos petits mouchoirs... Madame Canet-Cotillard attend un bébé pour la fin mai. Alors, au milieu de tout cela, à quelles valeurs s'accrochent les Français ? Le Nouvel-Economiste tente une analyse en flairant les tendances dans le domaine du marketing qui sait parfaitement respirer l'air du temps. Pour se vendre, les marques jouent désormais sur trois leviers : la proximité, la simplicité et le "vous d'abord". La crise marque la fin des illusions, écrit Le Nouvel-Economiste, mais pas des rêves. Rêve de grandeur pour l'équipe de France de handball à l'heure où s'ouvrent les championnats du monde. Elle a tout gagné ces dernières années : les Jeux Olympiques, le précédent Mondial et les championnats d'Europe. Dans L'Equipe, Chenez dessine les Bleus du handball tout en haut d'un podium, il n'y a plus de marche pour aller plus haut, à part le ciel et les nuages. Identité nébuleuse, contradictions, lien social qui se relâche, mais rêves de grandeur toujours présents… La France en 2011, pour reprendre le titre d'un roman publié il y a quelques années, c'est la théorie des nuages.

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