Les battus socialistes réconfortés par François Hollande. la génération hollande ciblée par Macron. Des photos à Moscou et Washington pour dire l'importance des photographes

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Retour sur le premier tour des législatives, du côté des perdants d’abord

On imagine le dialogue, « allô c’est le président…ah bon, lequel ? » c’est le Parisien/aujourd’hui en France qui raconte ce matin que François Hollande a passé sa soirée de dimanche à réconforter les socialistes battus. Pas tous. « Il a appelé tous ceux dont il pense qu’ils auront un rôle à jouer » dit un de ses interlocuteurs. L’un de ceux qu’il a eus en ligne a trouvé cette attention « sympa ». « Il m’a rassuré témoigne t il, en m’expliquant qu’il était impossible de résister et qu’il ne s’agissait pas de ma défaite personnelle, je n’ai pas osé lui demander de qui c’était la défaite alors… ». Alors l’ancien président ne s’en cache pas, il entend peser sur l’avenir de la France et sur la recomposition de la gauche. Comment ? demande le journal, mystère ! Mais un socialiste prophétise qu’il a 2022 en ligne de mire, après tout, ajoute t il, « nicolas sarkozy a aussi pensé qu’il pouvait renaître sur les ruines de son parti » conclut il. Avec le succès que l’on sait serait-on tenté de rappeler…

Un parti socialiste on l’a dit, qui sort très affaibli à l’issue ce premier tour…

Un désert de sable et de dunes, et ce titre à la Une de Libération : « la gauche, plus RIEN ». Et les éléphants du ps n’ont pas été les seuls à être envoyés au cimetière ou promis à une traversée du désert. Laure Bretton donne la parole à la « génération hollande » justement, ces députés âgés de 30 à 40 ans qui avaient fait leur entrée à l’assemblée en 2012, qui se retrouvent aujourd’hui sur le carreau, victimes de la vague En marche. Ils sont convaincus d’avoir été la cible d’une stratégie tout à fait délibérée de la part du président de la république. Tous ceux qui pouvaient être appelés à jouer un rôle de premier plan dans les 5 ans qui viennent, tous ceux qui avaient ferraillé d’une façon ou d’une autre contre la loi Macron numéro 1, tous ceux qui étaient jeunes, ou pas trop vieux, ont eu affaire à des candidats de la république en Marche, encore plus jeunes…l’ex secrétaire d’Etat Pascale Boistard, éliminée dans la Somme, affirme que « macron veut tout écraser devant lui pour les 10 ans qui viennent », Najat Vallaud Belkacem dans le Rhône, paie son soutien indéfectible à Benoit Hamon pendant la présidentielle, elle ne s’en est pas démarquée quand il a dit que Macron était le marchepied du front national, « le président a la mémoire longue » témoigne un de ses proche. Ll’ancien ministre de l’Intérieur Mathias Fekl, éliminé lui aussi se console « il faut savoir perdre en étant en accord avec ses convictions, plutôt que gagner en reniant ce à quoi on croit, sur le long terme ça paie »veut-il croire. Visant ces socialistes qui sont officiellement ou officieusement devenus du jour au lendemain Macron-compatibles.

Des battus, à gauche comme à droite, qui vont devoir se reconvertir

« Député sortant cherche job désespérément » titre L’Opinion ce matin, qui raconte que dès dimanche soir, le député sortant LR Hervé Mariton a profité de son passage sur France 2 lancer « je cherche du boulot, mon cv est prêt ». Même message pour l’ancienne ministre de la culture Aurélie Filippetti ou Benoit Hamon, également en quête d’un job. « Ces profils ont une forte employabilité assure un chasseur de tête, ils ont un réseau, savent négocier, ont une notoriété ». Les purs apparatchiks auront un peu plus de mal, mais pourront toujours bénéficier de la possibilité qui leur est offerte d’une équivalence pour devenir avocat. En attendant, souligne Fanny Guinochet, ces sortants ne seront pas démunis. Leur système d’indemnisation géré par la Caisses des dépôts et consignations reste avantageux. Pas de période de carence, une allocation versée pendant 3 ans, dont le montant s’élève à 100% de leur indemnité parlementaire au premier semestre suivant leur défaite, soit 5 600 euros pour finir à 20% au dernier semestre. Allocation dégressive donc, mais qui commence haut, quand un chômeur du privé perçoit lui pendant 2 ans une allocation qui se limite au maximum à 57% de son salaire brut. Reste que cette année, plus que lors des précédents scrutins la concurrence va être rude, notent les professionnels du recrutement. Plan social en quelque sorte à l’assemblée nationale…

Alors il y a les battus, mais aussi ceux qui pourraient l’emporter dimanche prochain

« Celles » qui pourraient l’emporter. Car l’avons-nous assez dit ? En tout cas, le Huffington post nous le rappelle : 246 femmes sont arrivées en tête au premier tour. Il est possible qu’elles obtiennent 42% des sièges au Palais Bourbon. En 2012, elles en avaient obtenu près de 27. On s’achemine tout simplement vers un record historique, qui nous placerait à la seconde place des pays européens en terme de parité derrière la Suède. Dans la Voix du Nord, quelques portraits de ces femmes, candidates de la République en Marche qui pourraient devenir députés dimanche prochain. Brigitte Liso, 4ème circonscription du Nord « au début ça lui a fait bizarre dit elle, son visage affiché partout, mais elle s’y est faite. Je sais que les gens ont voté plus pour la république en marche que pour moi reconnait elle sans embage, elle reconnait aussi que ses adversaires connaissent mieux le terrain qu’elle, mais met en avant son parcours professionnel, son pragmatisme et son féminisme. Elle dit aussi « je ne voterai jamais pour une loi avec laquelle je ne suis pas d’accord ». Jennifer de Temmerman, candidate dans la 15ème, raconte que pendant la campagne, le député PS sortant s’est interrogé sur sa capacité à être députée quand d’autres ont demandé à son mari qui allait garder les enfants, « c’est dingue! » s’exclame-t-elle. Elle aussi dit qu’elle n’est prête à « aucun compromis avec ses convictions », elle parle de « mission ». Des mots tout simples pour répondre à ceux qui s’inquiètent de leur aptitude à n’être que des godillots.

On termine avec un éditorial du New York Times, et quelques photos…

Un édito pour appuyer les préoccupations de notre invité ce matin, titre :« les pouvoirs sans entrave d’Emmanuel Macron ». Le New York Times s’inquiète lui aussi du futur projet de loi visant à consacrer certaines dispositions de l’Etat d’urgence dans le droit ordinaire « le conseil constitutionnel ne doit pas permettre de devenir permanent, ce qui devait être une suspension extraordinaire et temporaire de droit des citoyens. Sinon, la promesse du nouveau départ du Monsieur Macron pourrait aboutir à une république plus répressive et préparer la voie à d’autres abus du pouvoir exécutif au-delà de son mandat » met-il en garde

Les photos, à la Une des journaux américains notamment mais aussi à retrouver sur le site du monde, celles des arrestations hier à Moscou des manifestants russes à l’appel de l’opposant Navalny ; des ados, une toute jeunette en débardeur noir, dans le ciel, un canard jaune gonflable, symbole de la corruption du pouvoir. Et les forces anti émeutes, casquées, surarmées, qui pourchassent, matraquent, frappent à terre une génération qui n’a connu que Poutine, et qui lui ose lui dire aujourd’hui « 17 ans au pouvoir ça suffit ». Des photos qui montrent une nouvelle fois, le choc de la confrontation entre les aspirations démocratiques et la violence brute d’un pouvoir. Dans un tout autre contexte, je vous conseille la lecture et les photos de Jim Watson, photographe à l’afp chargé des auditions au Congrès américain. La semaine dernière, il a été « commis d’office » pour aller assister à celle de James Comey. Sur le Making of de l’afp, il raconte comment c’est une punition chaque fois de devoir rester des heures scotché aux pieds du témoin, dans un tout petit espace appelé « le puits ». Et comment c’est un « sacré plaisir » quand parfois on prend la bonne posture, la bonne mimique, qu’on trouve le bon cadrage. Exemples de photos à l’appui, avec un Comey qui s’agite enfin quelques instants quittant sa posture hiératique la semaine dernière,ou Hillary clinton de dos, seule face à des hommes en colère en 2011. Des clichés à Moscou ou au cœur du pouvoir américain, pour dire l’importance des photographes évidemment dans le travail journalistique.

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