On était parti pour célébrer les douceurs du printemps qui s'était refusé en mai... Pour dire le bonheur du parfum sucré des tilleuls, le soir, à l'heure magique, quand le soleil a lâché prise mais qu'il fait encore jour... Or, des hommes aussi ont lâché prise, ce week-end... Trois, précisément... Sur la base de Guantanamo : deux Saoudiens et un Yéménite, retrouvés pendus avec des draps et des vêtements, samedi matin, dans leur cellule... Alors, on continue à se demander par quel décret du ciel l'Amérique se tient au-dessus du droit. Ainsi s'exprime Eric Fottorino dans "Le Monde", traduisant ce sentiment, largement répandu, qu'il existe effectivement, sur le continent américain, une zone de non-droit... D'où les appels qui se multiplient un peu partout... Et cet appel du journal "Le Monde", qui estime que le moins que les dirigeants européens puissent faire, désormais, c'est de ne plus aborder une réunion de haut niveau avec les Américains sans exiger la fermeture de Guantanamo... Comme Angela Merkel l'a fait... La France doit suivre. Oui, comment faire entendre raison aux Etats-Unis sur cette tache noire qu'est devenue la trop célèbre prison dans le monde démocratique ?... D'ailleurs, la réaction des dirigeants du camp illustre tellement le fossé qui sépare les autorités américaines du reste du monde, sur cette sinistre question. "Libération" nous rappelle qu'après l'amiral Harris, qui dirige la prison, et qui avait salué, citons-le, "la créativité des terroristes", c'est aussi une responsable du Département d'Etat, Colleen Graffy, qui s'est distinguée en décrivant ces suicides comme "une belle opération de relations publiques". Alors, fermer Guantanamo... Oui... Mais le gouvernement américain va-t-il le faire ?... "Il devrait le faire", répond Scott Silliman, Américain, professeur de droit... Le problème, selon lui, c'est que Washington n'a pas l'assurance que les prisonniers seront maintenus en détention s'ils sont renvoyés dans leurs pays d'origine... Et pour cause : ils n'ont même pas été inculpés aux Etats-Unis. Maintenant, il est une question plus délicate, que "L'Huma" aborde ce matin : celle du rôle joué par les Européens dans cette affaire... Sur ce point, le rapport final du Conseil de l'Europe est accablant, nous rappelle ce journal... Dans un article titré "Vols secrets de la CIA : les Européens ont collaboré aux charters de la torture", "L'Huma" décrypte ce système illégal, dit "de restitution extraordinaire", destiné en fait à enlever de présumés terroristes islamistes, y compris en Europe... Puis de les transférer vers des prisons dans des pays moins regardants vis-à-vis des lois internationales, pour y être torturés à des fins de renseignements... Et là, il est fait mention d'Etats comme l'Afghanistan, l'Irak, la Syrie, l'Egypte, l'Algérie ou le Maroc. Ainsi, pour le rapport du Conseil de l'Europe, des pays européens sont bel et bien impliqués dans cette affaire pour leur collusion intentionnelle ou gravement négligente... Et sont cités : l'Allemagne, l'Angleterre, la Bosnie, l'Italie, la Macédoine, la Suède, la Turquie, la Pologne et la Roumanie... Ces deux-là sont même soupçonnées d'avoir abrité des prisons secrètes américaines sur leur territoire. Et pendant ce temps, après les suicides de Guantanamo, les Etats-Unis, placés sur la défensive par les réactions indignées de l'étranger, ressortent leurs armes de dissuasion populistes et sécuritaires, dénoncent "L'Huma". C'est souvent le cas, avant l'été... On donne dans la cure d'amaigrissement, pour être beau sur la plage... Mais celle-là est d'une nature toute différente... Celle qui touche la fonction publique en France : 15.000 postes seront supprimés en 2007... Avant l'été donc... Oh, c'est une habitude, nous rappelle Jorge d'Hulst dans "Libération Champagne"... Les mauvaises nouvelles arrivent généralement à l'approche des vacances... En tout cas, précise "Le Figaro", c'est une réduction de fonctionnaires sans précédent que Dominique de Villepin engage. D'où l'étonnement de Jean-Louis Gombeaud, dans "Nice Matin", qui écrit : "Ils l'ont fait !"... Allez gagner une Présidentielle avec ça !... C'est vraiment ce qu'on appelle une "prise de risque". Oui, généralement, c'est plutôt l'inverse, ajoute Dominique Seux dans "Les Echos"... A l'approche d'une échéance électorale importante, en principe, la majorité desserre un peu les cordons de la bourse, pour ne déplaire à personne... Mais là non... Eh bien, ses décisions sont les bienvenues... La situation des finances publiques est suffisamment dégradée pour que des mesures vigoureuses soient prises. C'est d'ailleurs à peu près ce que disent le ministre de l'Economie, Thierry Breton, et le ministre du Budget, Jean-François Copé, qui, tous les deux, donnent une interview au "Figaro", et qui le proclament en choeur : "Notre priorité, c'est le désendettement de la France". En résumé, dépenser moins pour dépenser mieux... Ca veut donc dire qu'il est possible de faire aussi bien avec moins... Alors, ou c'est un nouveau miracle de la multiplication des pains, ou c'est une soudaine illumination, mais alors on se demande pourquoi personne n'y avait songé avant. Lancer ainsi un plan quinquennal, à quelques mois de la Présidentielle, c'est tout de même assez bluffant, écrit Frank De Bondt dans "Sud-Ouest"... C'est surtout, ajoute notre confrère, prendre des engagements sans savoir qui les tiendra, ou si quelqu'un décidera de les tenir. Et pendant ce temps, nos enfants sont mis en examen... En première, ils passent l'épreuve anticipée de français aujourd'hui... En terminale, ils passent à la deuxième étape, sur le chemin de l'évaluation... Parce que la première, c'était hier, avec, comme d'habitude, la philo... Et comme d'habitude, les médias se sont amusés à jouer à l'élève qui aurait répondu ci ou ça à la question qui, manifestement, tenait la vedette hier : "Faut-il préférer le bonheur à la vérité ?". Bon, pour des milliers de candidats, pragmatiques en diable, il n'y avait qu'une bonne réponse : "Le bonheur, c'est de décrocher son Bac, parce que ne pas l'avoir, c'est la catastrophe, même si pourtant l'obtenir, ce n'est l'assurance de rien"... C'est une calamité, ce Bac !... Mais il est incontournable... Et quelles que soient les filières que les élèves veulent emprunter... En 2006, écrit Hervé Cannet dans "La Nouvelle République du Centre-Ouest", le bonheur du jeune Français en mal d'avenir, c'est de croire qu'il va pouvoir trouver facilement du travail... Et sa vérité, c'est d'éviter à tout prix de se retrouver au chômage. Alors, faut-il préférer le bonheur à la vérité ?... Tant qu'on se posera ce genre de question, tout sera pour le mieux à l'école... Autrement dit : tant qu'il y aura la philo, cet outil nécessaire à la formation de l'esprit critique, l'essentiel sera sauvé, nous dit "L'Humanité" qui, en fait, lance en Une un cri d'alarme... Selon ce journal, la philo est menacée... Elle devient un enseignement grignoté, ramené à une vague culture générale, alors qu'elle est l'arme contre le prêt-à-penser, se lamente "L'Huma" qui, pour tout dire et nous la faire courte, nous rappelle cette phrase de Serge Gainsbourg, mise en exergue sur la Une, là-haut à droite, tout près du titre du journal... "Mieux vaut ne penser à rien que ne pas penser du tout". Et Ségolène, dans tout ça ?... Version politico-moderne de "Et Dieu dans tout ça ?".. Eh bien, Ségolène, à notre connaissance, elle n'a fait aucun commentaire sur le Bac. Il faut dire qu'elle vient de réussir un autre examen... Et en beauté, s'il vous plaît... C'est Didier Pobel, dans "Le Dauphiné Libéré", qui ne résiste pas au plaisir de nous rappeler que, selon un sondage CSA pour le magazine "FHM", la candidate socialiste, qui ne l'est toujours pas officiellement, se classe 6ème parmi les femmes les plus sexy du monde. Quand on sait que Sophie Marceau arrive au 66ème rang, on peut apprécier la performance. "Au charme citoyen !", comme aurait pu le dire Gainsbourg aussi. Bien. Mais au fait : combien pèseront toutes ces interrogations ce soir, sur le coup de 18 heures, un peu partout en France ?... Pas grand'chose, à vrai dire, si l'on en croit "Le Parisien", pour qui "à 18 heures, la France va s'arrêter". Parce que la France va enfin savoir... Parce que la France attend, depuis des mois, de savoir ce que vaut son équipe à l'heure de vérité... Celle de la Coupe du Monde... Alors qu'une vérité s'impose, comme s'impose cette même Coupe du Monde, dans les foyers, dans les rues, et même au travail... La vérité, c'est qu'il n'y a pas que le foot dans la vie... Mais en ce moment, y a surtout le foot dans la vie. Alors, au moment où la France va jouer son premier match, pensez donc !... La presse est repeinte en bleu. Mais posons la question, légèrement trouble-fête : celle du Bac de philo, appliquée aux joueurs français : "Faut-il préférer le bonheur à la vérité ?"... La vérité, on la connaîtra ce soir, et si le bonheur ne suit pas, au moins il aura précédé l'évènement avec ces titres, mobilisateurs, de vos journaux, comme celui de "Libé" : "Ballons enfants !"... Le fameux "La France s'arrête" du "Parisien"... "Sus aux petits Suisses"... Ca, c'est pour "France Soir"... "Zidane, premier de cordée", dans "L'Huma", qui est à peu près le seul journal à accorder aux Suisses l'obole d'un article, avec l'interview du défenseur Stéphane Grichting... Et puis bien sûr "L'Equipe", qui s'en donne à coeur-joie avec 8 pages complètes consacrées au match des Français... Sous le titre : "Une si longue attente"... Et aussi : "Le goût de l'aventure"... Une formule qui évoque la combinaison choisie par Domenech : la combinaison Zidane-Ribéry... Ce dernier étant la vedette incontestée, le sujet numéro 1 traité par les journaux ce matin... Avec notamment ce portrait, que publie "Libération", sur ce "Bleu des Bleus". "Libé" est allé dans la cité de Boulogne-sur-Mer où a grandi le joueur. Autant vous dire que là-bas, c'est une idole... Et de toute façon, ce Ribéry, il est parfait... D'ailleurs, en ces jours d'examens où l'on se demande s'il faut préférer le bonheur à la vérité, c'est Zidane qui, à Ribéry, rend un hommage appuyé, avec cette déclaration, que les journaux rapportent ce matin : "Ribéry... Il ne se pose pas de questions". Bonne journée. A demain.

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