Patrick Cohen : La Revue de Presse à deux voix du vendredi : Guyonne de Montjou, Bruno Duvic, bonjour ! Et pour commencer, Guyonne, la psychologie d'un clan : la famille de Bachar el-Assad. Guyonne de Montjou : C’est le secret le mieux gardé de Syrie... Qui est vraiment Bachar el-Assad ? Et quelle est la psychologie de ceux qui l’entourent... ? Au pouvoir depuis onze ans, Bachar el-Assad reste un mystère. Que pense-t-il ? Que sait-il ? Est-ce qu’il mesure le désespoir de la jeunesse, son appétit de liberté, les archaïsmes persistants qui tiennent encore la société syrienne ? On en n’est pas certain, et on l’est encore moins quand on lit le grand entretien qu’a accordé cette semaine au New York Times, son plus proche cousin. Rami Makhlouf à 41 ans, c’est un homme du sérail. Il possède le quasi unique opérateur de téléphone du pays, Syriatel. Il met tout le monde sur écoutes, par principe. Pendant trois heures, ce cousin du président a reçu le journaliste du New York Times, dans son salon à Damas, un salon aux murs recouverts de panneaux de marqueterie de bois précieux. Et l’argument qu’il invoque, c’est « après nous le chaos ». Il parle évidemment au nom de tout le clan el-Assad... « Laissez-nous réprimer la rébellion, dit-il en substance, car si la Syrie devient instable, alors il n’y aura jamais de stabilité en Israël ». Argument massue ! « En somme, dit-il aux Américains, si vous laissez le chaos s’installer ici, alors ce sera le chaos partout dans la région ». Une impression traverse tout l’article, c’est l’absence d’inquiétude, de fond. Les proches de Bachar el-Assad bombent le torse. L’écho des huit semaines de manifestations dans les rues n’a peut-être pas traversé le mur épais de leur palais. Bruno Duvic : Bachar el-Assad sous pression, Kadhafi encore plus… Dessin de Delestre dans l'Est-Républicain. Le guide, dans le désert, est sous un tapis. Un scorpion lui donne un conseil : « Ne sors pas Mouammar, c'est vendredi 13 ». Comment faire tomber un dictateur ? Alors qu'il y a des doutes sur le bilan des opérations en Libye selon Le Monde, sur le site « atlantico.fr », un homme des renseignements français présente les "experts en changements de régime". Ce sont des espions qui essaient de retourner les hommes clé d'un régime, ceux qui peuvent faire basculer un rapport de force : un ministre, un chef d'Etat-major ou des personnages plus modestes (chauffeur ou technicien télécom). Comment s'y prendre ? C'est la méthode M.I.C.E. - « M » pour « Money » : on essaie d'acheter la cible. - « I » pour « Idéologie » : tenter de le convaincre. - « C » comme « Contrainte » : pas toujours avouable, comme la torture. Plus classique selon l'espion : « On filme le type au plumard avec une fille et on menace de tout révéler ». - MICE… le « E » pour « Ego » : on essaie de flatter la cible. Patrick Cohen : Douze jours après l'opération contre Ben Laden, dans le Daily Telegraph, l'histoire d'un de ses fils qui en aurait réchappé... Guyonne de Montjou : Eh oui, Ben Laden n'échappera pas à la règle... Une légende est née. Il y avait Louis XVII dont on a longtemps douté de la mort à la prison du Temple, il y a eu Anastasia Romanov, réchappée par miracle de la fusillade. Aujourd'hui, c'est Hamza Ben Laden qui reste introuvable. A 20 ans, il était considéré comme le plus digne des héritiers, non pas de la fortune mais de la terreur. Hamza Ben Laden est un des 24 enfants du chef terroriste, mais le plus proche, parait-il. Il est apparu il y a quelques mois, dans une vidéo, pour fêter l'anniversaire des attentats de Londres. Avec son beau visage d'ange, surmonté d'un keffieh, il a récité un poème - de son cru - appelant à la destruction de l'Amérique, de l'Angleterre, du Danemark et de la France. Autant vous dire qu'avec de si bonnes dispositions, les services secrets américains sont déjà à pied d'œuvre pour le retrouver ! Bruno Duvic : Trois chiffres à la Une du Figaro, du Journal de Saône-et-Loire ou encore de Nord-Eclair : 500 jours. 500 jours qu'Hervé Ghesquières et Stéphane Taponnier sont détenus en Afghanistan. Malgré le peu d'information dont on dispose, le Parisien-Aujourd'hui-en-France décrit le lieu où ils seraient certainement retenus. Une vallée encaissée entourée de montagnes rocailleuses. Pas d'eau, pas d'électricité. Endroit sauvage que même les forces soviétiques n'ont jamais songé à occuper lorsqu'elles étaient en Afghanistan. C'est à une soixantaine de kilomètres de Kaboul. Quand le printemps s'installe, les chemins se couvrent d'herbes et la végétation permet aux insurgés d'être moins visibles. Guyonne de Montjou : Fumer en Irak reste un exutoire, cela permet d'évacuer un peu du stress ambiant... Et les Irakiens fument beaucoup, beaucoup trop. Ils boivent aussi, pour les mêmes raisons. Les députés irakiens ont donc décidé de contenir ce fléau et veulent interdire de fumer dans les lieux publics, et même de mettre du tabac dans les narguilés. Pour l'alcool, le problème c'est que c'était en général les chrétiens qui tenaient les boutiques, et comme beaucoup de chrétiens d'Irak se sont exilés, ce sont les contrebandiers qui font aujourd'hui la loi. L'article est à lire ce matin dans le Herald Tribune. On l'a remarqué parce qu'il n'est pas si courant de trouver des sujets de sociétés traités dans la presse, qui concernent l'Irak ! Patrick Cohen : Direction les Etats-Unis à présent. Trois ans après la crise, un baron de Wall Street aux portes de la prison… Guyonne de Montjou : On le surnommait même le « Titan de Wall Street ». L'histoire commence à l'Américaine. Destin d'un immigré qui a réussi, raconté par Fabrice Rousselot dans Libération. Raj Raja Rate Nam est Sri Lankais. Son père dirigeait une usine de machine à coudre. Venu étudier la finance aux Etats-Unis, cet homme, dont le prénom veut dire "Roi", a rapidement fait carrière. Il était devenu le patron d'un hedge fund, fond d'investissement à haut risque, Galleon. Le big boss vient d'être condamné pour délit d'initié. Il a fait appel, mais encourt 15 à 20 ans de prison. Le département de la justice a utilisé des méthodes particulièrement agressives pour une affaire financière : mise sur écoutes, filatures, indics dans ce monde très fermé de Wall Street. Cette chute pourrait en appeler d'autres, selon un avocat d'affaire New-Yorkais : elle va encourager le procureur à amener d'autres cas devant la justice. Besoin de purge. Le secteur immobilier américain est toujours dans le marigot. Aujourd'hui encore, selon Le Monde, plus de deux millions de propriétaires font l'objet d'un arrêté d'expulsion. Pas de quoi payer leurs dettes. Deux autres millions sont menacés d'être chassés de chez eux. L’un est sur son « I Pad », l’autre joue à la « Wii », le troisième envoie un « SMS » et le quatrième frappe avec frénésie sur son clavier d’ordinateur : scène courante dans un salon familial d’aujourd’hui. Dans la même pièce, chacun évolue dans un monde parallèle, et se prive de plus en plus du cocktail de sensations qui fait la relation depuis la nuit des temps. Attention, nous dit Sherry Turkle, dans le New-York Times : « Compter sur la technologie pour créer des liens émotionnels augmente le sentiment d’être à la fois submergé et vide ». Submergé et vide, et peut-être bientôt cancéreux, si on en croit la Repubblica ! Le Courrier International a découpé cet article italien plutôt inquiétant : rester statique peut encourager le cancer. Preuve scientifique à l’appui : être assis plus de six heures par jour diminue notre espérance de vie de 20 à 40%. Il faudrait relire Dante, qui avait raison lorsqu’il écrivait, dans sa « Divine Comédie » : « On n’est pas né pour vivre comme des bêtes ». Patrick Cohen : Quoi d'autre dans la presse française, Bruno… Bruno Duvic : Presse sportive : « Passeport de sang » dans L'Equipe. Le quotidien s'est procuré la liste secrète de la fédération internationale de cyclisme. Avant le dernier Tour de France, pour chaque coureur, elle établissait un taux de suspicion de dopage à partir de prélèvements sanguins. Indice faible pour une cinquantaine de coureurs sur un peu moins de 200, fort pour une trentaine. Les Français s'en sortent bien, les Italiens suscitent beaucoup de méfiance. Presse économique : coup de soleil. Tant mieux à la Une de La Tribune. Embellie sur l'emploi selon le journal. En tout cas dans certains secteurs : informatique, finance, recherche et développement, voilà les secteurs qui embauchent. Coup de soleil et sécheresse à la Une des Echos. La France est en alerte. Enfin la presse féminine… « Le babygate » dans Grazia. Une cellule de crise serait en place à l'Elysée pour préparer l'annonce de la grossesse de Carla Sarkozy que l'hebdomadaire, lui aussi, considère comme certaine. Le président lui même serait responsable des fuites : il ne peut pas tenir sa langue. Et puis dans « Elle », Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni réunies dans une interview. Anecdotes entre autres : le seul film que Chiara ait vu avec ses deux parents c'est « ET ». Mastroianni voulait quitter la salle : il ne supportait pas, en aucune circonstance, de voir sa fille pleurer. Guyonne de Montjou : Quand le paquebot passe, les vaporettos s'arrêtent et les passagers retiennent leur souffle ! C'est le nouveau problème des amoureux de Venise : la multiplication des paquebots. Il y a dix ans, à peine 100.000 touristes venaient chaque année visiter Venise par ce moyen de locomotion. Aujourd'hui, ils sont un million six… dix fois plus ! La photo, dans « L’Herald tribune » est édifiante : un mastodonte des mers qui accoste à quelques dizaines de mètres de la Piazza San Marco… évidemment, peu de vitres dans les Palais vénitiens, résistent à l'énorme vague, mais, surtout, surtout, il est devenu presque suicidaire de monter sur une gondole quand on entend la sirène !

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